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Posts Tagged ‘Abu Bakr’

La Question de l’héritage

Le Prophète  n’a laissé aucun bien sous forme d’argent ou de nourriture. En fait, dans sa maison, il n’y avait rien à manger pour le repas du soir où il mourut. Cependant, il possédait quelques jardins. Les revenus de ces terres étaient dépensés pour les besoins publics. D’après la loi de l’héritage, ces terres étaient maintenant la propriété de ses femmes qui avaient l’intention de les réclamer au nouveau chef de l’état. Aïcha les arrêta en disant : « Vous ne vous rappelez pas des paroles du Prophète ? Il a clairement dit que tout ce qu’il laisse derrière appartiendrait au peuple en général et à aucun individu en particulier ! »

La mort du père de Aisha

Abu Bakr fut Calife pour un peu plus de deux ans. Pendant les derniers moments de sa maladie, Aïcha s’asseyait à son chevet. Il lui avait donné quelques biens. Maintenant qu’il allait quitter ce monde, il pensa à ses autres enfants. Il dit à Aïcha :

« Aïcha, céderais-tu ces biens à tes plus jeunes frères et soeurs ? »

Aïcha accepta promptement. Il demanda ensuite :

« Combien de pièces de tissu le linceul du Prophète avait il ?
Trois morceaux de tissu blanc,
 répondit Aïcha.
Et quel jour est il mort ?
Lundi !
Quel jour est-ce aujourd’hui ?
Lundi !
Je vais aussi quitter ce monde d’ici ce soir. »

Le Calife regarda alors le drap qui le recouvrait. Il avait quelques tâches.

« Nettoie-le, dit-il, et apporte deux autres pièces. Les trois suffiront pour couvrir mon corps !
Mais ce drap est usé, père,
 protesta Aïcha.
 Les vivants ont plus besoin de vêtements neufs qu’un mort, répondit le Calife. »

Le soir même, Abu Bakr mourut et fut enterré au côté du Prophète.

Aïcha offre sa place à Omar

Quand Omar, second Cailfe, était couché, blessé mortellement, il envoya son fils Abdullah, prier Aïcha de le laisser être enterré au côté de ses deux illustres Compagnons. Abdullah trouva Aïcha en pleurs. En réponse au message du Calife mourant, elle dit :

« Je voulais que ma tombe soit là. Mais je préfère Omar à moi même ! »

Omar fut alors enterré dans la chambre de Aïcha. Son rêve s’était totalement réalisé. Les trois lunes étaient descendues dans sa chambre.

L’assassinat d’Uthman

Aïcha, comme la plupart des Compagnons, n’était pas d’accord sur quelques points politiques d’Uthman. Mais elle était contre la violence. Oushtar Nakhi, un rebelle, lui demanda ce qu’elle pensait du projet d’assassiner Uthman. Elle s’écria avec horreur : « Qu’Allah m’en préserve ! Comment puis-je prendre part à l’assassinat du chef des chefs ? »

Le plus jeune frère de Aïcha, Muhammed, qui fut élevé par Ali, était également un des chefs rebelles. Avant de partir pour le Hadj, Aïcha lui conseilla fortement de l’accompagner à la Mecque, mais il ne l’écouta pas.

Aïcha était sur le chemin de retour à Médine, quand Talha et Zoubeir la rencontrèrent. Tous deux étaient les maris de ses soeurs et des Compagnons d’un haut rang. Ils lui racontèrent le meurtre de sang froid du Calife et du vaste pillage dans Médine. Le remède qu’ils proposèrent était de lever une armée forte qui ramènerait la paix dans le pays. Aïcha fut facilement persuadée et une grande armée se réunit sous le drapeau.

Les Chefs de Banu Umayya, dont la plupart étaient à la Mecque, se joignirent à cette armée. Ceci les permit de passer pour des défenseurs de la vérité et de la justice. Le plan de Aïcha était de marcher sur Médine. Mais ses conseillers pensèrent différemment. Ils la forcèrent de marcher sur Bassora.

La nouvelle que la femme du Prophète  conduisait une armée pour restaurer la paix dans le pays, se répandit très vite. Des hommes venus de près ou de loin, commencèrent à se précipiter dans son armée, afin qu’elle bénéficie d’une grande force.

En marchant, l’armée passa par l’étang d’un village. Les chiens du voisinage commencèrent à aboyer. Quand leur hurlements atteignirent ses oreilles, une prophétie oubliée du Prophète  lui revint soudain à l’esprit. Il y a quelques années, il avait dit un jour, au milieu de ses femmes :

« Je ne sais pas laquelle de vous sera aboyée par les chiens de Joab ! »

« A quel endroit, sommes nous ? » demanda anxieusement Aïcha.

« Joab ! » lui répondit-on.

« Alors, je dois revenir sur mes pas, » soupira-t-elle. Talha, Zoubeir et les autres s’opposèrent à elle, mais elle ne voulait pas faire un pas de plus. L’armée fit halte. A la fin, ses conseiller eurent le dessus, et elle continua sa marche à contre coeur.

Entrée dans Bassora

Outhman Ibn Hounayf, le Gouverneur de Bassora, envoya une délégation à Aïcha, pour savoir le but de sa campagne. Aïcha fit un discours tellement animé devant la délégation, qu’un membre de la délégation se joignit à elle. Cependant, le Gouverneur décida de faire son devoir. Il sortit avec une armée pour arrêter l’entrée de Aïcha dans la ville.

Les deux armées se tinrent face à face. Talha et Zoubeir sortirent et abordèrent l’armée du Gouverneur, ce qui produisit un vacarme. Voyant cela, Aïcha s’avança. Il y avait une telle dignité dans ses paroles qu’il y eut aussitôt un silence de part et d’autre. Elle termina son discours avec ses mots : « Oui, écoutez attentivement ! Ce que vous devriez faire maintenant et qu’il serait peu convenable d’ignorer, c’est d’arrêter les assassins d’Outhman et de mettre en vigueur les commandements d’Allah ! »

L’effet fut spectaculaire. On criait : « Oui, elle a raison ! Elle a parfaitement raison. » En très peu de temps la moitié de l’armée du Gouverneur se joignit à celle de Aïcha.

Le Gouverneur, cependant, refusa d’abandonner. Pendant trois jours, les deux armées se tinrent face à face. Au troisième jour, on décida d’envoyer un homme à Médine pour savoir si Talha et Zubeir avaient fait serment d’allégeance à Ali de leur propre gré ou sous la pression. Dans le premier cas, l’armée de Aïcha devrait retourner. Dans le second, le Gouverneur remettrait la ville à Aïcha.

Kaab Ibn Thaur, le juge de Bassora, fut choisi pour aller à Médine pour connaître les faits réels. Kaab arriva à Médine un vendredi. Après la prière du vendredi, il se leva dans la mosquée et s’écria : « Dites moi, Ô peuple ! Talha et Zoubeir ont-il fait serment d’allégeance de leur propre gré ou sous la pression ? » Tout le monde se tut mais Ossama se leva et dit : « Par Allah ! Ils le firent sous la pression ! »

Kaab transmit la réponse. Entre temps, le Gouverneur avait reçu des ordres d’Ali de ne pas remettre la ville. Il obéit aux ordres du Calife. Dans la bataille qui suivit, le Gouverneur fut renversé. Aïcha entra dans Bassora. Ceux qui avaient pris part dans la révolte contre Outhman furent tués. Cependant, un des chefs put s’échapper car des centaines de ses hommes armés, étaient venus le défendre. L’armée de Aïcha ne réussit pas à mettre la main sur lui.

La Bataille du Chameau

Ali fut profondément bouleversé par la nouvelle que Bassora était tombée aux mains de Aïcha. Il se rappela alors une parole du Prophète  qui lui avait dit un jour :
« Quelque chose surviendra entre toi et Aïcha.
Je serai alors le plus malchanceux des humains !
 s’était exclamé Alî.
Non, mais quand cela arrivera, fais-la retourner à son lieu de sécurité. »

Ali devait donc apaiser en priorité le confit Iraqien avant de s’occuper de la Syrie. Il demanda de l’aide au Médinois mais la réponse fut maigre. Seulement 700 hommes acceptèrent d’aller avec lui. Beaucoup plus se joignirent à lui en chemin ; de même que 7000 venant de Koufa. Au moment où il arriva à Bassora, il avait 20 000 hommes. Aïcha sortit pour le rencontrer avec une armée de 30 000 hommes.

Pour la première fois dans la brève histoire de l’islam, deux armées musulmanes se tenaient prêtes pour s’affronter. Des parents et des proches étaient opposés les uns aux autres. A la pensée de la lutte à venir les coeurs des musulmans soucieux saignaient. Zoubeir s’écria avec dégoût : « Hélas ! Après être devenus puissants comme le roc, les musulmans sont maintenant prêt à briser leur propre pouvoir ! »

Des musulmans soucieux priaient dans leurs coeurs afin que le choc soit évité. Un chef très influent poussa Ali vers des pourparlers de paix. Ali apprécia la demande. L’homme alla ensuite à l’autre camp. Aïcha, Talha et Zoubair expliquèrent que leur seul but était de punir les assassins d’Outhman et de tout faire rentrer dans l’ordre.

A cela, l’homme répondit : « Mère des fidèles ! Réfléchissez attentivement à la situation. Afin de punir 500 personnes, vous verserez le sang de 5000. Les familles de ces 5000 personnes vont prendre alors leur revanche. Dans ces conditions, comment les choses vont elles rentrer dans l’ordre ? »

L’argument rendit Aisha et ses conseillers silencieux. Ils étaient tous d’accord pour faire la paix avec Ali. La nouvelle contenta Ali. Cette déclaration se dit entendre de l’armée du Calife. « Personne ne doit penser à la guerre. Demain, nous allons arranger la situation paisiblement. Ceux qui sont, en quelque façon, impliqués dans l’assassinat d’Outhman doivent se séparer de nous ! »

Cette déclaration mit une bonne partie de l’armée de Ali, mal à l’aise. C’étaient ceux qui avaient pris part dans la révolte contre Outhman. Ils avaient l’espoir que dans le camp d’Ali, ils seraient saufs. Cet espoir semblait s’envoler. Leur seule chance était de précipiter la lutte. Ils étaient décidés de ne pas la laisser s’envoler.

La nuit arriva et les hommes des deux camps dormaient mais les assassins d’Outhman étaient occupés à préparer une attaque surprise. Un peu avant l’aube, ils attaquèrent l’armée de Aïcha. Il y eut une ruée soudaine sur les armes, des deux côtés. Chaque camp accusait l’autre de trahison. Ali essaya en vain de retenir ses hommes mais la bataille était trop poussée.

Kaab, le juge de Bassora, était du côté de Aisha. Il vint à elle et dit : « Mère des fidèles ! Si vous montez votre chameau et que vous alliez dans la bataille, la scène pourrait inciter l’autre camp à faire la paix ! »

Elle s’assit sur son chameau et se dirigea droit en pleine bataille. Ali fit un essai de dernière minute pour la paix. Il se tint en face de son armée et aperçut Zoubeir. Les deux chefs se tinrent si près l’un de l’autre que les cous de leur chevaux se touchaient.

« Zoubeir, dit Ali. As-tu oublié que le Prophète a dit un jour que tu lutteras contre moi pour une raison injuste ? » Zoubeïr, se souvenant de ces propos du Prophète , réalisa son erreur. Il abandonne le combat et quitte le champ de bataille. Sur son chemin vers Médine, il est tué par un ennemi alors qu’il priait.

Talha veut également, à un moment donné, interrompre la lutte. Mais il est blessé par une flèche; on le ramène, suite à sa demande, à Bassora, où il meurt.

Voyant les musulmans s’entretuer, Aïcha demanda à Kaab, le juge de Bassora, d’appeler Ali au livre d’Allah. Il ouvrit le Qur’an et le mit entre les deux armées. Mais avant qu’il ne pût réciter un verset, une flèche mit fin à sa vie.

Les hommes de Aïcha se pressèrent autour d’elle comme un solide mur humain et chantaient les vers suivant : « Ô notre Mère ! Ô la meilleure mère que nous connaissons ! Ne voyez vous pas combien de guerriers ont été blessés ainsi que leurs mains et têtes coupées ! »

Pour arrêter la lutte, Ali ordonna à ses hommes de renverser le chameau. En prenant un grand risque, quelques hommes d’Ali passèrent derrière le chameau et coupèrent ses pattes de derrière. Le chameau retomba sur ses pattes de devant, descendant ainsi Aisha. La lutte s’arrêta alors. Le frère de Aïcha, Muhammed qui combattait du côté d’Ali se précipita vers sa soeur et lui tendit la main pour se relever.

« Quelle main insolente, est-ce ? demanda Aisha.
– Je suis ton frère, répondit Muhammed. Es tu blessée ?
– Non ! dit elle »

Ali traita Aisha avec le plus grand respect. Elle se reposa quelques jours à Bassora, puis elle fut escortée par son frère Muhammed accompagnée d’une quarantaine de femmes respectables. Ali et son fils Hassan l’accompagnèrent quelques kilomètres. Avant de se quitter, Aisha s’adressa au peuple en disant : « Mes enfants ! Il n’y a pas d’inimitié entre Ali et moi. Je le considère comme un homme bon ! »

« La Mère des croyants a raison, ajouta Ali. Elle est la femme honorée du Prophète dans ce monde et dans l’autre. »

Regret Permanent

De Bassora, Aïcha partit pour la Mecque afin d’accomplir le Pèlerinage. Elle retourna ensuite à Médine, à la porte du Prophète.

Aïcha avait marché vers l’Iraq avec de bonnes intentions. Son but était de rétablir l’ordre et la paix. Maintenant qu’elle avait un certain recul, la mésaventure semblait être la plus grande tragédie de sa vie. Ses deux soeurs et des milliers d’autres musulmanes étaient devenues veuves à cause de sa campagne.

Sans aucun doute avait-elle choisi la mauvaise voie. Aïcha regretta cette malheureuse erreur toute sa vie. A chaque fois que cela lui venait à l’esprit, elle s’exclamait :

« J’aurai du être un arbre ! J’aurais du être une pierre ou un caillou ! J’aurai du être morte ! »

Jusqu’au dernier moment de sa vie, elle déclara qu’elle regrettait d’avoir pris part dans la campagne Irakienne.

Quand elle récitait le Qur’an et spécialement le verset suivant :

« Ô femmes du Prophète, demeurez dans vos demeures…» (Coran, 33. 33)

Elle pleurait tellement que son voile était trempée. Il y avait encore une place dans sa chambre pour une autre tombe, mais avant sa mort, elle laissa une volonté :

« Ne m’enterrez pas aux côtés du Prophète, car j’ai commis une erreur après lui ! »

Ce regret sincère aurait plus que racheté sa triste faute. Aïcha eut le courage moral d’avouer ses erreurs et de s’en sentir sincèrement désolée.

Islammedia 2011

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Les Hypocrites

L’Islam a réalisé un miracle à Médine. A partir des petits groupes humains qui se faisaient la guerre, la nouvelle religion avait crée un sentiment solide de fraternité, au servie ce Dieu et de l’homme. Pour la première fois dans l’histoire, une démocratie spirituelle était née. La République de Médine se dressait pour la gloire d’Allah et la dignité de l’homme. Cela ouvrit une époque d’or pour la ville qui a été, longtemps, le lieu de luttes interminables et de misère humaine.

Les habitants de Médine étaient reconnaissants à Allah, pour cette faveur singulière. Cependant, il y avait un groupe d’habitants qui étaient mécontents. Il s’agit des hypocrites, avec Abdoullah Ibn Oubbay à leur tête. Cet homme projetait de se déclarer Roi de Médine avant l’arrivée du Prophète. Les espoirs d’Abdoullah s’envolèrent pour toujours. Il n’avait maintenant aucune chance de réaliser son rêve, ce qui le rendit, ainsi que ses valets, amères envers l’Islam.

Mais il était impossible de défier l’Islam ouvertement. Abdoullah Ibn Oubbay et ses partisans agirent alors par dissimulation. Ils professaient extérieurement être musulmans, mais ils s’occupaient secrètement à détruire le pouvoir de l’Islam. Pour cela, ils se servaient de différentes armes. Dans la bataille d’Uhud et du fossé, ils désertèrent les musulmans. Mais l’Islam résista avec succès. Les hypocrites décidèrent alors d’utiliser des armes plus subtiles.

La Fausse Accusation

L’événement se produisit en l’an VI de l’hégire. `Aïsha était maintenant une jeune femme de quatorze ans. Le Prophète  se prépara à aller en expédition militaire. Selon son habitude, il tira au sort l’épouse qui devait l’accompagner. Ce fut `Aïsha qui fut choisie et partit avec lui, heureuse et tranquille.

A son retour victorieux de cette expédition, le Prophète  retourna à Médine à la tête de son armée qui entonnait des chants célébrant leur triomphe sur l’ennemi. A quelque distance de la ville, le convoi fit une halte et passa une partie de la nuit en ce lieu. Le lendemain, le signal du départ fut donné, sans que personne ne sache que `Aïsha était descendue de son chameau pour aller s’acquitter de besoins naturels.

La caravane arriva à Médine au lever du jour. Le chameau de `Aïsha fut conduit jusqu’au seuil de la maison de cette dernière. Ce fut à ce moment que les gens s’aperçurent avec stupéfaction que la Mère des croyants ne se trouvait pas dans son palefrenier. Le Prophète  et ses Compagnons restèrent perplexes, inquiets et tourmentés par cette incompréhensible disparition. Certains prirent la décision de revenir sur leur chemin et suivirent l’itinéraire inverse dans l’espoir de la retrouver.

Voilà qu’au loin, `Aïsha apparut, montée sur le chameau d’un homme connu sous le nom de Safwan Ibn al-Mu’attal as-Salmi. C’était l’époque où l’ordre, donné aux mères des croyantes de se voiler le visage et de ne pas se montrer aux gens, n’avait pas encore été révélé. Le Prophète  fut apaisé et écouta attentivement le récit de sa femme, lui expliquant les causes de sa mésaventure :

J’ai quitté mon palefrenier pour m’acquitter d’un besoin naturel, avant que tu ne donnes au convoi le signal du départ. J’avais un collier autour de mon cou. Quand j’ai terminé mes besoins, le collier s’était détaché de mon cou, puis il était tombé je ne sais pas où. Je m’en étais aperçu qu’en revenant à l’endroit où nous avons fait halte. Aussi, ai-je fait demi-tour pour rechercher mon bijou. Quand je l’ai retrouvée, je suis revenu au lieu du campement mais vous étiez déjà partis. Je suis tellement légère que ceux qui placèrent mon palefrenier sur le chameau, pensaient que je m’y trouvais.

Je n’ai pas trouvé mieux que de demeurer sur place. Je me suis emmitouflée dans mon jilbab et me suis allongée sur le sol, attendant l’éventualité d’un secours. Au bout d’un moment, Safwan Ibn al-Mu’attal as-Salmi m’aperçut car, lui aussi, resta en arrière du convoi pour des besoins particuliers. Il manifesta son étonnement de me trouver seule à cet endroit. Enfin, il me demanda de monter sur son chameau, prit les rênes de la bête et me conduisit jusqu’ici à toute allure.

Après son récit, `Aïsha s’endormit paisiblement, la conscience tout à fait tranquille. Ce n’était pas le cas de tous dans la ville. Un groupe de Juifs et d’hypocrites, à leur tête Abdoullah Ibn Ubbay, qui éprouvait une haine envers le Prophète exploitèrent l’évènement du collier pour propager des mensonges au sujet de la chasteté de `Aïsha. C’était pour eux l’occasion de déverser leur venin sur l’Envoyé de Dieu et son innocente femme.

Le bruit de la mésaventure de `Aïsha se répandit dans toute la ville. Les mauvaises langues doutaient de l’honnêteté de cette dernière. Elles imaginaient mille et une chose car, dans leur esprit, un homme et une femme, étrangers l’un à l’autre, ne pouvaient entreprendre seuls, sans la présence de témoins, un si long trajet sans qu’il n’y eut quelque chose de malsain entre eux.

Malheureusement, des musulmans et des musulmanes reprirent à leur compte ces mensonges sans demander des preuves qui justifieraient de telles accusations. Il en a été ainsi de Hasan ibn Thabit al-Ansari, poète du Prophète, Mastah Ibn Athathah, proche d’Abu bakr, Hamnatah Bin Jahsh, soeur de Zaynab.

La douleur poignante de `Aïsha

La rumeur ne manqua pas d’arriver jusqu’aux oreilles du Prophète , ainsi que de ceux d’Abu Bakr et de Ruman, père et mère de `Aïsha. Celle-ci ignorait ce que les gens disaient à son sujet. Elle était inquiète en s’apercevant que son mari la boudait sans raison. C’est que personne ne s’aventura à lui expliquer les raisons de cette agitation dans la ville. Pourtant, elle sentait que quelque chose n’allait pas chez son époux. Elle pensa que c’était probablement sa pénible tâche qui le rendait silencieux ou que quelque chose de très lourd qui pesait sur son coeur. Elle n’osait pas lui poser la question pour savoir ce qui le tracassait à ce point.

Cependant, observant son attitude sèche à son égard, elle lui proposa d’aller chez son père et sa mère en attendant que les choses se tassent.

Le Prophète  ne s’opposa pas à la proposition de `Aïsha. Celle-ci demeura dans l’ignorance de ce qui se tramait contre elle. Ce ne fut que quelques jours plus tard, alors qu’elle sortit de nuit pour ses besoins naturels, que Umm Masta’, tante maternelle d’Abu Bakr, lui dit :

– Ô fille d’Abu Bakr ! Ne t’est-il pas parvenue la nouvelle qui circule à ton sujet ?

Ce fut ainsi que `Aïsha prit connaissance des dénigrements dont elle était injustement l’objet. Elle pleura longtemps au point qu’elle sentit son coeur se détacher de sa poitrine. Elle s’en prit à sa mère qui l’avait laissé dans une ignorance absolue :

– Que Dieu te pardonne ! Les gens disent du mal de moi et tu ne me dis rien de ce qui se passe autour de moi !

Umm Ruman la calma en lui affirmant qu’elle était une femme bonne et aimée de son mari. Cet éloge ne calma pas `Aïsha pour autant. Elle passa la nuit éveillée, des sanglots agitant sa frêle poitrine et de grosses larmes coulant sur ses joues roses.

`Aïsha était loin de s’imaginer que le Prophète  allait prendre au sérieux ces racontars. Il n’allait pas, tout de même, prendre en considération de telles insanités et méchancetés déversées sur elle. Elle savait, elle, qu’elle était victime d’un complot, fondé sur des accusations injustes. Ce qu’elle ne savait pas, c’est que son mari défendait son honneur et le sien. En effet, le Prophète prit témoin une assemblée de personnes :

– Ô vous les gens ! Quelle est l’intention de ces hommes qui portent préjudice à ma famille et disent sur elle ce qui n’est pas la vérité ?

La majorité des musulmans partageait les soucis de leur Prophète  et l’épreuve qu’il traversait. Ils étaient en colère contre eux qui colportaient des mensonges et portaient atteinte à l’honneur d’une épouse noble, sage et pure. Ils demandaient vengeance contre ces dénigreurs. Il va de soi que ce qui touchait à la dignité de la famille du Prophète se répercutaient sur eux-mêmes.

Le Prophète  voulait entendre les conseils afin de définir la position à prendre car il était à la fois agité et soucieux. Aussi alla-t-il voir Ali et Usama Ibn Zayd. Celui-ci prit la défense de `Aïsha en affirmant qu’il ne savait sur elle que du bien et que tout ce qui se disait n’était que pur mensonge.

Quant à Ali, il prit une position qui la désavantageait. En effet, il dit au Prophète qu’il n’avait pas à se soucier du cas de `Aïsha car ce n’était pas les femmes qui manquaient. Il avait donc loisir de la remplacer et de choisir celle qui lui conviendrait. Alors le Prophète questionna Barira, la servante de `Aïsha :

Ô Barira, N’as tu jamais rien vu dans la conduite d’Aïsha qui aurait pu éveiller des soupçons ?

– Par celui qui t’a envoyé avec la vérité, je n’ai jamais rien vu de mal dans la conduite de Aïsha pour la blâmer.

Le Prophète  sortit de la maison, triste et accablé par une douleur morale. Il se dirigea vers la maison d’Abu Bakr. `Aïsha s’y trouvait, les yeux gonflés de larmes. Il y avait à ses côtés des visiteuses parmi les femmes des Ansars. Son père et sa mère étaient là également et la regardaient en gardant le silence, ne sachant quoi lui dire.

Pour la première fois depuis l’éclatement du faux scandale, l’Envoyé de Dieu  s’assit aux côtés de `Aïsha et lui adressa la parole.

– Ô `Aïsha ! Tu es au courant de ce disent les gens à ton sujet. Crains Dieu ! Si tu as fait le mal dont les gens parlent, repens-toi à Dieu car Dieu accepte le repentir de ses serviteurs.

`Aïsha n’en croyait pas ses oreilles. Ainsi, le doute habitait la pensée de son mari. Elle se tourna vers son père et sa mère, espérant qu’eux même répondraient à sa place à son époux. Ils déclarèrent :

– Par Dieu ! Nous ne savons pas quoi répondre.

Il ne restait plus à `Aïsha qu’à se défendre elle-même. Ses larmes se remirent à couler, alors elle se tourna vers son mari et lui dit avec insistance :

– Par Dieu ! Je ne me repentirai jamais à Dieu à propos de ces accusations. Je ne peux pas confirmer ce que les gens colportent sur moi. Dieu sait que je suis innocente. Je ne peux pas dire ce qui n’existe pas. Mais si je démens ce qui se dit, vous ne me croirez pas. Je dirais seulement ce que le père de Joseph a dit : « Il ne me reste que la Patiente ! C´est à Allah qu´il faut appeler au secours contre ce que vous racontez! »

`Aïsha déclarée innocente

Le Prophète  n’avait pas encore quitté la pièce qu’il perdit connaissance. Son inconscience était de celle qui précédait la descente de la révélation. Les présents le recouvrirent de son vêtement et placèrent un coussin sous sa tête. Le père et la mère de `Aïsha se tordaient de peur, craignant que la révélation dévoile possible crime commis par leur fille. Quant à celle-ci, elle garda son calme, certaine de son innocence et sachant que Dieu ne serait point injuste envers elle.

Quelques temps après, le Prophète  se réveilla de son inconscience. Il s’assit en essuyant la sieur qui coulait sur son front. Il dit alors, le sourire aux lèvres :

C’est une bonne nouvelle pour toi Ô `Aïsha. Dieu a révélé ton innocence.

Abu Bakr expira fortement comme s’il voulait libérer un poids énorme qui obstruait sa respiration. Quant à Umm Ruman, elle bondit de la place où elle se trouvait, emportée par la joie qui la saisit. Elle fit signe à sa fille de se lever et d’aller vers son époux. `Aïsha répondit spontanément :

Par Dieu ! Je n’irai pas vers lui. Je n’ai qu’à louer Dieu, le Puissant, le Glorieux ! C’est lui qui a fait descendre mon innocence.

Puis, elle se tourna vers son père alors qu’il s’approchait d’elle. Abu Bakr, les larmes aux yeux, embrassa le front de sa fille. Celle-ci lui dit :

Ô père ! M’avais-tu soupçonnée ? Il répliqua : « Quel est le ciel qui m’aurait recouvert et quelle est la terre qui m’aurai supporté si je t’avais accusé de quelque chose que j’ignorais. »

Quant au Prophète , il se remémora la douleur que `Aïsha avait enduré à cause d’une accusation injuste. Il sortit aussitôt de la maison, se dirigea directement à la mosquée et récita les versets révélés au sujet de `Aïsha :

* Ceux qui sont venus avec la calomnies sont un groupe d´entre vous. Ne pensez pas que c´est un mal pour vous, mais plutôt, c´est un bien pour vous. A chacun d´eux ce qu´il s´est acquis comme pêché. Celui d´entre eux qui s´est chargé de la plus grande part aura un énorme châtiment.

* Pourquoi, lorsque vous l´avez entendue [cette calomnie], les croyants et les croyantes n´ont-ils pas, en eux-mêmes, conjecturé favorablement, et n´ont-ils pas dit: « C´est une calomnie évidente? »

* Pourquoi n´ont-ils pas produit [à l´appui de leurs accusations] quatre témoins? S´ils ne produisent pas de témoins, alors ce sont eux, auprès d´Allah, les menteurs.

* N´eussent-été la grâce d´Allah sur vous et Sa miséricorde ici-bas comme dans l´au-delà, un énorme châtiment vous aurait touchés pour cette (calomnie) dans laquelle vous vous êtes lancés,

* quand vous colportiez la nouvelle avec vos langues et disiez de vos bouches ce dont vous n´aviez aucun savoir; et vous le comptiez comme insignifiant alors qu´auprès d´Allah cela est énorme.

* Et pourquoi, lorsque vous l´entendiez, ne disiez-vous pas: « Nous ne devons pas en parler. Gloire à Toi (ô Allah)! C´est une énorme calomnie »?

* Allah vous exhorte à ne plus jamais revenir à une chose pareille si vous êtes croyants.

* Allah vous expose clairement les versets et Allah est Omniscient et Sage.

* Ceux qui aiment que la turpitude se propage parmi les croyants auront un châtiment douloureux, ici-bas comme dans l´au-delà. Allah sait, et vous, vous ne savez pas. (Coran 24.11-19)

Et par ordre de Dieu, les calomniateurs furent fouettés ainsi que le préconise le verset quatre de la sourate citée plus haut : Et ceux qui lancent des accusations contre des femmes chastes sans produire par la suite quatre témoins, fouettez-les de quatre-vingts coups de fouet, et n´acceptez plus jamais leur témoignage. Et ceux-là sont les pervers.

L’ablution sèche – le Tayamoun

Au cours d’un autre voyage, `Aïsha était avec le Prophète. Elle portait encore le même collier. A l’aube, la caravane allait partir quand on remarqua que le collier n’était plus là. `Aïsha informa immédiatement le Prophète  qui donna l’ordre de prolonger l’arrêt. La recherche du collier commença…

L’heure de la prière du matin était très proche mais il n’y avait pas d’eau dans le voisinage pour les ablutions. Les musulmans s’inquiétèrent : « La fille d’Abu Bakr nous a tous mis dans une situation difficile », disaient-ils.

Abu Bakr se sentit gêné par `Aïsha. Il vint à elle mais vit que le Prophète dormait la tête sur ses genoux : « Tu crées constamment des problèmes » protesta Abu Bakr.

Un peu avant l’heure de la prière, le Prophète  se réveilla. On le mit au courant du problème de l’eau. La révélation suivante arriva immédiatement :

Ô les croyants! … Si vous êtes malades ou en voyage, … et que vous ne trouviez pas d´eau, alors recourez à une terre pure (ou sable), et passez-vous-en sur vos visages et sur vos mains. Allah, en vérité est Indulgent et Pardonneur. (Coran 4.43)

La nouvelle transforma aussitôt l’inquiétude des gens en joie. Ils commencèrent maintenant à dire : « Ô famille d’Abu Bakr ! Ce n’est pas votre premier don à l’Islam. »

Abu Bakr qui était bien fâché contre sa fille vint lui dire : « Je n’imaginais pas que tu puisses être la source d’une telle bénédiction pour les musulmans. Grâce à toi, les gens se sont vus accorder une grande facilité. »

Un Mois de Séparation

En l’an 9 de l’Hégire, pratiquement toute l’Arabie était sous le drapeau de l’Islam. De tous les coins du pays, des richesses affluaient dans les caisses du trésor public de Médine. Mais tous ces revenus étaient dépensés pour les besoins de l’Etat. Le Prophète  et sa famille menaient la même vie nécessiteuse et de demi-famine.

Maintenant qu’elles pouvaient se le permettre, les épouses du Prophète souhaitaient qu’il dépense plus pour elles. Elles observaient le niveau de vie des autres femmes de la ville s’améliorer et ne voyaient plus aucune raison à continuer à mener cette vie rude.

Toutes les femmes du Prophète  avec à leur tête `Aïsha, se réunirent pour solliciter un meilleur confort. Quand Umar apprit la chose, il alla chez sa fille Hafsa et lui dit : « Je t’avertis de ne pas presser le Prophète, et de ne plus lui répondre de cette manière. Si tu a besoin de quelque chose, demande moi, je te l’apporterai. N’essaie pas d’imiter `Aïsha, car elle est plus belle et plus aimée par le Prophète que toi. Par Allah ! Le Prophète a de la considération pour moi, ou il divorcera de toi ! »

Umar alla aussi chez les autres femmes et leur donna le même conseil mais elles objectèrent qu’il n’avait pas le droit d’intervenir dans leur affaires privées qui ne regardaient qu’elles et le Prophète. Pendant ces mêmes jours, le Prophète tomba de cheval et eut quelques blessures légères. Se trouvant incapable de faire face à la demande incessante de ses femmes, il alla se réfugier dans une maison reculée, et déclara qu’il resterait là-bas tout seul, pendant un mois.

Les hypocrites saisirent aussitôt cette occasion. Ils propageaient l’information que le Prophète  avait divorcé de ces femmes. La nouvelle causa une agitation dans la ville. Les musulmans se sentirent très bouleversés, la paix familiale du Prophète les touchait directement. Les femmes du Prophète commencèrent alors à pleurer. Elles regrettèrent leurs actes car elles ne s’attendaient pas à ce que leurs gestes allaient prendre une si grande proportion. Elles n’attendaient que la miséricorde de Dieu et le Pardon de son Messager.

Quant à `Aïsha, qui était à la tête de ses revendications féminines, elle sentit sa responsabilité dans cette situation. Il lui semblait que son coeur allait se déchirer en songeant à la peine qu’elle faisait à son époux.

En fait, le Prophète  n’avait pas répudié ses femmes. Ce n’était qu’un avertissement qu’il leur adressait. Mais si elles ne se repentaient pas, Son Seigneur lui ordonnerait de les répudier et de prendre d’autres épouses meilleures que les précédentes.

Aussi, toutes les femmes furent séparées du Prophète  durant un mois, attendant chacune dans leurs chambres respectives le retour de leur époux.

Quand elles entendirent ses pas s’approcher, `Aïsha se prépara à le recevoir car elle savait que c’était chez elle qu’il entrerait en premier. Son coeur battait à forte allure au rythme des pas qui avançaient.

Dès que `Aïsha le vit, elle rassemble toute son énergie pour lui déclarer :

– Ô Apôtre de Dieu ! Tu as juré de te séparer de nous pendant un mois. Or, seulement vingt neuf jours se sont écoulés. Que s’est il passé ?

Le Prophète  se réjouit de constater qu’Aïsha comptait les jours et les nuits de la séparation (ce qu’il faisait également) impatiente de voir le délai écoulé. Il lui dit tout en souriant :

– Ne sais-tu pas que le mois en cours n’a que vingt neuf jours ?

Puis le Prophète  lui dit : Je vais t’entretenir d’une affaire, mais ne te hâte pas de me répondre tant que tu n’auras pas consulté tes parents.

Il récita les paroles d’Allah : Ô Prophète ! Dis à tes épouses : Si c’est la vie présente que vous désirez et sa parure, alors venez ! Je vous donnerez (les moyens) d’en jouir et vous libérerez (par un divorce sans préjudice). Mais si c’est Dieu que vous voulez et Son Messager ainsi que la demeure dernière, Dieu a préparé pour les bienfaisantes parmi vous une énorme récompense.(Coran 33.28)

– A quoi bon, répondis `Aïsha, de consulter mon père et ma mère, puisque c’est Dieu, Son Envoyé et la demeure dernière que je désire?

Puis, les autres épouses du Prophète firent de même. Elles ont toutes accepté calmement la vie de pauvreté en échange du Paradis.

Ainsi, `Aïsha reprit le cours de sa vie normale auprès de son mari qui l’aimait. L’accord entre les deux conjoints était parfait et ce n’était pas les légers et passagers mécontentements qui pouvaient ternir leur relations.

Le Prophète  lui avait dit qu’elle était pour lui comme l’anse la plus solide (al-‘Urwah al-Wuthqa). Il la connaissait si bien qu’il savait, à tout moment, son humeur de l’instand :

Je sais, lui dit il, quand tu es satisfaite de moi et quand tu es en colère.

Elle lui demanda comment pouvait-il connaître ce changement d’humeur. Il dit :

– Si tu es satisfaite, tu me dis : « Que non ! Par le Seigneur de Muhammad ! » Mais si tu es en colère, tu me réponds : « Non, par le Seigneur d’Abraham. » Ce qui était également juste.

La maladie du Prophète

Après ces quelques péripéties, les jours s’écoulaient paisiblement. `Aïsha était témoin des victoires de son époux. Elle l’accueillait chaque fois avec cette joie qui ressemblait à la lumière de l’aube qui déchirait les ténèbres de la nuit.

Hélas ! Le Prophète  n’était qu’un humain et comme tel, il était mortel. Il devait rejoindre son Seigneur après avoir accompli sa mission.

C’était ainsi qu’en revenant du pèlerinage d’adieu, en l’an XI de l’hégire, il allait au cimetière al-Baqi pour saluer les morts et demander pardon pour eux. Le lendemain, au réveil, il passa devant `Aïsha qui se plaignait de maux de tête. Il lui dit, alors qu’il commençait à ressentir les douleurs de la maladie :

C’est moi, ô Aisha qui ait un terrible mal de tête.

Quand il vit que son épouse continuait à se plaindre, il lui dit en plaisantant :

– Que dirais-tu si tu mourais avant moi ! Je te mettrai dans un linceul. Je prierai devant ton corps et je t’enterrerai.

Son sourire fit épanouir le visage de sa femme, d’autant plus que la douleur de sa tête se calma un moment. Mais, ce ne fut qu’un court répit car la souffrance le reprit.

Malgré la gravité de sa maladie, le Prophète  continuait ses tâches quotidiennes. Il conduisit la prière du matin et se rendit chez chaque femme. Voyant la maladie qui s’empirait, les épouses du Prophète lui donnèrent la permission de se reposer chez `Aïsha. Celle ci surveillait son mari jour et nuit, avec la plus grande dévotion et le plus grand soin.

Un matin, il essaya plusieurs fois de se lever pour aller à la mosquée. N’ayant plus de force pour diriger la prière des musulmans, il ordonna d’appeler Abu Bakr pour le remplacer dans cette noble tâche.

`Aïsha répliqua que son père avait le coeur trop tendre et qu’il pleurait facilement pendant la prière. Mais le Prophète insista à ce que aucun autre ne dirige la prière si ce n’est Abu Bakr, qui par cette désignation sera reconnu par la suite, premier calife des musulmans.

Quelques jours avant sa maladie, le Prophète  avait donné quelques pièces d’or à `Aïsha, pour qu’elle la garde. Cette pensée lui vint soudain à l’esprit et il dit :

« `Aïsha, où sont les pièces d’or ? Va et donne-les aux pauvres. Muhammad veut rencontrer son Seigneur avec la plus grande tranquillité d’esprit ! »

`Aïsha obéit immédiatement.

La Mort du Prophète

Au dernier jour de sa vie, le Prophète  était allongé sur son lit, sa tête posée sur les genoux de `Aïsha. Son frère Abder Rahman arriva avec un Siwak à la main. Le Prophète  regarda le Siwak. `Aïsha comprit alors qu’il voulait se brosser les dents. Elle prit le Siwak des mains de son frère, le ramollit avec ses dents et le donna au Prophète. Jamais il ne se lava les dents aussi longtemps et avec autant de soin.

Une fois terminé, il leva le doight et dit « Ô Allah ! Avec le plus grand Compagnon ». Puis son âme rejoingit son Seigneur.

C’est ainsi que le Messager de Dieu  est mort, dans les bras de sa tendre épouse `Aïsha. Il fut enterré au même endroit.

Longtemps avant, `Aïsha avait vu dans un rêve trois lunes tombant dans sa chambre. Elle raconta son rêve à son père. Il lui répondit :

– C’est l’une des lunes de ta chambre. C’est la meilleure des trois !

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La solitude, puis les mariages du Prophète

Depuis la mort de Khadija , les jours s’écoulaient chargés du poids de la mission prophétique. Quant aux nuits, elles s’emplissaient du souvenir de la disparue. Ainsi, le Prophète  demeurait sans compagne. De leurs côtés, ses compagnons observaient sur lui les effets de la tristesse. Ils auraient souhaité le voir briser sa solitude en se mariant le plus tôt possible.

Cependant, aucun des Compagnons ne prenait le courage de l’entretenir d’une éventuelle union. Il a fallu qu’un soir Khalwa Bint Hakim as-Salmiyya aille chez lui et lui dit :

– Ô Envoyé de Dieu ! Je te vois plongé dans la plus totale des tristesses depuis la mort de Khadija.

Elle l’observa un moment, puis soudain, elle lui proposa de se remarier. Le Prophète  la regarda en silence, écoutant la voix de son coeur plein de souvenir de la défunte. Il se rappela alors du jour, voilà plus de vingt ans, où Nafisa Bint Muniyya vint à lui pour lui parler de mariage et lui présenter une éventuelle union avec Khadija.

Quelques temps après, le Prophète  leva la tête et dit :

Qui épouserais-je après Khadijah ?

La demande en mariage

Ainsi, quand Khalwa proposa à l’Envoyé de Dieu, le nom de `Aïsha , le coeur de celui-ci s’épanouit en raison du fort lien d’amitié qui le liait à Abu Bakr. Aussi avant d’aller chez Sawda, Khalwa se rendit d’abord à la maison de celui qui allait être le premier calife de l’Islam, après la mort du sceau des envoyés. Elle trouva Umm Rûman, la mère de `Aïsha et lui dit qu’elle venait lui annoncer une heureuse nouvelle.

« L’Envoyé de Dieu m’a envoyé pour demander la main de `Aïsha. »

La mère se réjouit de cette annonce et appela son mari. Dès que celui-ci fit son apparition, Khalwa répéta le motif de sa mission. Abu Bakr fut surprit et dit : « Le Prophète et moi, nous nous sommes toujours considérés comme des frères. `Aïsha est donc sa nièce. Comment peut-elle se marier à lui ? »

Khalwa revint voir le Prophète et l’informa des inquiétudes d’Abu Bakr. Elle reçut cette réponse :

« Dis à Abu Bakr qu’il n’est pas mon propre frère mais seulement mon frère en islam. L’Islam n’interdit pas le mariage avec la fille d’un tel frère. »

Abu bakr demanda quelques instants de réflexion et sortit de la maison. Umm Ruman expliqua à Khalwa la raison du départ de son mari : Mat’am Ibn Addi avait sollicité la main de `Aïsha pour son fils Jabir. Or Abu Bakr n’avait pas pour habitude de faillir aux promesses qu’il donnait. Et cette fois encore, il voulait s’assurer que les choses s’arrangeraient.

Abu Bakr entra chez Mat’am et trouva avec lui sa femme, Umm Jabir, qui était encore idolâtre. Celle-ci prit la parole :

« Ô Abu Bakr ! il est possible qu’en mariant notre fils à ta fille, celle-ci le fera entrer dans sa religion que toi-même tu partages ? »

Abu Bakr ne lui répondit pas mais se tourna vers le mari pour lui demander ce qu’il en pensait.

« Mon opinion, dit-il, est celle que tu as entendue de ma femme. »

Abu Bakr sortit de chez Mat’am, l’air soulagé. Il ne pouvait pas donner sa fille à un idolâtre. C’est dire que sa promesse tombait à l’eau. Arrivé auprès de Khalwa, il lui demanda d’inviter le Prophète.

L’Envoyé de Dieu répondit à l’invitation. Ce fut alors que l’accord de son union avec `Aïsha était conclu, alors qu’elle n’avait que six ou sept ans. La dot avait été fixée à cinq cents dirhams.

Portrait du père et de la mère de `Aïsha

Les membres de la famille de `Aïsha, les Banu Taym étaient connus pour leur générosité, leur courage, leur fidélité et leur opinion juste et sensée. Ils étaient donnés en exemple pour leur bonté envers leurs femmes et l’excellent traitement qu’ils leur réserveraient.

De plus, Abu Bakr était renommé pour sa bonne moralité, sa douceur et sa sensibilité. C’était un commerçant avisé, droit et honnête. A ce titre, il avait gagné la confiance des mecquois. A cela, il faut ajouter qu’il a été le premier homme à répondre à l’appel de l’Islam. Il s’adonna au service de la religion avec son corps, son esprit et ses biens. Il recruta même d’autres adeptes tels que Uthman Ibn Affan, az-Zubayr Ibn al-Awwam, Abd ar-Rahman Ibn ‘Awf, Sa’d Ibn Abi Waqqas, Talha Ibn ‘Ubayd Allah, etc. Ils font tous partis des dix musulmans auxquels le Paradis avait été promis. Que Dieu les ait en Sa miséricorde.

D’Abu Bakr, le Prophète  avait dit :

« Je n’ai pas appelé une seule personne à l’Islam sans qu’elle ne refuse, n’émette des objections ou manifeste des hésitations, exception faite d’Abu Bakr Ibn Qahafah. Quand je lui ai fait la proposition, il l’accepta sans aucune hésitation. »

Il ajouta :

« Il n’y a pas de fortune qui m’a été autant utile que celle d’Abu Bakr. » Il est vrai que cet ami sincère et dévoué lui avait dit :

« Ô Envoyé de Dieu ! Est-ce que mes biens et moi-même ne t’appartiennes pas ? »

Quant à la mère de `Aïsha, Umm Rûman, fille de Amir al-Kinaniya, elle appartenait au nombre des illustres Sahabiyat. Au temps de la jahiliya, elle épousa Abd Allah Ibn al-Harith al-Asadi. Elle eut de lui un garçon nommé at-Tufayl. A sa mort, elle s’unit à Abu Bakr et, de leur union, deux enfants virent le jour : `Aïsha et Abd ar-Rahman.

Elle émigra à Médine quand le Prophète  et son compagnon Abu Bakr furent bien installés. Elle mourut du vivant du Sceau des envoyés. Celui ci visita sa tombe et, après avoir imploré le pardon de Dieu pour elle, dit :

« Ô Seigneur Dieu ! Tu n’es pas sans savoir ce que Umm Ruman a enduré pour Toi et pour Ton Messager. »

Quant à `Aïsha, elle naquit à la Mecque, quatre ou cinq ans après le début de la révélation. Elle embrassa l’Islam, ainsi que sa soeur Asmah, avant même sa maturité. C’était l’époque où les musulmans ne constituaient qu’un petit et faible groupe.

Le Prophète  la connut depuis sa tendre enfance. Il l’observa grandir et s’épanouir. Chaque fois qu’il voyait la mère, il lui demandait de prendre bien soin de sa fille. Un jour qu’il vit `Aïsha avec un air fâché et renfrogné, il dit :

« Ô Umm Ruman ! Ne t’avais-je pas conseillé de prendre bien soin d’elle ? »

L’émigration vers Médine

Arriva le jour où le Prophète  reçut l’ordre d’émigrer à Médine. Abu Bakr attendait avec impatience et souhaitait être celui qui accompagnerait son ami dans cette traversée du désert. Le Prophète annonça ce départ et c’est ainsi que les deux compagnons montèrent sur leurs chameaux et se dirigèrent vers Médine.

Les notables Quraychites promirent cent chameaux à celui qui les arrêterait. Mais le Prophète et Abu Bakr arrivèrent à Médine, sains et saufs et furent accueillit triomphalement. Quelques semaines plus tard, Abu Bakr envoya un mot à son fils Abdullah, lui disant de conduire la famille du Prophète, sa propre mère et ses soeurs à Médine. `Aïsha vécut chez ses parents pendant huit mois à Médine.

La Maladie

Au début, le climat de Médine ne convenait pas à beaucoup de réfugiés qui tombèrent malades. Abu Bakr était l’un d’eux. Il avait une forte fièvre. `Aïsha prenait soin de lui, jour et nuit. L’état de Abu bakr devint sérieux. Il était couché désespérément et répétait sans cesse ces mots :

« Chacun se voit pris au piège sous les yeux de sa famille. La mort est plus proche que les lacets de ses chaussures »

`Aïsha alla voir le Prophète  et lui demanda de prier pour la santé de son père. Il le fit et Abu Bakr se sentit ensuite mieux.

Quelques temps après, `Aïsha tomba malade. Sa maladie était grave aussi. Le père affectueux s’asseyait près de son lit jour et nuit. Finalement, la fièvre tomba et elle commença à guérir. Cependant, la maladie fut tellement sérieuse qu’elle perdit ses cheveux.

Le départ de la maison de ses parents

Quant `Aïsha fut complètement guérie, Abu Bakr vint au Prophète et lui aborda la question du mariage. Il fallait à présent concrétiser l’acte conclu à la Mecque trois années auparavant. Il lui dit :

« Messager d’Allah, pourquoi ne prend tu pas ta femme dans ta propre maison maintenant ? »

« Je n’ai pas d’argent pour payer la dot ! » répondit le Prophète.

« Tu peux m’emprunter l’argent. » dit Abu Bakr

Le Prophète lui emprunta ainsi cinq cents dirhams et envoya l’argent à `Aïsha.

Le jour suivant, le Prophète  envoya quelques femmes Ansari chercher `Aïsha. Quand elles arrivèrent che Abu Bakr, `Aïsha jouait. Sa mère la baigna, la coiffa et la conduisit dans la chambre où se trouvaient des femmes qui s’écrièrent en choeur « Pour toujours et dans la joie, soit la bienvenue ! »

Pendant ce temps, le Prophète arriva. Il n’y avait dans la maison qu’un bol de lait. On le lui offra. Il prit le bol de lait et en but une gorgée. Il passa ensuite le lait à Aisha qui, timidement, en fit de même.

Après cette simple cérémonie, `Aïsha embrassa ses parents et alla vivre avec son glorieux mari.

La Maison de `Aïsha

Du côté Est de la mosquée du Prophète, il y avait une rangée de petites habitations en boue. C’était les demeures du Prophète, qu’occupaient ses femmes.

La chambre de `Aïsha avait dix pieds de long, avec des murs en boue et le sol en terre. Elle avait un toit de chaume, de feuilles et de branches de datte. Le toit était si bas qu’on pouvait facilement le toucher. L »unique porte donnait sur la mosquée et était fermée par un simple rideau. Le mobilier consistait en un matelas, un oreiller de fibres de dattiers, un tapis, deux jarres, l’une pour les dattes, l’autre pour la farine, ainsi qu’une cruche pour l’eau et un bol. Il y avait aussi une lampe à huile, qui, faute d’huile, ne fonctionnait pas souvent.

La cour de la mosquée servait aussi de cour à la chambre. Pendant le mois de Ramadan, quand le Prophète s’assseyait pour l’Itikaf, il s’asseyait près de la chambre. Il mettait sa tête à l’interieur pour se faire coiffer les cheveux. S’il avait besoin de quelque chose, il tendait la main et `Aïsha le lui donnait.

Une éducation minutieuse commence

L’éducation d’Aïsha se fit sous les soins du meilleur professeur de l’histoire. Avec un but défini, le Prophète  commença à façonner l’esprit de la femme qui était destinée à transmettre et à interpréter ses enseignements au monde féminin.

Avec une ardeur étonnante, `Aïsha plaça ses remarquables talents au service de son éducation. Chacune des vertus humaines se trouvait achevée à la perfection dans la personnalité du Prophète. Dès que le Prophète entrait dans sa chambre, elle commençait à poser toutes sortes de questions. La porte de la chambre donnait sur la cour de la mosquée. Quand le Prophète  s’asseyait dans la mosquée pour enseigner aux gens et leur expliquer des choses, `Aïsha restait près de la porte et écoutait chaque mot qu’il disait. Le résultat était une connaissance étonnamment large et une profonde compréhension. Très peu de compagnons pouvaient égaler `Aïsha dans la compréhension du Qur’an et de la Sunna.

L’esprit de recherche de `Aïsha rendait un service permanent à l’Islam. Ses questions étaient la source de lumière à plusieurs problèmes importants. Voici quelques exemples :

Combattre pour la cause d’Allah est le devoir de tout musulman. Un jour `Aïsha demanda : « Ô Messager d’Allah, les femmes devraient-elles aller aux champs de bataille, tout comme les hommes ? »

« Non, le Pèlerinage est suffisant pour elles ! » répondit le Prophète.

Un jour, elle demanda : « Messager d’Allah, le consentement d’une femme est-il nécessaire avant le mariage ? » « Oui! », fut la réponse. « Mais les filles sont généralement trop timides pour exprimer leur consentement ! », continua `Aïsha. « Leur silence traduit leur consentement », expliqua le Prophète.

Une fois, le Prophète  déclara : « Suivez la voie du milieu. Essayer de rapprocher les gens. Dites leur qu’ils entreront au Paradis, non seulement par mérite, mais par la grâce Divine ! »

Cette annonce sonnait étrange aux oreilles de `Aïsha. Aussi, demanda t-elle : « Messager d’Allah, est-ce que cela s’applique à toi aussi ?» « Oui, répondit le Prophète, moi aussi je prie pour la faveur d’Allah et son pardon. »

Un jour, quelqu’un avait volé quelque chose appartenant à `Aïsha. Elle maudit le voleur. En entendant l’injure, le Prophète  dit : « N’enlève pas le péché de cette personne et ta propre récompense en proférant ces injures ! »

Cette éducation continuait jour et nuit. `Aïsha est entrée dans la maison du Prophète à neuf ans et elle avait 18 ans à sa mort. Elle a donc passé les neuf années les plus formatives d’une vie sous les soins affectueux du Prophète. Elle était la seule femme vierge qu’il avait épousée. Ses co-épouses étaient toutes des veuves, bien éduquées dans les manières, dans les maisons de leurs premiers maris. `Aïsha arriva au Prophète avec un esprit neuf et flexible.

L’Amour pour le Prophète

`Aïsha débordait d’amour pour son mari. Elle aimait le servir. Même quand elle avait une servante pour l’aider, elle préférait faire les choses de ses propres mains. Elle moulait elle même la farine, la pétrissait et faisait le pain. C’était elle qui faisait le lit et lavait le linge du Prophète. C’était elle qui préparait le Miswak et l’eau pour l’ablution.

La dévotion de `Aïsha était si grande qu’elle aimait tout ce qu’il aimait et détestait ce qu’il détestait.

Une fois, elle reçut un rideau imprimé à portraits d’hommes et d’animaux. La vue même du rideau fit rougir le Prophète. En demandant ce qui n’allait pas, le Prophète  dit : « Les anges n’entrent pas dans une maison où il y a des images d’hommes et d’animaux. » `Aïsha enleva immédiatement les rideaux.

Un jour, un compagnon devait donner une fête de mariage, mais n’avait pas d’argent pour le faire. Il rechercha l’aide du Prophète. « Allez chez `Aïsha, dit-il, et dites-lui de vous donner un panier de grains. » `Aïsha obéit, bien que cela la laissât sans nourriture pour la nuit.

La dévotion de `Aïsha était telle que l’absence du Prophète la rendait inquiète. Elle se leva une nuit, et ne trouvant pas le Prophète dans son lit, commença à tâtonner dans l’obscurité. Sa main toucha son pied. Elle comprit qu’il était occupé dans la prière. Une autre fois, elle fut réveillé par le bruit de la porte. « Le Prophète est parti », pensa-t-elle. « Mais où pourrait-il aller ? Peut-être chez une autre femme ! » `Aïsha le suivit furtivement. Il se dirigea vers le cimetière de Médine et s’abandonna aux prières. « Puissent mes parents mourir pour lui! » soupira `Aïsha. « Comme la réalité était loin de mon imagination ! » Il arrivait fréquemment que le Prophète  s’endormait sa tête sur les genoux de `Aïsha. Elle ne bougeait pas pour ne pas déranger son sommeil.

L’épouse préférée du Prophète

L’Amour de `Aïsha était pleinement récompensé. De toutes les femmes, elle était la préférée. Dans toute chose, le Prophète  traitait ses femmes de manière égale, mais il ne pouvait leur rendre un amour équivalent. En cela, `Aïsha dépassait les autres. C’est pourquoi le Prophète disait souvent : « Seigneur, je fais avec justice tout ce qui est en mon pouvoir, mais pardonne-moi pour ce qui est au dessus de mon contrôle ! »

Du pain trempé dans la soupe était le plat préféré des arabes de cette époque. Le Prophète comparait Aisha à ce plat. Une fois, il déclara : « Parmi les hommes, beaucoup ont atteint la perfection, mais parmi les femmes, Marie fille d’Imran et Assya femme de pharaon, sont les seuls exemples. Aisha a la même supériorité sur les femmes que le taourid sur les autres plats. »

Une fois, Amr ibn al-As demanda au Prophète : « Messager d’Allah ! Qui aimez vous le plus ? » « `Aïsha », fut la réponse. « Ô Messager d’Allah, ma question concernait les hommes. » « Le père d’Aïsha », répondit le Prophète.

Une fois, `Aïsha accompagna le Prophète au cours d’un voyage. Le chameau sur lequel elle était montée s’échappa et s’enfuit avec elle. Cela rendit le Prophète si agité, qu’il cria : « Ô ma femme ! »Tant que le chameau ne fut pas pris, il était inquiet.

Les compagnons connaissaient l’attention spéciale du Prophète pour Aisha. Ils envoyèrent généralement de la nourriture le jour où il était chez `Aïsha. Les co-épouses n’appréciaient pas cela. Elles poussèrent Fatima, la fille du Prophète, à transmettre leur point de vue à son père. Elle lui parla de la question, mais la réponse fut : « Ô Fatima, j’aime celle que vous n’aimez pas ! »

La remarque fit taire Fatima. Sa belle mère la poussa une nouvelle fois à faire un deuxième essai, mais elle refusa. A la fin, les co-épouses persuadèrent l’une d’entre elles, Um Salma de porter le problème au Prophète. Elle était une femme de tact. Trouvant une occasion un jour, elle posa le cas au Prophète.« Oum Salma, répondit il, ne dis rien contre Aisha. Elle est la seule femme dans le lit de laquelle, j’ai reçu une Révélation. »

Un jour de l’Aid, des noirs d’Abyssinie se livraient à la gaieté. Ils s’entrainaient avec des lances. `Aïsha voulait voir le spectacle. Le Prophète  se mit debout devant elle afin qu’elle puisse voir d’au dessus de ses épaules. Il resta debout ainsi aussi longtemps que `Aïsha fut interessée par le spectacle.

Une fois, un voisin perse invita le Prophète  à diner. « Est ce que `Aïsha est invitée ? » demanda-t-il. « Non », répondit l’homme. « Je ne peux pas accepter l’invitation », dit alors le Prophète. L’homme revint et offrit une invitation à `Aïsha aussi. Cette fois, l’invitation fut acceptée et tous deux allèrent ensemble au dîner.

Au retour du pélerinage de l’Adieu, ‘ Aisha refusa d’alourdir son chameau avec les bagages d’une autre épouse comme le lui a demandé le Prophète. Celui ci lui proposa : « Veux-tu que Abu Ubayda arbitre entre nous ? – Non dit-elle, il ne me donnera jamais raison contre toi ! – Alors ‘Umar ? Proposa-t-il. – Oh non ! J’ai peur de lui ! Même Satan a peur de lui ! – Eh bien, veux-tu que ce soit ton père, Abu Bakr ? » Elle y consentit et on fit appeler Abu Bakr , qui, apprenant la cause de l’incident et l’entêtement de sa fille avant même que le Prophète n’ait terminé son exposé et que Aisha puisse défendre sa cause – leva la main et la gifla… Le Prophète  l’arrêta en disant : « Je n’ai pas voulu cela. » Il se leva et lava de ses mains le visage et la robe de sa jeune épouse. [Rapporté par Bukhârî]

Une autre fois, `Aïsha était avec le Prophète lors d’un voyage. Les compagnons étaient tous devant et eux, très en arrière. « Faisons une course ! », suggéra le Prophète. Ils coururent et `Aïsha gagna parce qu’elle était plus mince. Des années plus tard, `Aïsha perdit parce qu’elle avait grossi. «`Aïsha,dit le Prophète, nous sommes à égalité maintenant ! »

Une fois elle demanda au Prophète  « Comment est ton amour pour moi ? ».
Il lui répondit : « Comme le nœud de la corde », voulant ainsi dire qu’il était fort et sûr.
A maintes reprises ensuite elle lui demanda comment était le nœud, il lui répondait : « Toujours inchangé ».

Le vrai secret

Certains pensaient que l’amour du Prophète  pour `Aïsha était dû à sa beauté. il est vrai que `Aïsha était jolie. Elle avait un beau teint et un corps mince. Mais quelques co-épouses étaient plus jolies. Zaynab, Jouwayriya et Safya étaient décidément bien plus belles qu’elle. Le vrai secret de l’amour du Prophète ne devrait pas être cherché dans le charme physique mais dans les hautes qualités de `Aïsha.

Ce point de vue se renforce quand on se souvient que le Prophète aimait évoquer la mémoire de sa défunte femme, Khadija. Sa mémoire était encore si chère à son coeur, qu’il parlait toujours d’elle avec les mots les plus gentils, à tel point que `Aïsha l’enviait. Une fois, le Prophète commença à louer sa mémoire pendant un long moment. A cela, `Aïsha dit : « Ô Messager d’Allah, pourquoi autant parler d’une vieille femme Qouraïchite ? Allah vous a donné de meilleures femmes. »

Le Prophète changea de couleur et lui dit : « Elle fut l’épouse qui a cru en moi quand d’autres m’ont rejeté. Quand les gens m’accusaient de mentir, elle a affirmé ma sincérité. Quand j’ai été abandonné, elle a dépensé sa richesse pour soulager le poids de ma douleur. Elle m’a donné des enfants alors que les autres femmes ne m’en ont pas donnés»

Ces faits montrent que seulement les hautes qualités de caractère pouvaient compter pour `Aïsha, dans l’esprit du Prophète. Elle était douée de talents extraordinaires que l’éducation et l’instruction avaient développés à l’extrême. Tout ceci faisait de `Aïsha la femme la plus accomplie du siècle et donc la femme favorite du Prophète.

Dévotion pour Allah

Si `Aïsha aimait quelqu’un plus que le Prophète , c’était Allah le Tout-Puissant. En cela, comme en d’autres choses, elle suivait l’exemple du Prophète lui-même.

Le Prophète aimait `Aïsha plus que tout autre. Mais cet amour n’était rien en comparaison de son amour pour Allah. `Aïsha elle-même disait qu’aussitôt que se faisait l’appel à la prière, il se levait et s’en allait comme s’il n’avait rien à faire avec elle. Au moment où il entrait dans la maison il disait : « Si un homme obtient deux vallées pleines d’or, il en aurait désiré encore une autre. Seule la poussière peut remplir son ventre. Allah a crée plusieurs formes de richesse pour lesquelles nous le remercions et que nous donnons aux pauvres. Allah se penche vers celui qui se penche à lui. »

Le but de cette constante déclaration était de rappeler à sa famille que les richesses de ce monde ne comptaient pas.

Même chez lui, le Prophète  était souvent pris dans le souvenir d’Allah. Quand il rentrait de la prière du soir, il se brossait les dents avec du miswak et se mettait au lit. Au milieu de la nuit, il se levait et commençait à prier. Avant l’aube, il réveillait `Aïsha qui le rejoignait dans la prière. Après l’aube, il offrait deux rakaats de la prière du matin. Ensuite, il s’allongeait sur son côté pendant quelques minutes et se rendait à la mosquée pour la prière. Il n’était pas rare pour le Prophète  et `Aïsha de passer toute la nuit en prières, pleurant et demandant le pardon d’Allah. Pendant ces prières, le Prophète récitait de longs chapitres du Coran.

Le Prophète  jeûnait très souvent. `Aïsha aussi jeûnait avec lui. Pendant les dix derniers jours de Ramadan, le Prophète s’asseyait dans la mosquée pour l’Itikaf. On dressait une tente pour lui dans la cour de la mosquée. Quelques fois, `Aïsha aussi s’asseyait pour l’Itikaf et une tente séparée était dressée pour elle.

Cet acte rendit `Aïsha profondément pieuse. Même après la mort du Prophète, la prière et le jeûne étaient les deux choses les plus chères à `Aïsha. Une fois elle jeûna la veille de la fête du sacrifice, il faisait extrêmement chaud et elle perdit connaissance. Les gens vidèrent de l’eau sur sa tête. Quelqu’un suggéra qu’elle rompe le jeûne. Elle répondit : « Comment puis-je faire cela ? J’ai entendu le Messager d’Allah dire que jeûner ce jour lave les péchés de l’année précédente. »

`Aïsha ne manquait jamais son Hajj annuel, parce qu’elle avait entendu le Messager d’Allah dire que le Pèlerinage à la Mecque apporte la même récompense aux femmes que la guerre sainte aux hommes.

Le Prophète  ne se souciait jamais de garder quoi que ce soit. `Aïsha a suivi fidèlement cette pratique durant toute sa vie. Elle recevait une bonne pension de la part des Califes mais elle la distribuait aussitôt aux nécessiteux.

Les relations humaines

`Aïsha avait de très bonne relations avec tous les membres de la famille du Prophète. Elle devait traiter avec huit co-épouses. Mais elle n’avait que de la bienveillance pour toutes.

Sawdah était en si bon termes avec `Aïsha, qu’elle lui céda volontairement son tour. Concernant Hafsa, elle avait des relations de soeur.

Umm Salma, comme `Aïsha, était remarquable par ses qualités intellectuelles. Malgré son âge avancé, le Prophète avait une grande attention pour elle. Et il y avait une parfaite entente entre elle et `Aïsha.

Juwayriyya était la plus attirante. Quand elle est entrée dans la maison du Prophète, `Aïsha craignait qu’elle n’attire en premier l’attention du Prophète. Mais sa crainte était malfondée. Aisha continuait à occuper la première place dans le coeur du Prophète.

Zaynab était la cousine du Prophète et se considérait la plus importante de toutes les femmes. Elle se mettait en colère facilement. Une nuit, elle était assise chez `Aïsha. Il n’y avait pas de lumière. Le Prophète entra et se dirigea vers Zaynab. `Aïsha s’écria : « C’est Zaynab ! » Ce qui rendit celle-ci furieuse. Elle dit beaucoup de choses peu aimables sur Aisha qui rétorqua. Mais la discussion s’arrêta là. Elles ne manifestèrent plus de mauvaise volonté l’une envers l’autre.

Une fois, Zaynab appela Safiya « une juive ». Cela déplut tellement au Prophète qu’il ne parla plus à Zaynab pendant deux mois. A la fin, Zaynab rechercha l’aide de `Aïsha. Elle traita le sujet avec une telle habilité, que la faute de Zaynab fut pardonnée.

Quand les hypocrites portèrent une fausse accusation sur `Aïsha, le Prophète rechercha l’opinion de Zaynab. « Je ne vois que de la vertu en `Aïsha », déclara Zaynab.

A la mort de Zaynab, voici ce qu’à dit `Aïsha : « Je n’ai pas connu de femme plus honnête, plus religieuse, plus pieuse, plus véridique, plus généreuse et qui craigne le plus Allah que Zaynab. Elle se mettait facilement en colère, mais elle s’excusait toujours par la suite. »

L’opinion de `Aïsha sur Maymuna : « Elle était la plus pieuse de nous »

Quand Umm Habiba était sur le point de mourir, elle fit appeler `Aïsha et dit : « En vivant ensemble, il est naturel que des désaccords surgissent quelquefois. S’il te plait, oublie et pardonne ce qui a pu y avoir !» « Qu’Allah te pardonne et te libère de tout blâme ! » répondit `Aïsha.

« Tu m‘a rendue heureuse à la fin de ma vie, dit la femme mourante, qu’Allah te rende toujours heureuse ! »

Au sujet de Safya, elle disait : « C’est la meilleure cuisinière que j’ai connue. »

Bref, `Aïsha rendait à chaque co-épouse ce qui lui était dû. Avec un esprit ouvert, elle appréciait les vertus de chacune. Il était naturel que des mésententes se produisaient quelquefois, mais elles n’étaient que passagères.

`Aïsha n’avait pas d’enfant d’elle même. Il était d’usage en Arabie d’être appelé par le père ou la mère d’un tel. Ces noms étaient une marque de noblesse. `Aïsha s’occupa tellement de son neuveu Abdullah que le Prophète la surnomma « Umm Abdullah ». `Aïsha adopta et éleva également une fille Ansari. Quand elle fut grande, elle la donna en mariage.

`Aïsha avait aussi quatre belles-filles. Elles étaient toutes plus âgées qu’elle ; la plus jeune, Fatima, avait cinq ans de plus qu’elle. Zaynab, Ruqiyya, Umm Kalthoum étaient déjà mariées quand `Aïsha entra chez le Prophète. Fatima se maria un an plus tard. Toutes deux vivaient ensemble très amicalement.

`Aïsha s’est beaucoup occupé du mariage de Fatima. C’est elle qui a plâtré les murs de sa maison, rembourré les oreillers avec des fibres de dattes et préparé ce qu’elle allait avoir comme dot. Quand le marié arriva, `Aïsha lui offrit des dattes et des raisins. Après cela, `Aïsha disait souvent : « Je n’ai jamais vu un meilleur mariage que celui là

`Aïsha avait la plus grande admiration pour Fatima. Voici ce qu’elle pensait de Fatima : « A la seule exception de son père, je ne connais personne, meilleure que Fatima. Elle ressemblait beaucoup à son père en tout. Quand elle visitait son père, il se mettait debout immédiatement, lui baisait la main et lui laissait sa place. De la même façon, quand il allait la voir, elle se levait, l’embrassait et lui cédait sa place. »

Islammedia 2011

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