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Posts Tagged ‘Abdoullah Ibn Oubbay’

Les Hypocrites

L’Islam a réalisé un miracle à Médine. A partir des petits groupes humains qui se faisaient la guerre, la nouvelle religion avait crée un sentiment solide de fraternité, au servie ce Dieu et de l’homme. Pour la première fois dans l’histoire, une démocratie spirituelle était née. La République de Médine se dressait pour la gloire d’Allah et la dignité de l’homme. Cela ouvrit une époque d’or pour la ville qui a été, longtemps, le lieu de luttes interminables et de misère humaine.

Les habitants de Médine étaient reconnaissants à Allah, pour cette faveur singulière. Cependant, il y avait un groupe d’habitants qui étaient mécontents. Il s’agit des hypocrites, avec Abdoullah Ibn Oubbay à leur tête. Cet homme projetait de se déclarer Roi de Médine avant l’arrivée du Prophète. Les espoirs d’Abdoullah s’envolèrent pour toujours. Il n’avait maintenant aucune chance de réaliser son rêve, ce qui le rendit, ainsi que ses valets, amères envers l’Islam.

Mais il était impossible de défier l’Islam ouvertement. Abdoullah Ibn Oubbay et ses partisans agirent alors par dissimulation. Ils professaient extérieurement être musulmans, mais ils s’occupaient secrètement à détruire le pouvoir de l’Islam. Pour cela, ils se servaient de différentes armes. Dans la bataille d’Uhud et du fossé, ils désertèrent les musulmans. Mais l’Islam résista avec succès. Les hypocrites décidèrent alors d’utiliser des armes plus subtiles.

La Fausse Accusation

L’événement se produisit en l’an VI de l’hégire. `Aïsha était maintenant une jeune femme de quatorze ans. Le Prophète  se prépara à aller en expédition militaire. Selon son habitude, il tira au sort l’épouse qui devait l’accompagner. Ce fut `Aïsha qui fut choisie et partit avec lui, heureuse et tranquille.

A son retour victorieux de cette expédition, le Prophète  retourna à Médine à la tête de son armée qui entonnait des chants célébrant leur triomphe sur l’ennemi. A quelque distance de la ville, le convoi fit une halte et passa une partie de la nuit en ce lieu. Le lendemain, le signal du départ fut donné, sans que personne ne sache que `Aïsha était descendue de son chameau pour aller s’acquitter de besoins naturels.

La caravane arriva à Médine au lever du jour. Le chameau de `Aïsha fut conduit jusqu’au seuil de la maison de cette dernière. Ce fut à ce moment que les gens s’aperçurent avec stupéfaction que la Mère des croyants ne se trouvait pas dans son palefrenier. Le Prophète  et ses Compagnons restèrent perplexes, inquiets et tourmentés par cette incompréhensible disparition. Certains prirent la décision de revenir sur leur chemin et suivirent l’itinéraire inverse dans l’espoir de la retrouver.

Voilà qu’au loin, `Aïsha apparut, montée sur le chameau d’un homme connu sous le nom de Safwan Ibn al-Mu’attal as-Salmi. C’était l’époque où l’ordre, donné aux mères des croyantes de se voiler le visage et de ne pas se montrer aux gens, n’avait pas encore été révélé. Le Prophète  fut apaisé et écouta attentivement le récit de sa femme, lui expliquant les causes de sa mésaventure :

J’ai quitté mon palefrenier pour m’acquitter d’un besoin naturel, avant que tu ne donnes au convoi le signal du départ. J’avais un collier autour de mon cou. Quand j’ai terminé mes besoins, le collier s’était détaché de mon cou, puis il était tombé je ne sais pas où. Je m’en étais aperçu qu’en revenant à l’endroit où nous avons fait halte. Aussi, ai-je fait demi-tour pour rechercher mon bijou. Quand je l’ai retrouvée, je suis revenu au lieu du campement mais vous étiez déjà partis. Je suis tellement légère que ceux qui placèrent mon palefrenier sur le chameau, pensaient que je m’y trouvais.

Je n’ai pas trouvé mieux que de demeurer sur place. Je me suis emmitouflée dans mon jilbab et me suis allongée sur le sol, attendant l’éventualité d’un secours. Au bout d’un moment, Safwan Ibn al-Mu’attal as-Salmi m’aperçut car, lui aussi, resta en arrière du convoi pour des besoins particuliers. Il manifesta son étonnement de me trouver seule à cet endroit. Enfin, il me demanda de monter sur son chameau, prit les rênes de la bête et me conduisit jusqu’ici à toute allure.

Après son récit, `Aïsha s’endormit paisiblement, la conscience tout à fait tranquille. Ce n’était pas le cas de tous dans la ville. Un groupe de Juifs et d’hypocrites, à leur tête Abdoullah Ibn Ubbay, qui éprouvait une haine envers le Prophète exploitèrent l’évènement du collier pour propager des mensonges au sujet de la chasteté de `Aïsha. C’était pour eux l’occasion de déverser leur venin sur l’Envoyé de Dieu et son innocente femme.

Le bruit de la mésaventure de `Aïsha se répandit dans toute la ville. Les mauvaises langues doutaient de l’honnêteté de cette dernière. Elles imaginaient mille et une chose car, dans leur esprit, un homme et une femme, étrangers l’un à l’autre, ne pouvaient entreprendre seuls, sans la présence de témoins, un si long trajet sans qu’il n’y eut quelque chose de malsain entre eux.

Malheureusement, des musulmans et des musulmanes reprirent à leur compte ces mensonges sans demander des preuves qui justifieraient de telles accusations. Il en a été ainsi de Hasan ibn Thabit al-Ansari, poète du Prophète, Mastah Ibn Athathah, proche d’Abu bakr, Hamnatah Bin Jahsh, soeur de Zaynab.

La douleur poignante de `Aïsha

La rumeur ne manqua pas d’arriver jusqu’aux oreilles du Prophète , ainsi que de ceux d’Abu Bakr et de Ruman, père et mère de `Aïsha. Celle-ci ignorait ce que les gens disaient à son sujet. Elle était inquiète en s’apercevant que son mari la boudait sans raison. C’est que personne ne s’aventura à lui expliquer les raisons de cette agitation dans la ville. Pourtant, elle sentait que quelque chose n’allait pas chez son époux. Elle pensa que c’était probablement sa pénible tâche qui le rendait silencieux ou que quelque chose de très lourd qui pesait sur son coeur. Elle n’osait pas lui poser la question pour savoir ce qui le tracassait à ce point.

Cependant, observant son attitude sèche à son égard, elle lui proposa d’aller chez son père et sa mère en attendant que les choses se tassent.

Le Prophète  ne s’opposa pas à la proposition de `Aïsha. Celle-ci demeura dans l’ignorance de ce qui se tramait contre elle. Ce ne fut que quelques jours plus tard, alors qu’elle sortit de nuit pour ses besoins naturels, que Umm Masta’, tante maternelle d’Abu Bakr, lui dit :

– Ô fille d’Abu Bakr ! Ne t’est-il pas parvenue la nouvelle qui circule à ton sujet ?

Ce fut ainsi que `Aïsha prit connaissance des dénigrements dont elle était injustement l’objet. Elle pleura longtemps au point qu’elle sentit son coeur se détacher de sa poitrine. Elle s’en prit à sa mère qui l’avait laissé dans une ignorance absolue :

– Que Dieu te pardonne ! Les gens disent du mal de moi et tu ne me dis rien de ce qui se passe autour de moi !

Umm Ruman la calma en lui affirmant qu’elle était une femme bonne et aimée de son mari. Cet éloge ne calma pas `Aïsha pour autant. Elle passa la nuit éveillée, des sanglots agitant sa frêle poitrine et de grosses larmes coulant sur ses joues roses.

`Aïsha était loin de s’imaginer que le Prophète  allait prendre au sérieux ces racontars. Il n’allait pas, tout de même, prendre en considération de telles insanités et méchancetés déversées sur elle. Elle savait, elle, qu’elle était victime d’un complot, fondé sur des accusations injustes. Ce qu’elle ne savait pas, c’est que son mari défendait son honneur et le sien. En effet, le Prophète prit témoin une assemblée de personnes :

– Ô vous les gens ! Quelle est l’intention de ces hommes qui portent préjudice à ma famille et disent sur elle ce qui n’est pas la vérité ?

La majorité des musulmans partageait les soucis de leur Prophète  et l’épreuve qu’il traversait. Ils étaient en colère contre eux qui colportaient des mensonges et portaient atteinte à l’honneur d’une épouse noble, sage et pure. Ils demandaient vengeance contre ces dénigreurs. Il va de soi que ce qui touchait à la dignité de la famille du Prophète se répercutaient sur eux-mêmes.

Le Prophète  voulait entendre les conseils afin de définir la position à prendre car il était à la fois agité et soucieux. Aussi alla-t-il voir Ali et Usama Ibn Zayd. Celui-ci prit la défense de `Aïsha en affirmant qu’il ne savait sur elle que du bien et que tout ce qui se disait n’était que pur mensonge.

Quant à Ali, il prit une position qui la désavantageait. En effet, il dit au Prophète qu’il n’avait pas à se soucier du cas de `Aïsha car ce n’était pas les femmes qui manquaient. Il avait donc loisir de la remplacer et de choisir celle qui lui conviendrait. Alors le Prophète questionna Barira, la servante de `Aïsha :

Ô Barira, N’as tu jamais rien vu dans la conduite d’Aïsha qui aurait pu éveiller des soupçons ?

– Par celui qui t’a envoyé avec la vérité, je n’ai jamais rien vu de mal dans la conduite de Aïsha pour la blâmer.

Le Prophète  sortit de la maison, triste et accablé par une douleur morale. Il se dirigea vers la maison d’Abu Bakr. `Aïsha s’y trouvait, les yeux gonflés de larmes. Il y avait à ses côtés des visiteuses parmi les femmes des Ansars. Son père et sa mère étaient là également et la regardaient en gardant le silence, ne sachant quoi lui dire.

Pour la première fois depuis l’éclatement du faux scandale, l’Envoyé de Dieu  s’assit aux côtés de `Aïsha et lui adressa la parole.

– Ô `Aïsha ! Tu es au courant de ce disent les gens à ton sujet. Crains Dieu ! Si tu as fait le mal dont les gens parlent, repens-toi à Dieu car Dieu accepte le repentir de ses serviteurs.

`Aïsha n’en croyait pas ses oreilles. Ainsi, le doute habitait la pensée de son mari. Elle se tourna vers son père et sa mère, espérant qu’eux même répondraient à sa place à son époux. Ils déclarèrent :

– Par Dieu ! Nous ne savons pas quoi répondre.

Il ne restait plus à `Aïsha qu’à se défendre elle-même. Ses larmes se remirent à couler, alors elle se tourna vers son mari et lui dit avec insistance :

– Par Dieu ! Je ne me repentirai jamais à Dieu à propos de ces accusations. Je ne peux pas confirmer ce que les gens colportent sur moi. Dieu sait que je suis innocente. Je ne peux pas dire ce qui n’existe pas. Mais si je démens ce qui se dit, vous ne me croirez pas. Je dirais seulement ce que le père de Joseph a dit : « Il ne me reste que la Patiente ! C´est à Allah qu´il faut appeler au secours contre ce que vous racontez! »

`Aïsha déclarée innocente

Le Prophète  n’avait pas encore quitté la pièce qu’il perdit connaissance. Son inconscience était de celle qui précédait la descente de la révélation. Les présents le recouvrirent de son vêtement et placèrent un coussin sous sa tête. Le père et la mère de `Aïsha se tordaient de peur, craignant que la révélation dévoile possible crime commis par leur fille. Quant à celle-ci, elle garda son calme, certaine de son innocence et sachant que Dieu ne serait point injuste envers elle.

Quelques temps après, le Prophète  se réveilla de son inconscience. Il s’assit en essuyant la sieur qui coulait sur son front. Il dit alors, le sourire aux lèvres :

C’est une bonne nouvelle pour toi Ô `Aïsha. Dieu a révélé ton innocence.

Abu Bakr expira fortement comme s’il voulait libérer un poids énorme qui obstruait sa respiration. Quant à Umm Ruman, elle bondit de la place où elle se trouvait, emportée par la joie qui la saisit. Elle fit signe à sa fille de se lever et d’aller vers son époux. `Aïsha répondit spontanément :

Par Dieu ! Je n’irai pas vers lui. Je n’ai qu’à louer Dieu, le Puissant, le Glorieux ! C’est lui qui a fait descendre mon innocence.

Puis, elle se tourna vers son père alors qu’il s’approchait d’elle. Abu Bakr, les larmes aux yeux, embrassa le front de sa fille. Celle-ci lui dit :

Ô père ! M’avais-tu soupçonnée ? Il répliqua : « Quel est le ciel qui m’aurait recouvert et quelle est la terre qui m’aurai supporté si je t’avais accusé de quelque chose que j’ignorais. »

Quant au Prophète , il se remémora la douleur que `Aïsha avait enduré à cause d’une accusation injuste. Il sortit aussitôt de la maison, se dirigea directement à la mosquée et récita les versets révélés au sujet de `Aïsha :

* Ceux qui sont venus avec la calomnies sont un groupe d´entre vous. Ne pensez pas que c´est un mal pour vous, mais plutôt, c´est un bien pour vous. A chacun d´eux ce qu´il s´est acquis comme pêché. Celui d´entre eux qui s´est chargé de la plus grande part aura un énorme châtiment.

* Pourquoi, lorsque vous l´avez entendue [cette calomnie], les croyants et les croyantes n´ont-ils pas, en eux-mêmes, conjecturé favorablement, et n´ont-ils pas dit: « C´est une calomnie évidente? »

* Pourquoi n´ont-ils pas produit [à l´appui de leurs accusations] quatre témoins? S´ils ne produisent pas de témoins, alors ce sont eux, auprès d´Allah, les menteurs.

* N´eussent-été la grâce d´Allah sur vous et Sa miséricorde ici-bas comme dans l´au-delà, un énorme châtiment vous aurait touchés pour cette (calomnie) dans laquelle vous vous êtes lancés,

* quand vous colportiez la nouvelle avec vos langues et disiez de vos bouches ce dont vous n´aviez aucun savoir; et vous le comptiez comme insignifiant alors qu´auprès d´Allah cela est énorme.

* Et pourquoi, lorsque vous l´entendiez, ne disiez-vous pas: « Nous ne devons pas en parler. Gloire à Toi (ô Allah)! C´est une énorme calomnie »?

* Allah vous exhorte à ne plus jamais revenir à une chose pareille si vous êtes croyants.

* Allah vous expose clairement les versets et Allah est Omniscient et Sage.

* Ceux qui aiment que la turpitude se propage parmi les croyants auront un châtiment douloureux, ici-bas comme dans l´au-delà. Allah sait, et vous, vous ne savez pas. (Coran 24.11-19)

Et par ordre de Dieu, les calomniateurs furent fouettés ainsi que le préconise le verset quatre de la sourate citée plus haut : Et ceux qui lancent des accusations contre des femmes chastes sans produire par la suite quatre témoins, fouettez-les de quatre-vingts coups de fouet, et n´acceptez plus jamais leur témoignage. Et ceux-là sont les pervers.

L’ablution sèche – le Tayamoun

Au cours d’un autre voyage, `Aïsha était avec le Prophète. Elle portait encore le même collier. A l’aube, la caravane allait partir quand on remarqua que le collier n’était plus là. `Aïsha informa immédiatement le Prophète  qui donna l’ordre de prolonger l’arrêt. La recherche du collier commença…

L’heure de la prière du matin était très proche mais il n’y avait pas d’eau dans le voisinage pour les ablutions. Les musulmans s’inquiétèrent : « La fille d’Abu Bakr nous a tous mis dans une situation difficile », disaient-ils.

Abu Bakr se sentit gêné par `Aïsha. Il vint à elle mais vit que le Prophète dormait la tête sur ses genoux : « Tu crées constamment des problèmes » protesta Abu Bakr.

Un peu avant l’heure de la prière, le Prophète  se réveilla. On le mit au courant du problème de l’eau. La révélation suivante arriva immédiatement :

Ô les croyants! … Si vous êtes malades ou en voyage, … et que vous ne trouviez pas d´eau, alors recourez à une terre pure (ou sable), et passez-vous-en sur vos visages et sur vos mains. Allah, en vérité est Indulgent et Pardonneur. (Coran 4.43)

La nouvelle transforma aussitôt l’inquiétude des gens en joie. Ils commencèrent maintenant à dire : « Ô famille d’Abu Bakr ! Ce n’est pas votre premier don à l’Islam. »

Abu Bakr qui était bien fâché contre sa fille vint lui dire : « Je n’imaginais pas que tu puisses être la source d’une telle bénédiction pour les musulmans. Grâce à toi, les gens se sont vus accorder une grande facilité. »

Un Mois de Séparation

En l’an 9 de l’Hégire, pratiquement toute l’Arabie était sous le drapeau de l’Islam. De tous les coins du pays, des richesses affluaient dans les caisses du trésor public de Médine. Mais tous ces revenus étaient dépensés pour les besoins de l’Etat. Le Prophète  et sa famille menaient la même vie nécessiteuse et de demi-famine.

Maintenant qu’elles pouvaient se le permettre, les épouses du Prophète souhaitaient qu’il dépense plus pour elles. Elles observaient le niveau de vie des autres femmes de la ville s’améliorer et ne voyaient plus aucune raison à continuer à mener cette vie rude.

Toutes les femmes du Prophète  avec à leur tête `Aïsha, se réunirent pour solliciter un meilleur confort. Quand Umar apprit la chose, il alla chez sa fille Hafsa et lui dit : « Je t’avertis de ne pas presser le Prophète, et de ne plus lui répondre de cette manière. Si tu a besoin de quelque chose, demande moi, je te l’apporterai. N’essaie pas d’imiter `Aïsha, car elle est plus belle et plus aimée par le Prophète que toi. Par Allah ! Le Prophète a de la considération pour moi, ou il divorcera de toi ! »

Umar alla aussi chez les autres femmes et leur donna le même conseil mais elles objectèrent qu’il n’avait pas le droit d’intervenir dans leur affaires privées qui ne regardaient qu’elles et le Prophète. Pendant ces mêmes jours, le Prophète tomba de cheval et eut quelques blessures légères. Se trouvant incapable de faire face à la demande incessante de ses femmes, il alla se réfugier dans une maison reculée, et déclara qu’il resterait là-bas tout seul, pendant un mois.

Les hypocrites saisirent aussitôt cette occasion. Ils propageaient l’information que le Prophète  avait divorcé de ces femmes. La nouvelle causa une agitation dans la ville. Les musulmans se sentirent très bouleversés, la paix familiale du Prophète les touchait directement. Les femmes du Prophète commencèrent alors à pleurer. Elles regrettèrent leurs actes car elles ne s’attendaient pas à ce que leurs gestes allaient prendre une si grande proportion. Elles n’attendaient que la miséricorde de Dieu et le Pardon de son Messager.

Quant à `Aïsha, qui était à la tête de ses revendications féminines, elle sentit sa responsabilité dans cette situation. Il lui semblait que son coeur allait se déchirer en songeant à la peine qu’elle faisait à son époux.

En fait, le Prophète  n’avait pas répudié ses femmes. Ce n’était qu’un avertissement qu’il leur adressait. Mais si elles ne se repentaient pas, Son Seigneur lui ordonnerait de les répudier et de prendre d’autres épouses meilleures que les précédentes.

Aussi, toutes les femmes furent séparées du Prophète  durant un mois, attendant chacune dans leurs chambres respectives le retour de leur époux.

Quand elles entendirent ses pas s’approcher, `Aïsha se prépara à le recevoir car elle savait que c’était chez elle qu’il entrerait en premier. Son coeur battait à forte allure au rythme des pas qui avançaient.

Dès que `Aïsha le vit, elle rassemble toute son énergie pour lui déclarer :

– Ô Apôtre de Dieu ! Tu as juré de te séparer de nous pendant un mois. Or, seulement vingt neuf jours se sont écoulés. Que s’est il passé ?

Le Prophète  se réjouit de constater qu’Aïsha comptait les jours et les nuits de la séparation (ce qu’il faisait également) impatiente de voir le délai écoulé. Il lui dit tout en souriant :

– Ne sais-tu pas que le mois en cours n’a que vingt neuf jours ?

Puis le Prophète  lui dit : Je vais t’entretenir d’une affaire, mais ne te hâte pas de me répondre tant que tu n’auras pas consulté tes parents.

Il récita les paroles d’Allah : Ô Prophète ! Dis à tes épouses : Si c’est la vie présente que vous désirez et sa parure, alors venez ! Je vous donnerez (les moyens) d’en jouir et vous libérerez (par un divorce sans préjudice). Mais si c’est Dieu que vous voulez et Son Messager ainsi que la demeure dernière, Dieu a préparé pour les bienfaisantes parmi vous une énorme récompense.(Coran 33.28)

– A quoi bon, répondis `Aïsha, de consulter mon père et ma mère, puisque c’est Dieu, Son Envoyé et la demeure dernière que je désire?

Puis, les autres épouses du Prophète firent de même. Elles ont toutes accepté calmement la vie de pauvreté en échange du Paradis.

Ainsi, `Aïsha reprit le cours de sa vie normale auprès de son mari qui l’aimait. L’accord entre les deux conjoints était parfait et ce n’était pas les légers et passagers mécontentements qui pouvaient ternir leur relations.

Le Prophète  lui avait dit qu’elle était pour lui comme l’anse la plus solide (al-‘Urwah al-Wuthqa). Il la connaissait si bien qu’il savait, à tout moment, son humeur de l’instand :

Je sais, lui dit il, quand tu es satisfaite de moi et quand tu es en colère.

Elle lui demanda comment pouvait-il connaître ce changement d’humeur. Il dit :

– Si tu es satisfaite, tu me dis : « Que non ! Par le Seigneur de Muhammad ! » Mais si tu es en colère, tu me réponds : « Non, par le Seigneur d’Abraham. » Ce qui était également juste.

La maladie du Prophète

Après ces quelques péripéties, les jours s’écoulaient paisiblement. `Aïsha était témoin des victoires de son époux. Elle l’accueillait chaque fois avec cette joie qui ressemblait à la lumière de l’aube qui déchirait les ténèbres de la nuit.

Hélas ! Le Prophète  n’était qu’un humain et comme tel, il était mortel. Il devait rejoindre son Seigneur après avoir accompli sa mission.

C’était ainsi qu’en revenant du pèlerinage d’adieu, en l’an XI de l’hégire, il allait au cimetière al-Baqi pour saluer les morts et demander pardon pour eux. Le lendemain, au réveil, il passa devant `Aïsha qui se plaignait de maux de tête. Il lui dit, alors qu’il commençait à ressentir les douleurs de la maladie :

C’est moi, ô Aisha qui ait un terrible mal de tête.

Quand il vit que son épouse continuait à se plaindre, il lui dit en plaisantant :

– Que dirais-tu si tu mourais avant moi ! Je te mettrai dans un linceul. Je prierai devant ton corps et je t’enterrerai.

Son sourire fit épanouir le visage de sa femme, d’autant plus que la douleur de sa tête se calma un moment. Mais, ce ne fut qu’un court répit car la souffrance le reprit.

Malgré la gravité de sa maladie, le Prophète  continuait ses tâches quotidiennes. Il conduisit la prière du matin et se rendit chez chaque femme. Voyant la maladie qui s’empirait, les épouses du Prophète lui donnèrent la permission de se reposer chez `Aïsha. Celle ci surveillait son mari jour et nuit, avec la plus grande dévotion et le plus grand soin.

Un matin, il essaya plusieurs fois de se lever pour aller à la mosquée. N’ayant plus de force pour diriger la prière des musulmans, il ordonna d’appeler Abu Bakr pour le remplacer dans cette noble tâche.

`Aïsha répliqua que son père avait le coeur trop tendre et qu’il pleurait facilement pendant la prière. Mais le Prophète insista à ce que aucun autre ne dirige la prière si ce n’est Abu Bakr, qui par cette désignation sera reconnu par la suite, premier calife des musulmans.

Quelques jours avant sa maladie, le Prophète  avait donné quelques pièces d’or à `Aïsha, pour qu’elle la garde. Cette pensée lui vint soudain à l’esprit et il dit :

« `Aïsha, où sont les pièces d’or ? Va et donne-les aux pauvres. Muhammad veut rencontrer son Seigneur avec la plus grande tranquillité d’esprit ! »

`Aïsha obéit immédiatement.

La Mort du Prophète

Au dernier jour de sa vie, le Prophète  était allongé sur son lit, sa tête posée sur les genoux de `Aïsha. Son frère Abder Rahman arriva avec un Siwak à la main. Le Prophète  regarda le Siwak. `Aïsha comprit alors qu’il voulait se brosser les dents. Elle prit le Siwak des mains de son frère, le ramollit avec ses dents et le donna au Prophète. Jamais il ne se lava les dents aussi longtemps et avec autant de soin.

Une fois terminé, il leva le doight et dit « Ô Allah ! Avec le plus grand Compagnon ». Puis son âme rejoingit son Seigneur.

C’est ainsi que le Messager de Dieu  est mort, dans les bras de sa tendre épouse `Aïsha. Il fut enterré au même endroit.

Longtemps avant, `Aïsha avait vu dans un rêve trois lunes tombant dans sa chambre. Elle raconta son rêve à son père. Il lui répondit :

– C’est l’une des lunes de ta chambre. C’est la meilleure des trois !

Islammedia 2011

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