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Safiya au milieu des captives de Khaybar

La sixième année de l’hégire prit fin après que deux événements, l’un gai et l’autre triste, eurent lieu dans la Maison du Prophète . Ce fut d’abord le mariage avec Juwayriya et ensuite l’affaire du collier de ‘Aïsha. Il eut ensuite le pacte de Hudaybiyya signé avec les associateurs.

Au début de la septième année de l’Hégire, le Prophète  se prépara à affronter, dans une bataille décisive, les Juifs qui l’avaient trahi dans celle du « Fossé ». Il fallait mettre un terme à cette menace des Juifs qui exploitaient la moindre occasion pour, pensaient-ils, détruire les assises de l’Islam.

Au cours de la seconde moitié de Muharram, l’Envoyé de Dieu  se dirigea, à la tête de ses troupes, vers Khaybar, siège de ses ennemis irréductibles. Les musulmans sortirent victorieux après avoir détruit les forteresses des Juifs, tués les hommes et capturé les femmes.

Parmi ces dernières, il y avait Safiya Bint Huyiya Ibn Akhtab , qui descendait de la branche de Aaron, frère de Moïse. Elle n’avait pas encore dix huit ans. En dépit de son jeûne âge, elle avait été mariée deux fois, d’abord avec le poète de son clan, Sallam Ibn Mashkam, et ensuite avec Kinana Ibn ar-Rabi’. Elle faisait partie des nombreuses captives que les musulmans firent à Khaybar.

Safiya contint sa douleur et s’efforça de garder sa dignité et son orgueil. Ce n’était pas le cas de sa cousines qui pleurait, se lamentait et jetait de la terre sur sa tête. Les deux femmes étaient traînées par Bilal. Le Prophète  s’approcha d’elles. Il les regarda avec pitié et compassion.

Il dit à Bilal :
– Je vois que tu t’es dépouillé de toute miséricorde en traînant ces deux femmes qui viennent de perdre leur mari.

Après quoi, il jeta sur Safiya son manteau, ce qui signifiait qu’il l’avait choisie pour lui.

Selon Anas, le Prophète  dit à Safiya :

– As-tu de quoi payer la rançon ?
– Cela était possible quand je vivais dans l’associationnisme. Comment pourrais-je le faire à présent que je vis en Islam.

Le Prophète  affranchit Safiya et l’épousa. Sa libération remplaçait la dot qu’il devait lui offrir. Pendant ce temps, la cousine continuait à se lamenter, en déchirant ses vêtements de désespoir.

Safiya entre dans la Maison du Prophète

Quand le calme fut revenu et que la peur de Safiya s’était quelque peu dissipé, il porta celle ci derrière lui sur son chameau et se dirigea vers Médine. A mi-chemin, il s’arrêta. Il constata que Safiya était plus sereine. Cette dernière était donc prête pour le mariage. Une coiffeuse vint la peigner, la maquiller et la parfumer. Les effets de la tristesse et de la souffrance disparurent complètement. Ce n’était plus la femme sortie du blocus de Khaybar, captive et humiliée.

A l’occasion de ce mariage, un banquet avait été organisé. Les invités mangèrent les bonnes choses prises de Khaybar jusqu’à satiété. Après quoi,le Prophète  reprit le chemin de Médine, ayant toujours à l’esprit le premier refus de Safiya de le prendre comme époux. Mais elle lui raconta un songe qu’elle avait fait avant la prise de Khaybar : La nuit de son mariage avec Kinana Ibn Rabi’, elle vie en rêve une lune se poser sur ses genoux. Elle le raconta à son mari qui lui dit en colère : En vérité, tu désires Muhammed, le roi du Hijaz.

Le Prophète  se réjouit de cette nouvelle. Il comprit qu’à présent, elle l’acceptait comme époux. Il ne voulait pas lui montrer sa satisfaction. Aussi lui demanda-t-il la raison de son premier refus. Elle lui dit :

– J’avais peur pour ta sécurité tant que tu étais encore proche du lieu ou se trouvaient les Juifs.

Les souvenirs de Safiya

Safiya se remémorait les discussions des membres de sa famille qiu parlaient de leur Livre annonçant la venue d’un Prophète. Elle se rappelait leur haine et leur déception quand ce Prophète  émigra à Médine alors que cela aurait dû être pour eux une bonne nouvelle.

Safiya se rappelait encore quand son père et son oncle paternel partirent à la rencontre de ce Prophète, entrant triomphalement à Médine. Ils ne revinrent qu’au coucher du soleil. Ils arrivèrent exténués et abattus par cette apparition. Safiya s’approcha d’eux pour entendre leur discussion. Ses deux parents étaient tellement soucieux qu’ils ne firent pas attention à sa présence. Elle entendit son oncle dire à son père :

– Est-ce bien lui le Prophète attendu ?

Ayant reçu une réponse affirmative, il insista :

– Tu l’as bien reconnu et tu en as la preuve ? Si c’est le cas, que ressens-tu à présent ?
– Par Dieu ! Mon animosité à son égard demeure et persiste, répondit le père de Safiya.

L’empoisonnement du Prophète

Pendant ce temps, les musulmans n’avaient pas oublié l’acte perfide d’une femme juive de Khaybar, à savoir Zaynab Bint al-Harith, épouse de Sallâm Ibn Mishkam, un des chefs du clan des juifs de Khaybar. Elle entra chez le Prophète alors que celui-ci se sentait tranquille depuis la reddition des Juifs et la conclusion de leur accord. Cette femme lui présenta un rôti d’agneau empoisonné après avoir demandé à ses Compagnons : « Quelle est la partie préférée de l’Envoyé de Dieu? » Aussi força-t-elle la dose de poison dans la partie concernée.

Le Prophète  ne mangea qu’une partie du rôti et donna l’autre à un de ses Compagnons Bishr Ibn-Barra. Après quoi, il dit : « L’os de ce rôti me dit qu’il est empoisonné! » Il appela la femme de Sallam qui reconnut avoir empoisonné la viande en disant :

– Je me suis dis : si c’est vraiment un Prophète, il en sera averti. Si ce n’est qu’un roi, je me serais débarrassé de lui.

Le Prophète  ne prit aucune mesure contre elle. Cependant, son compagnon, qui avait mangé une partie du rôti, mourut des conséquences de l’empoisonnement.

La vie familiale

Sur le chemin du retour à Médine, la chamelle, qui portait Safiya, trébucha et fit tomber celle-ci. Les femmes y virent un mauvais présage et dirent qu’il fallait éloigner d’eux cette Juive. Aussi, le Prophète  préféra ne pas faire entrer Safiya parmi ses autres épouses. Ainsi, il l’emmena chez un de ses Compagnons, Harith Ibn an-Na’man. Les femmes Ansarites se précipitèrent pour aller admirer la beauté de cette Juive. Entre temps, le Prophète  reconnut ‘Aisha, le visage entièrement recouvert, qui marchait d’un pas précipité. De loin, il la suivit du regard. Il la vit entrer dans la maison d’al-Harith Ibn Nu’am. Il l’attendit jusqu’au moment où elle ressortit. Il alla vers elle et la saisit par son vêtement en lui disant : « Comment l’as-tu trouvé, ô la rousse ? »

La jalousie de ‘Aisha se manifesta et, haussant les épaules, elle répondit :

– J’ai vu la Juive.
– Ne dis pas cela car elle a embrassé l’Islam et son islam est bon.

‘Aisha ne fit aucun commentaire et se dirigea à la maison où Hafsa l’attendait avec impatience pour connaitre l’opinion qu’elle avait sur la nouvelle mariée. ‘Aisha ne nia pas que Safiya était d’une grande beauté. Elle lui raconta aussi que leur époux la surprit à la sortir de la maison d’al-Harith ainsi que la discussion qu’elle eut avec lui.

En arrivant dans la maison du  Prophète , Safiya trouva deux groupes de femmes qui l’attendaient. D’un côté, il y avait ‘Aisha, Hafsa et Sawdah et de l’autre, les autres femmes dont Fatima az-Zahra. C’était comme si ces deux groupes lui demandaient de quel clan elle allait faire partie. Il lui était difficile de choisir entre l’épouse préférée du Prophète et sa fille bien aimée. Aussi, décida-t-elle de ne pas prendre position pour l’une ou l’autre mais d’entretenir plutôt de bons rapports avec toutes les femmes qu’elles soient dans un clan ou dans l’autre.

Cependant, Safiya ne pouvait s’attendre à aucun mal de la part de Fatima car celle-ci n’avait nullement l’intention de participer à ces antagonismes de femmes. Au contraire, elle rechercait la paix morale de son père.

La crainte de Safiya ne pouvait venir que de la jalousie de ‘Aisha qui ne supportait pas qu’une belle femme puisse venir s’associer à elle à l’intérieur de la Maison de l’Elu de Dieu. En effet, l’épouse préférée du Prophète, Hafsa et les autres femmes s’enorgueillissaient de leur appartenance à la famille des Qurayshites et des Arabes. Quant à Safiya, elle n’était qu’une juive donc une étrangère et une intruse.

Quand à Safiya entendait les critiques et les sous-entendus de Aisha et Hafsa, elle se plaignait au Prophète  en pleurant. Elle lui disait :

– Comment peuvent-elles prétendre être meilleure que moi alors que Muhammad est mon mari, mon père est Aaron et mon oncle paternel est Moïse ?

L’Envoyé de  Dieu  sentait que Safiya était considérée comme une étrangère dans sa Maison. Aussi ne se privait il pas de la défendre auprès des autres femmes, chaque fois que l’occasion se présentait.

Au cours d’un voyage, le Prophète  était accompagné de Safiya et de Zaynab bint Jahsh. Chemin faisant, le chameau de la première se blessa et ne pouvait plus supporter un poids sur son épaule. Heureusement que le palefrenier de zaynab était spacieux et qu’il pouvait contenir deux personnes. Le Prophète  lui demanda alors de cédé un espace à Safiya. Zaynab répondit avec hauteur et orgueil :

– Moi, donner une place à cette juive !

Cette réflexion fâcha l’Envoyé de Dieu. Il bouda Zaynab deux mois ou même trois sans jamais l’approcher.

Safiya ne fut jamais privée de la protection de son mari jusqu’à la mort de ce dernier. Alors que le Prophète  se trouvait atteint de cette maladie qui allait l’emporter, toutes les Mères des croyants se réunirent autour de son lit. Safiya dit, en cette occasion :

– Je jure par Dieu ô Messager de Dieu ! J’aurai aimé être atteinte à ta place du mal qui te fait souffrir.

Les autres femmes se regardèrent en se jetant des clins d’oeil, comme pour se dire que Safiya ne pensait pas ce qu’elle disait. Le Prophète  surprit leurs regards. Aussi leur dit-elle :

– Cessez de faire des clins d’oeil entre vous. Je jure par Dieu que les paroles de Safiya sont sincères.

A la mort du Prophète, Safiya perdit cette protection. Les gens n’avaient pas oublié qu’elle était d’origine Juive. Ils ne manquaient pas de la harceler, de temps à autre, pour lui rappeler ses origines, en dépit de la sincérité de son islam et de sa qualité d’épouse de l’Elu de Dieu. Ce fut ainsi qu’une de ses servantes alla voir l’Emir des Croyants, ‘Umar Ibn al-Khattab pour lui rapporter que Safiya pratiquait le Sabbat et priait à la manière des Juifs. Ce n’était, en réalité, qu’un pur mensonge, une invention destinée seulement à porter préjudice à sa maîtresse.

Le calife interrogea la Mère des croyants pour connaître la vérité. Safiya lui répondit :

– Quant au Sabbat, je ne l’aime plus depuis que Dieu me l’a fait remplacer par le vendredi. Quant à être Juive, je ne peux pas nier cette origine puisque je suis d’origine Juive.

Lorsque Safiya interrogea sa servante sur les raisons qui la poussèrent à lancer contre elle de telles calomnies, elle reçut cette réponse :

– C’est Satan.

Safiya la congédia en décidant de la libérer de son asservissement :

– Pars d’ici, lui dit-elle, tu es libre !

Lors de la grande fitna, qui aboutit à l’assassinat de ‘Uthman, Safiya prit ouvertement position pour ce dernier. Ainsi, quand le troisième calife de l’Islam était encerclé par ses assaillants, elle allait, elle-même lui porter à manger et à boire.

Safiya  mourut sous le califat de Mu’awiyya et fut enterrée au cimetière d’al-Baqi avec toutes les autres Mères des croyants.

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Les évènements ayant précédé le mariage

Après son mariage avec Zaynab, le Prophète  eut à faire face à d’importants événements qui emplirent la deuxième moitié de la cinquième année hégirienne. En effet, au mois de shawal, il y a eu la bataille du « fossé » (al-khandaq) au cours de laquelle les musulmans affrontèrent une coalition composée d’associationnistes, appuyés par les Juifs. En cette occasion, le Prophète  fit creuser une tranchée autour de Médine. D’un côté, il y avait trois mille musulmans et de l’autre dix mille mécréants.

Les Juifs avaient pourtant signé un pacte de non agression avec l’Envoyé de Dieu, mais ils violèrent l’engagement qu’ils avaient pris car, s’imaginaient-ils, qu’avec une telle coalition, ils allaient décapiter l’Islam.

Les ennemis encerclaient les croyants de tous les côtés. Ils étaient si nombreux et paraissaient si déterminés que la peur envahit les musulmans, se figurant que leu fin était peut être proche. Les hypocrites exploitèrent cette situation pour dénigrer le Prophète. Ils disaient :

– Muhammed nous avais promis que nous possèderons les trésors de Kisra et de Qaysar : Mais, aujourd’hui, aucun de nous n’est en sécurité pour aller aux toilettes.

Ces hypocrites avaient accepté de participer au combat, espérant recevoir une partie du butin de guerre, en cas de victoire. Dès qu’ils virent le retournement de la situation en défaveur des musulmans, ils changèrent d’attitude.

Le blocus dura vingt sept jours, durs et pénibles. Heureusement, la bataille prit une tournure défavorable aux associateurs et la victoire sourit, en définitive, aux croyants. Ceux ci retournèrent dans leurs maisons pour se reposer des fatigues de cette bataille. Mais, au milieu de la journée, ils entendirent le muezzin du Prophète  faire cette déclaration :

– Celui qui entend cet appel et qui est obéissant doit se préparer à ne s’acquitter de la prière du ‘asr que face au Banu Quraysah.

Le Prophète  se devait de punir la trahison des Juifs. C’est pourquoi, il décida d’établir le siège de la tribu des Banu Qurayzah. L’encerclement dura vingt cinq jours et se termina par la reddition des juifs. Le Prophète  engagea d’autres expéditions militaires, celles des Banu Lahyan et de Dhu-l-Qird. Un mois après, les Banu-l-Mustafa se préparèrent à attaquer la Communauté musulmane. Ils avaient à leur tête al-Harith Ibn Abi Darrar. Mais les musulmans réussirent à défaire cette agression. Parmi les femmes captives de cette tribu, se trouvait Barrah, fille d’al-Harith ou Juwayriyya, comme l’appellera plus tard le Prophète .

La demande en mariage

De retour à Médine, alors qu’il se reposait dans la chambre de Aisha, le Prophète  entendit la voix d’une femme qui lui demandait la permission de le rencontrer. ‘Aisha se leva pour ouvrir la porte et se trouva devant une très belle jeune fille, d’une vingtaine d’années, tremblante de peur et d’angoisse. ‘Aisha ne l’aima pas dès qu’elle l’a vit. Aussi la reçut-elle avec froideur et tenait à s’interposer entre elle et son époux. Cependant, la jeune fille insista tant et si bien que Aisha ne pouvait plus l’empêcher de la faire entrer auprès de l’Envoyé de Dieu.

La jeune fille se présenta. Elle était la fille du chef de clan des banu Mustafa, al-harith Ibn Abi Darrar. Elle dit qu’elle traversait une épreuve dont le Prophète connaissait la raison. Autrement dit, elle était captive et ne supportait pas cette captivité. Aussi, venait-elle demander son aide.

Le Prophète  eut pitié de cette jeune fille, affolée et angoissé par son état. Il lui proposa de la délivrer de sa pénible situation en l’épousant. Le visage de la jeune fille s’épanouit. Elle ne croyait pas ce qu’elle entendait. Mais, dans un souffle rapide, elle dit : « J’accepte, Ô Envoyé de Dieu« .

La jeune fille dit à son père qu’elle avait choisi Dieu et Son Messager. Al-harith ne pouvait plus s’opposer à la volonté de sa fille. Lui même, il récita la profession de foi et dit au Prophète  : « Je reconnais que tu es vraiment l’Envoyé de Dieu« . Ce fut alors que le mariage fut décidé et la dot fixée à quatre cents dirhams.

La nouvelle du mariage fut connue à Médine. Dès lors, les musulmans ne pouvaient plus garder en captivité les alliés du Prophète . Ce fut ainsi que tous libérèrent leurs prisonniers et leur rendirent leur liberté. Ainsi le mariage de Juwayriyya  lui permit de recouvrir sa dignité et son honneur et ouvrit la voie de la liberté à son peuple.

Aisha continua à se rappeler le moment de l’apparition de juwayriyya devant la porte du Prophète. Elle disait :

– C’était une femme douce et belle. Aucun ne pouvait la voir sans ressentir en lui une forte sensation. Je prévoyais ce qui allait se produire. C’est pourquoi, j’ai éprouvé de l’aversion pour elle dès qu’elle se montra au seuil de ma chambre.

Juwayriyya  vécut jusqu’à l’avènement de Mu’awiyya. Elle mourut à Médine au milieu du premier siècle de l’hégire. Marwan Ibn al-hukm, gouverneur de Médine, fit la prière funèbre. Plusieurs versions fixent son âge lors de son décès. Il est probable qu’elle retourna auprès de son Créateur à l’âge de cinquante-six-ans.

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Le Rang Unique de Aisha

Aisha est, indiscutablement, l’un des plus grands professeurs que l’Islam ait produit. Elle appartient à l’ensemble des théologiens illustres qui ont continué le travail et la mission du Prophète après sa mort, en interprétant et transmettant ses enseignements. Parmi les hommes, plusieurs noms pouvait prétendre cette distinction, mais parmi les femmes, Aisha était la seule.

Pendant neuf années, elle partagea sa vie avec le Prophète, recevant plus d’attention que les autres épouses. Avec ses dons naturels extraordinaires, Aisha en tira les meilleurs profits.

L’islam est un code de vie complet qui guide les pas des croyants dans tous les domaines d’activité humaine. Les femmes ont leurs problèmes particuliers. En tant que femmes et mères, elles doivent remplir des devoirs différents de ceux des hommes.

C’était à travers ses femmes que le Prophète a transmis ses enseignements au monde féminin. Aisha est facilement devenue la source la plus sûre de ses enseignements. Aisha était dotée d’une mémoire étonnante, à laquelle peut s’ajouter une habituelle observation attentive. Tout cela lui permettait de décrire en détails les expériences remontant aussi loin que son enfance. Ces qualités firent de Aisha une autorité très importante de la loi islamique.

Les sources ultimes de la loi en Islam sont le Coran et la Sunna. Plusieurs chapitres du Coran furent révélés dans la chambre d’Aisha. Son observation attentive et sa mémoire étonnante lui permirent de mémoriser les faits et les dires du Prophète en différentes occasions. Tous ces faits faisaient que son opinion sur les points de la loi était très respectée. En voici quelques exemples :

A la mort de Saad Ibn Abu Waqqas, Aisha suggéra que sa prière funéraire soit lue dans la mosquée du Prophète. Les gens y firent une objection. « Les gens ont une mauvaise mémoire ! s’exclama Aisha. Le Messager d’Allah a fait celle de Said Sohail Ibn Baidha dans cette mosquée. »

Une fois, quelques Compagnons racontèrent aux gens que les pleurs et les lamentations des parents ajoutent quelque chose au châtiment de la personne morte. Ils citèrent un hadith du Prophète à l’appui. Quand la question fut rapportée à Aisha, elle dit : « Qu’Allah leur pardonne ! Ils n’ont pas menti, mais ils ont oublié ou mal compris. Le fait réel est qu’un jour le Messager d’Allah passa à côté d’une procession funéraire d’une juive dont les parents pleuraient et gémissaient. A cela, il fit cette remarque :  Ces gens hurlent et elle subit le châtiment. »

Une fois, le Compagnon très connu Abu Hurayra dit aux gens : « Si quelqu’un prie et qu’une femme ou un âne ou un chien passe devant lui, sa prière est annulée. » Quand ce récit arriva aux oreilles de Aisha, elle s’exclama : « Quoi ! Veut-il dire qu’une femme ne vaut pas mieux qu’un âne ou un chien ? Ma chambre était si petite que mon bistarah (matelas) se trouvait juste en face du tapis de prière du Prophète. Quand il priait, j’étais allongée dans mon lit, mes pieds pendillant au dessus de son tapis. Quand il allait se prosterner, il touchait mes pieds et je les retirais. Je les tendais de nouveau après cela. Il m’arrivait quelques fois par nécessité, de passer devant lui pendant qu’il priait. »

Cette explication amena Abu Huraira à retirer ce qu’il avait dit.

Aisha vécut un demi-siècle après le Prophète. La période qui suivait sa mort était la période des Compagnons qui avaient quelques difficultés à se diriger à partir du Coran et de la Sunna. Les Compagnons chefs moururent un par un. Il y eut alors une génération qui n’avait pas de connaissances personnelles sur la façon de vivre du Prophète. Seule une poignée de Compagnons qui étaient très jeunes à la mort du Prophète, était les porte-flambeaux de la connaissance, pour cette génération. Abullah Ibn Omar, Abdullah Ibn Abbas et Aisha appartenaient à ce groupe.

L’Amour pour la vérité

Aisha avait une telle passion pour la vérité que comme son illustre père, elle reçut le titre de « Véridique ». Elle n’a jamais hésité de déclarer que ce qu’elle pensait était la vérité. Pour rien au monde, elle n’aurait abandonné son devoir envers Dieu et les hommes.

Les Califats d’Abu Bakr et d’Omar furent des périodes d’harmonie interne. Les musulmans combattaient les ennemis étrangers et devaient se serrer les rangs. Pendant le Califat d’Outhman, la situation changea. L’ère de conquête prit fin. Les gens commencèrent à exprimer le désir de vivre une vie aisée et confortable. Des querelles réciproques commencèrent, des rivalités oubliées refirent surface. Des redistributions inégales des biens produisirent une multitude de maux sociaux. La main du Calife agé était trop faible pour mettre un terme à cela.

Comme des sentiments d’insatisfaction et d’inquiétude grandissaient, on recherchait la sérénité de Médine. Ceux qui avaient des plaintes s’adressèrent aux Compagnons et aux Mères des Croyants. Aisha était parmi ceux qui considéraient comme capables d’améliorer les choses. Elle déclara très vite sa désapprobation de la politique d’Outhman. Cependant, elle était strictement contre la violence. Quand Oushtar Nakhi, le chef rebelle suggéra que Outhman fut tué, elle exprima son horreur. Son propre frère Muhammed, agissait contre le Calife. Elle le supplia de ne pas utiliser des méthodes illégales et le pria de l’accompagner à la Mecque pour le Pèlerinage. Mais il refusa d’accepter ce conseil.

L’assassinat d’Outhman a tellement secoué Aisha qu’elle exprime ouvertement sa haine pour cette acte, en des termes violents. Elle fut même décidée de marcher su Bassora à la tête d’une armée. Rien d’autre qu’un profond sens du devoir, l’amena à tirer l’épée contre Ali. Elle a été absente de Médine pour quelques temps et ses points de vue sur les tragiques incidents dans la capitale étaient basés sur les récits de Talha et Zoubair. Naturellement, elle dut faire confiance aux récits de ces témoins oculaires. Aussi, la solution qu’elle avait choisie n’était pas celle de son propre choix. Cependant, au moment où elle réalisa son erreur, elle ne perdit pas de temps à la confesser. Elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour se corriger. Une fois, quelqu’un lui demanda : « Qui le Prophète aime-t-il le plus ? Fatima ! fut la réponse. Et parmi les hommes ? Son mari Ali qui était le premier pour les prières et pour le jeûne. »

Les dix huit derniers années de la vie de Aisha ont été vécues sous l’autorité de Mouawiya. Contrastant avec le Califat des quatres Califes bien guidés, celui de Mouawiya était un cas particulier. Aisha n’a jamais hésité à déclarer la vérité. Hajr Ibn Abdi, un Compagnon, vivait à Koufa. Il était un partisan d’Ali. Le gouverneur de Koufa l’arrêta et l’envoya à Damas. Quand Aisha apprit cela, elle envoya immédiatement un homme à Mouawiya, lui demandant de ne pas gêner Hajr. Cependant, Hajr fut tué avant que le messager n’arrive. Quand Mouawiya visita Médine par la suite, la première question que Aisha lui posa, fut celle-ci : « Mouawiya ! Qu’est il arrivé à votre prudence au sujet de Hajr ? »

La guerre civile qui suivit l’assassinat d’Ouhtman divisa les musulmans en trois groupes. Les habitants de l’Iraq et de l’Egypte disaient du mal d’Outhman et de ses parents. Ceux de Syrie en faisaient de même pour Ali. Les Kharijites haïssaient les deux groupes. Regrettant cet état des choses, Aisha fit cette remarque : « Allah ordonne dans le Coran de demander Sa miséricorde et Ses bénédictions pour les Compagnons du Prophète, mais ces gens jettent des malédictions sur eux ! »

Une fois, Mouawiya écrivit à Aisha, lui demandant un conseil. Elle lui donna cette réponse : « J’ai entendu le Messager d’Allah dire : Celui qui essaie de contenter Allah, ne se souciant pas du mécontentement des gens, sera protégé contre la méchanceté des gens. Mais celui qui contente les gens au prix du mécontentement d’Allah, sera abandonné par Allah à la merci des gens. »

Pendant sa vie, Mouawiya  commença à faire prêter serment d’allégeance à son fils Yazid. Aisha n’apprécia pas cela. Abdullah Ibn Zoubeir et quelques autres chefs s’opposèrent sans peur à cette proposition. Quand, lors d’une visite à Médine, Mouawiya s’en plaignit à Aisha, elle répondit : « Faites ce qui vous semble être bon ! Je demande une seule chose : Ne forcez pas ces hommes à agir contre leur gré ! »

Un Grand Professeur

L’islam insiste beaucoup sur l’importance de l’éducation. Le Prophète lui même, était le plus grand professeur de l’histoire. Il voulait que l’éducation se répande. Pour cela, il rassembla toutes les personnes de talent et d’une grande vertu et les forma spécialement, pour travailler comme professeurs après lui. Aisha était l’un de ces professeurs.

Sa propre éducation et instruction commencèrent à l’âge de neuf ans, quand elle arriva chez le Prophète. Elles continuèrent jusqu’à ses dix-huit ans. Cela fit d’elle un des plus grands professeurs de son siècle. Elle vécut jusqu’à l’âge de 67 ans, assez longtemps pour aider les gens à trouver des solutions à des problèmes d’une période si différente de celle du début de l’Islam. Elle partageait cette distinction avec de grands maîtres comme Abdullah Ibn Omar, Abdullah Ibn Abbas, Abu Hurayra et Zaid ibn Thabit. Ces professeurs célèbres firent de Médine, le plus grand centre d’étude du monde. L’école de Aisha était considérée comme le siège le plus important du savoir.

Aisha continua à dormir encore quelque temps dans la chambre du Prophète, à côté de sa tombe. Une nuit, elle le vit en rêve. Le lendemain, elle emménagea dans la chambre voisine. Au cours du temps, la chambre devint le centre le plus important de l’éducation. En face de la porte, il y avait un rideau. Aisha s’asseyait derrière le rideau. Des filles, des garçons et les hommes pour lesquels elle n’avait pas à observer le voile, entraient dans la pièce et s’asseyaient en face d’elle. Les autres prenaient place dans la cour de la mosquée, près du rideau.

La méthode d’enseignement adoptée était une combinaison de conversation et de discussion. Quelquefois, elle parlait d’un sujet et les autres écoutaient. A la fin de l’exposé, on posait des questions et on y répondait. Quelquefois, la leçon prenait la forme de questions posées par les élèves et de réponses détaillées, données par le professeur. En d’autres occasions, on commençait une discussion, les élèves et le professeur y prenant part librement. Aisha veillait bien à la prononciation et à l’accent. Les fautes étaient corrigées immédiatement.

Quelques uns des adultes assistaient aux cours de temps en temps. La plupart des garçons et filles, cependant, étaient des étudiants réguliers. Les orphelins de Médine bénéficiaient d’une attention spéciale de la part de Aisha. Elle s’occupait de toutes leurs dépenses. Les personnes qui avaient eu le privilège d’étudier avec Aisha surpassaient leurs camarades.

Aisha était la plus gentille avec ses élèves que leurs propres mères. Elle en adopta quelque uns.

Son amour et son attention pour ses élèves étaient tels que sa propre famille les enviaient. Elle aimait chèrement son neveu Abdullah Ibn Zoubeir. Mais il enviait quand quand même Aswad, un élève prometteur de Aisha. Ses élèves aussi, avaient la plus grande estime pour elle.

Le nombre d’élèves qui profita de son éducation se comptait par centaine. Rares étaient les savant en hadiths qui n’avaient pas bénéficié directement de ses connaissances. Les plus grands noms parmi eux sont :

Orwa frère d’Abullah ibn Zoubeir et neveu de Aisha. Il fut élevé par elle. Il était en passe de devenir le premier savant de Médine.

Qacim, un autre neveu de Aisha. Il était le fils de son frère Muhammed. Etant devenu orphelin, elle l’éleva. Il était en passe de devenir un grand savant de la loi islamique.

Abu Salma, fils d’Abdur Rahman Ibn Aouf lui aussi était orphelin et fut élevé par Aisha. Il était en passe de devenir un grand savant en hadith.

Massrouq, le jeune d’Iraq que Aisha avait adopté. Il devint plus tard, l’autorité principale de la loi islamique en Iraq.

Imam Nakhi, d’Iraq. Les autres étudiants iraquiens enviaient sa chance d’avoir étudié avec Aisha.

Omerah bint Abdur Rahman, une fille Ansari. Elle était l’élève la plus brillante parmi les filles, et très aimée de Aisha. C’était elle qui écrivait les lettres de Aisha. Les hadiths rassemblés par le Calife Omar ibn Abdul Aziz pendant son règne, étaient scrupuleusement examinées par Omerah.

Aisha accomplissait régulièrement le Hadj chaque année. Pendant le Hadj, sa tente devenant l’endroit le plus inspirant dans l’immense assemblée. Les gens de différents pays, se pressaient vers cette tente pour trouver des réponses à leurs questions. Aisha était extrêmement polie envers les gens. Si quelqu’un hésitait de poser une question, elle disait : « Vous pouvez librement me poser n’importe quelle question que vous poseriez à votre propre mère ! »

La mort de Aisha

Même quand elle était âgée, Aisha continuait à servir l’islam et les musulmans avec la même vigueur. Elle devenait si chère au coeur du peuple qu’elle fut la personne la plus aimée et la plus respectée de son temps.

Dans le mois de Ramadan de l’an 58 de l’hégire, Aisha tomba soudainement malade. Les jours passèrent et sa condition s’aggravait. Les gens accouraient pour prendre des nouvelles de sa santé.

Le célèbre compagnon et cousin du Prophète, Abdullah Ibn Abbas lui rendit un jour visite. Elle hésitait à le recevoir car elle avait peur qu’il commence à faire des éloges sur ses services rendus à l’islam. Poussée par ses neveux, elle le reçut.

Après quelques informations sur sa santé, le visiteur commença à faire des compliments à la mère des Croyants. « Tu étais la femme préférée du Prophète. A cause de toi, Allah a révélé les versets se rapportant au Tayamoun ; des versets du Coran parlent de la pureté de ton caractère. Ces verset sont aujourd’hui récités dans les mosquées, jour et nuit ! »

Ibn Abbas ! dit-elle, d’une voie faible, n’en dit pas plus. Je souhaite n’être jamais née ! (Se remémorant le fardeau de la Bataille du Chameau)

Quand sa fin était proche, Aisha dicta sa dernière volonté : « Ne m’enterrez pas dans mon ancienne maison, au côté de mon mari car j’ai commis une faute. Enterrez-moi dans le cimetière de Médine, aux côtés des autres femmes ! Enterrez moi la nuit, n’attendez pas le matin ! »

Quelqu’un suggéra : « Il serait préférable de vous enterrer là ou le Prophète et votre père Abu Bakr reposent ! » « Dans ce cas, dit Aisha, toute ma repentance aura été vaine et je devrais me repentir à nouveau. »

Au soir du 17 Ramadan, Aisha Siddiqua, la Véridique, mourut paisiblement. Elle avait 67 ans. La prière venait de se terminer quand la nouvelle se répandit dans la ville. Elle affligea tout le monde. Des foules se rassemblèrent dans les rues.

« Hélas ! disait-on. Les gens viennent d’être privés du grand professeur, formé spécialement par le Prophète lui-même ! »

En accord avec sa volonté, Aisha fut enterrée dans le cimetière de Médine. Des milliers de personnes assistèrent à la prière funéraire qui fut dirigée par Abu Huraira. Jamais auparavant dans l’histoire de Médine, des funérailles ne furent aussi largement assistés la nuit. Des foules énormes de femmes sortirent dans la rue, donnant à cette circonstance un aspect de recueil national.

Le Personnage

La vie de Aisha démontre à quel degré peut s’élever une femme musulmane. Avant l’avènement de la religion, une femme n’avait presque aucun droit. L’islam l’a soudainement élevée au plus haut sommet de la dignité humaine tout en insistant sur la douceur et la pureté de sa nature. L’exemple de Aicha montre comment cela peut se faire. Elle était rigoureuse au sujet du voile et du code moral et pourtant, elle a joué un rôle vital dans la vie sociale, religieuse et politique de son peuple.

Aisha était une femme pieuse. En plus des cinq prières obligatoires, elle s’attachait également aux surérogatoires et elle jeunait fréquemment même après le mois de Ramadan. Aisha observa toute sa vie le même état d’ascétisme que durant la vie du Prophète. Elle n’avait pas de passion pour les beaux vêtements. Elle n’avait qu’un seul ensemble à la fois. Quand il se déchirait, elle s’en procurait un autre. Aussitôt qu’elle recevait un peu d’argent, elle le distribuait aux pauvres. Une fois, Mouawiya lui envoya 100 000 dirhams. Elle jeûnait ce jour là. Elle les distribua immédiatement, sans rien garder pour elle. Le soir, elle n’avait rien à manger. « Pourquoi ne m’as tu pas rappelé de garder quelque chose pour ce soir ? » dit-elle à la servante.

La malveillance n’est jamais entrée dans son coeur, bien que la provocation fût grande. Une fois, un égyptien lui rendit visite : « Quel genre d’homme est votre gouverneur ? » demanda-t-elle. Il traite bien le peuple, fut la réponse.

« Quelque soit le traitement de cet homme envers mon frère Muhammed (Ibn Abu Bakr), fit remarquer Aisha, je ne peux pas m’empêcher de déclarer que le Messager d’Allah a dit en ma présence :  Ô Allah ! Si un gouverneur est très dur envers son peuple, alors toi aussi, sois dur envers lui. Mais s’il est bon envers son peuple, alors Toi aussi sois bon envers lui. »

Islammedia 2011

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