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Archive for the ‘biographie’ Category

Dès qu’on eut pris l’injuste décision d’assassiner le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) Jibril descendit et vint informer celui-ci, par révélation de son Seigneur, du complot des Koraïchites. Il l’informa aussi qu’Allah lui ordonnait de sortir et qu’il lui avait précisé le moment de son émigration en ces termes : « Cette nuit, ne dors pas dans ton lit, comme d’habitude.»0

A midi, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) alla voir Abû Bakr (qu’Allah soit satisfait de lui) pour définir avec lui les étapes de l’émigration. A cet égard, Aicha (qu’Allah soit satisfait d’elle) dit : « Pendant que nous étions assis chez Abû Bakr à midi pile, quelqu’un dit à celui-ci : « Voici le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui arrive, à un moment où d’habitude, il ne venait pas par ici.» Abû Bakr dit : « Par Allah ! Ce qui l’amène par ici à pareille heure est important !» Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) arriva, demanda la permission d’entrer, se la fit accorder, entra et dit à Abû Bakr :« Sors de chez toi

Abû Bakr lui dit : « je jure que ceux-ci sont plutôt de ta famille. » Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) reprit : « On m’a donné la permission de sortir.» Abû Bakr s’enquit : « Je t’accompagne ? » Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) répondit : « oui

Après la définition des étapes de l’émigration, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) rentra chez lui attendant la tombée de la nuit.»

Encerclement de la maison du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)

S’agissant des grands malfaiteurs des Koraïchites, ils passèrent leur journée à préparer la mise à exécution du plan monté et approuvé par le parlement de La Mecque, le matin même. 
A cette fin, onze principaux malfaiteurs avaient été choisis, à savoir : Abû Jahl ibn Hichâm, Al-Hakam ibn Abil-As, Okba ibn Abi Mouait, An-Nadr ibn Al-Hârith, Omayya ibn Khalaf, Zomaa ibn Al-Aswad, Touaaima ibn Adi, Abû Lahab, Oubai ibn Khalaf, Nabih ibn Al-Hajjâj et le frère de Nabih : Monabih ibn Al-Hajjâj. 

Ibn Ishâk dit : « Au premier tiers de la nuit, ils se regroupèrent devant la porte de sa chambre attendant qu’il sorte pour sauter sur lui. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avait l’habitude de dormir pendant la première partie de la nuit pour se réveiller à la moitié ou aux trois quarts de celle-ci et se rendre à la sainte mosquée où il se mettait à prier. Les malfaiteurs avaient la ferme conviction que leur sale complot réussirait. Ils étaient tellement confiants qu’Abû Jahl, dans sa vanité et son orgueil dit, s’adressant à ses compagnons encerclant la maison, avec moquerie et persiflage : « Muhammad prétend que si vous le suivez dans ce à quoi il vous appelle, vous serez ressuscités après votre mort pour jouir de paradis pareils à ceux d’Al-Ordon. Sinon, selon lui, il vous égorgera, après quoi vous serez ressuscités pour brûler dans un feu qu’on vous aura préparé.» 

L’heure de la réalisation du complot était fixée au-delà de minuit, au moment où le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) sortirait de chez lui. Les malfaiteurs veillèrent, dans l’attente de l’heure prévue. Cependant Allah déjoua leur complot, Lui qui détient le royaume des cieux et de la terre, Lui qui fait ce qu’Il veut, qui protège et que rien ni personne ne protège. Il avait réalisé ce dont Il avait parlé à son Messager (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) :

« (Et rappelle-toi) le moment où les mécréants complotaient contre toi pour t’emprisonner ou t’assassiner ou te bannir. Ils complotèrent, mais Allah a fait échouer leur complot, et Allah est le meilleur en stratagèmes. »

Sourate 8 : ‘ Le butin’- verset 30

Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) quitta sa maison.

Malgré tous leurs préparatifs, les Koraïchites essuyèrent un échec lamentable dans la réalisation de leur complot. Cette nuit-là, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit à Ali ibn Abi Tâlib :

« Dors dans mon lit ! Enveloppe-toi dans mon manteau vert de Hadramaout. Dors-y. Ils ne te feront rien de mal

C’est dans ce manteau que dormait toujours le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Ainsi Ali ibn Abi Tâlib dormit dans le lit du Prophète , le remplaçant pour cette nuit-là. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) sortit, traversa les rangs des assiégeants et prit une poignée de sable qu’il répandit sur leurs têtes. Allah leur avait voilé les yeux. Il dit :

« et Nous mettrons une barrière devant eux et une barrière derrière eux ; Nous les recouvrirons d’un voile : et voilà qu’ils ne pourront rien voir. »

Sourate 36 : ‘ Ya sin’ -verset 9.

Il n’y eut aucun d’eux à qui il ne mit du sable sur la tête avant d’aller chez Abû Bakr. Ensemble, et dans la nuit, ils sortirent par un soupirail dans la maison d’Abû Bakr et rejoignirent la grotte de Thawr, en direction du Yémen.

Les assiégeants continuèrent à attendre l’heure de commettre leur forfait. Peu avant ce moment, ils se rendirent compte de leur échec et furent frappés de déception. Quelqu’un n’appartenant pas à leur milice les avait trouvés en train d’attendre devant la porte et leur dit : « Qu’est-ce que vous attendez ? » Ils répondirent : « Muhammad. » L’homme reprit : « Désolé ! Vous l’avez raté. Par Allah ! Il est passé devant vous et à répandu du sable sur vos têtes. Il s’en est allé vaquer à ses affaires.» Ils dirent : « Par Allah ! Nous ne l’avons pas vu.» Cela dit, ils se dressèrent, faisant tomber le sable de leurs têtes. Toutefois, ils regardèrent par le trou de la porte de la chambre, virent Ali et dirent : « Par Allah ! Voici Muhammad en train de dormir. Il s’est couvert de son manteau !» Aussi, ne bougèrent-ils pas jusqu’au matin.

Alors, Ali sortit du lit et leur tomba dans les bras. Les malfaiteurs l’interrogèrent au sujet du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et il répondit : « Je ne sais rien de lui.»

DE LA MAISON A LA GROTTE

Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) quitta sa maison dans la nuit du 27 Safar (deuxième mois) de l’an 14 de la prophétie (nuit du 12 au 13 septembre 622 du calendrier Grégorien.)

Il se rendit chez son compagnon, Abû Bakr (qu’Allah soit satisfait de lui), l’homme le plus sûr pour sa compagnie et pour ses biens. Ensemble ils quittèrent en passant par une arrière-porte et se dépêchèrent de sortir de La Mecque, avant le point de l’aube. Sachant que les Koraïchites trouveraient à force de chercher et que le chemin vers lequel les regards allaient d’abords s’orienter était le chemin principal de Médine allant vers le Nord, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) emprunta le chemin diamétralement opposé, à savoir, celui situé au sud de La Mecque et allant vers le Yémen.

Il fit une distance d’environ neuf kilomètres sur ce chemin, atteignit une haute montagne connue sous le nom de montagne de Thawr. A ce niveau, le chemin était escarpé, pierreux et difficile à escalader. Alors le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) marcha pieds nus. Une autre version précise qu’il marchait sur le chemin sur la pointe des pieds pour ne pas laisser de traces et ainsi, marcha pieds nus. Quoi qu’il en fût, Abû Bakr le porta lorsqu’il eut atteint la montagne et fit des efforts jusqu’à une grotte située au sommet de la montagne, grotte connue dans l’histoire sous le nom de « grotte de Thawr».

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et Abû Bakr à l’intérieur de la grotte

Une fois la grotte atteinte, Abû Bakr dit au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : « Par Allah ! Tu n’entreras qu’après que je l’aurai fait. S’il y a quelque chose de dangereux, il m’emportera pour te laisser sain et sauf.» Sur ces mots, il entra dans la grotte et la balaya. Il trouva un trou, dans l’une des parois, et aussitôt déchira son manteau pour le boucher. Toutefois il y avait encore deux autres trous : il les boucha avec ses pieds. Ensuite, il dit au Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : « Entre ! »

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) entra, plaça sa tête sur une pierre et dormit. Abû Bakr fut blessé au pied par une pierre mais ne bougea pas de peur d’attirer l’attention de son compagnon. Il pleurait. Ses larmes tombèrent sur le visage du Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Celui-ci dit : « Qu’as-tu donc, Abû Bakr ? » Ce dernier répondit : « Je suis blessé.» Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) cracha sur la blessure et celle-ci disparut.

Les deux compagnons se cachèrent dans la grotte pendant trois nuits : celles du vendredi, du samedi et du dimanche. Abdoullah ibn Abû Bakr était avec eux. A ce sujet Aicha dit : « C’était un jeune, intelligent et ingénieux.» Il les quittait vers la fin de la nuit, à l’aube et, au matin, se retrouvait avec les Koraïchites, comme s’il avait passé la nuit à La Mecque. Il prenait connaissance de toutes les tractations et machinations et, la nuit, il venait leur en apporter les nouvelles. Au-dessus de la grotte, Amir ibn Fouhayra, l’esclave affranchi d’Abû Bakr gardait des moutons qu’il laissait, à un certain moment de la nuit, camper au-dessus de la grotte. De la sorte, il leur fournissait du lait toute la nuit. A l’aube, il les quittait, poussant ses moutons au loin. Ainsi faisait-il dans chacune des trois nuits. Amir ibn Fouhayra suivait, avec ses moutons, les traces d’Abdoullah ibn Abû Bakr, après le départ de celui-ci pour La Mecque, en vue de les effacer.

Quant aux Koraïchites, ils étaient fous de rage lorsqu’ils apprirent que le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) s’était échappé à la sortie de la nuit où l’on devait réaliser le complot. Leur première réaction fut de frapper Ali, de le traîner jusqu’à la Kaaba où ils l’enfermèrent pendant une heure, dans l’espoir d’obtenir de lui des informations au sujet du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et d’Abû Bakr.

N’ayant rien tiré d’Ali, ils se rendirent chez Abû Bakr et frappèrent à la porte. Alors, Asmâ, la fille d’Abû Bakr sortit. Ils lui dirent : « Où est ton père ? » Elle répondit : « Par Allah ! Je ne sais pas où il est.» Abû Jahl l’ignoble et le pervers leva la main et lui asséna une gifle qui fit tomber sa boucle d’oreille. Les Koraïchites décidèrent ensuite, au cours d’une séance extraordinaire tenue en urgence, de mettre en œuvre tous les moyens susceptibles de permettre la capture des deux hommes. Toutes les routes et les pistes partant de La Mecque furent mises sous la surveillance d’hommes armés jusqu’aux dents. De même, les Koraïchites offrirent une grosse prime de cent chamelles par fugitif, soit deux cents chamelles à quiconque les ramenait morts ou vivants. Alors, les cavaliers, les fantassins et les pisteurs se mirent à chercher. Ils se disséminèrent dans les montagnes et les vallées, dans les vallons et sur les plateaux, mais en vain. Les poursuivants arrivèrent jusqu’à l’entrée de la grotte, cependant, Allah les fit échouer. Abû Bakr dont les propos ont été rapportés par Anas et ensuite par al-Boukhârî, dit : « J’étais avec le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dans la grotte. Levant la tête, je vis les pieds des poursuivants et aussitôt dis : « Ô Messager d’Allah: « Si l’un d’eux baissait les regards il nous apercevrait ». Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) répondit : « Tais-toi, Abû Bakr ! Nous sommes deux et Allah nous complète en troisième ». Une autre information donne : « Que penses-tu, Ô Abû Bakr, de deux qu’Allah complète en troisième ? ». Alors qu’il ne restait entre les poursuivants et le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) que quelques petits pas à franchir, ceux-ci rebroussèrent chemin. C’était là un miracle qu’Allah dédia à son Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

SUR LA ROUTE DE MEDINE

Lorsque le feu de la recherche se fut éteint et qu’eurent cessé les investigations et les enquêtes, après l’effervescence des Koraïchites ayant abouti à une poursuite de trois jours sans aucun résultat, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et son compagnon sortirent pour se rendre à Médine. Ils avaient déjà engagé à leur service Abdallah ibn Ouraykit Al-Laythi, un guide habile et expérimenté. Celui-ci professait la même religion que les Koraïchites. Toutefois, ils lui firent confiance et lui remirent leurs deux chamelles, lui fixant rendez-vous trois jours après, à la grotte de Thawr, où il devait se présenter muni des deux bêtes. Dans la nuit du lundi premier jour de Rabia al-Awwal de la première année de l’hégire (16 septembre 622 du calendrier grégorien), Abdoullah ibn Ouraykit leur apporta les deux montures et alors, Abû Bakr dit au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : « Ô Messager d’Allah ! Prend l’une de ces deux montures. » Il rapprocha de lui la meilleure des deux, mais le Prophète accepta à condition d’en payer le prix.

Asmâ, la fille d’Abû Bakr (Qu’Allah soit satisfait d’elle et de son père) vînt apporter leur vase. Toutefois, elle avait oublié d’y mettre l’anse par laquelle on l’accrochait. Lorsqu’après leur départ, allant accrocher le vase, elle se rendit compte que celui-ci n’avait pas d’accrochoir, elle coupa sa ceinture en deux morceaux, dont elle utilisa l’un comme accrochoir et l’autre comme collier. C’est pour cela qu’on l’appelait la « femme aux deux ceintures.»

Ensuite, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), Abû Bakr (qu’Allah soit satisfait de lui) et Amir ibn Fouhayra se mirent en route, en compagnie du guide Abdoullah ibn Ouraykit, le long de la côte. Ayant quitté la grotte, ce dernier tendit d’abord à aller vers le sud en direction du Yémen et ensuite alla vers l’ouest en direction de la côte. De la sorte, il parvint à un chemin que les gens n’avaient pas l’habitude d’emprunter, bifurqua vers le nord peu avant la côte de la mer rouge et recoupa une voie que presque personne n’utilisait.

Ibn Ishâq a mentionné les endroits où passa le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). A cet égard, il dit : « Après être sorti avec eux, le guide passa par la partie inférieure de La Mecque et, ensuite, faisant son chemin le long de la côte, finit par recouper la route passant par Osfân. De là, il passa sous Amajj, continua pour recouper la route après avoir traversé un corridor. Poursuivant son chemin, il s’achemina vers Al-Khirâr, Thanyatoul-Mourra, et Lakfâ. Il dépassa Madlajat Lakf, entra dans Madlajat Majâh, s’achemina vers Marjah Mahâj, entra dans Marjah Thil-Ghadwain et à l’intérieur de Thi Kichr. A partir de là, il se dirigea vers Al-Jadâjid, Al-Ajrad, alla vers Thi Salam partie de Batn Madlajat Taaahon, s’achemina vers Al- Abâbîd. Il dépassa ensuite Al-Fâja, descendit Al-Araj, alla vers Thaniyatoul-Aa’ir- du côté droit de Rakouba- descendit Batn Ri’i et arriva à Qoubâ. Voici quelques aspects de ce qui arriva en route :

1. Selon un rapport d’al-Boukhârî, Abû Bakr As-Siddik (qu’Allah soit satisfait de lui) dit : « Nous avons voyagé toute la nuit et aussi, le lendemain jusqu’à midi. La route était déserte. Personne d’autre n’y passait. Un long rocher nous surplombait masquant les rayons du soleil. Nous descendîmes donc à son ombre. Je nivelai de ma main une place où le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) pouvait dormir, après quoi j’y étalai de la fourrure puis dis : « Dors ! Ô Messager d’Allah ! Je vais nettoyer les alentours.» Après que le Messager d’Allah fut endormi, je sortis pour nettoyer les alentours. Soudain, mon regard se posa sur un berger qui, avec ses moutons, venait vers le rocher, pour, en fait, faire comme nous. Alors je lui dis : « A qui appartiens-tu, mon garçon ? » Il répondit : « A un médinois ou un mecquois.» (le doute ne vient pas du berger bien sûr, mais d’une des personnes qui nous rapporte l’histoire) Je repris : « Tes moutons ont-ils du lait ? » Il répondit : « Oui.» Je dis : « Vas-tu donc traire ? » Il répondit : « Oui. » et attrapa une brebis. Je lui dis : « Enlève le sable, les poils et les impuretés qui se trouvent sur les mamelles ! » Il s’affaira à traire un peu de lait dans un récipient cubique. J’avais avec moi une gourde que je portais pour le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), gourde à laquelle il se désaltérait et faisait ses ablutions. Je retournai auprès du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) mais évitai de le réveiller. Lorsqu’il se fut réveillé, je refroidis le lait en y ajoutant de l’eau puis lui dit : « Bois ! Messager d’Allah ». Il but à son aise et dit : « N’est-il pas l’heure de partir ? » Je répondis : « Si.» Alors nous repartîmes.

2. Abû Bakr (qu’Allah soit satisfait de lui) avait l’habitude d’être à la disposition du Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). C’était un vieillard que l’on connaissait et le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) un jeune que l’on ne connaissait pas. Ainsi, un homme rencontra Abû Bakr et lui dit : « Qui est celui qui avec toi ? » Abû Bakr répondit : « Il me montre le chemin.» L’homme, par méconnaissance pensait qu’Abû Bakr voulait dire le chemin terrestre, alors qu’il ne s’agissait que de la voie du bien.

3. Sourâkah ibn Mâlik rejoignit le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et Abû Bakr. A cet égard, il dit : « Pendant que j’étais assis dans l’un des conseils de ma tribu, Banî Madlaj, un homme arriva et, nous surplombant puisque nous étions assis, dit : « Ô Sourâkah, j’ai vu des silhouettes sur la côte. Je pense que c’est Muhammad et ses compagnons ! » Je sus aussitôt que c’était eux, mais lui répondis : « Non ; ce ne sont pas eux. Tu as plutôt vu tel et tel qui sont partis devant nous.» Ensuite, je restai pendant une heure au conseil avant de me lever pour rentrer chez moi. Je dis à ma captive de me sortir mon cheval qui se trouvait derrière une butte de terre, sous sa garde. Je pris ma lance, sortis par l’arrière de la maison et, marchant, me mis à planifier mon voyage jusqu’au cheval que j’enfourchai. Celui-ci me transporta au point de m’emmener à proximité d’eux et ensuite trébuchant, me désarçonna. Me relevant, je me dépêchai de mettre la main sur mon carquois. J’en sortis ensuite mes baguettes que je consultai. Tomberais-je sur la bonne baguette ou sur la mauvaise ? Ce fut celle que je détestais qui sortit. Alors, je remontai à cheval, désobéissant aux baguettes. Je m’approchai et m’approchai encore au point d’entendre le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) réciter le Coran. A ce que je voyais, lui ne se retournait guère, mais Abû Bakr quant à lui se retournait très souvent. Par la suite, les pattes de mon cheval s’enlisèrent dans le sable jusqu’aux genoux et me voilà encore désarçonné. Je rabrouai l’animal et me relevai, mais c’est à peine si celui-ci avait sorti ses pattes. Lorsqu’il y fut parvenu, il en résulta un nuage de poussière montant vers le ciel comme de la fumée. Je consultai encore mes baguettes et celle que je détestais sortit de nouveau. Alors, me détournant de tout cela, j’interpellai prudemment les gens que je poursuivais et les voilà qui s’arrêtèrent. Je me remis en scelle et ensuite pus les rejoindre. J’avais l’intime conviction que l’on me retenait en prison pour m’empêcher de les suivre, que la cause du Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) triompherait. Je dis à celui-ci : « Ta tribu a mis ta tête à prix.» Je les informai de ce que les gens leur voulaient et leur offris des provisions de route. Toutefois, ils ne m’informèrent ni ne me posèrent de questions. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se contenta de dire : « Il vaut mieux que tu t’éloignes de nous.» Je lui demandai de m’écrire des versets. Alors, Il ordonna à Amir ibn Fouhayra de le faire et celui-ci le fit sur un morceau de peau de bête.» Dans un certain rapport, Abû Bakr dit : « Nous nous mîmes en route. Les gens nous cherchaient et personne d’autre que Sourâkah ibn Mâlik ibn Jaacham ne parvint à nous rattraper, monté sur son cheval. Alors, je dis : « Quelqu’un nous rattrape ! Ô Messager d’Allah ! » Il dit :

« Ne t’afflige pas, Allah est avec nous »

(Sourate 9 : ‘Le repentir’ –verset 40).

Sourâkah s’en retourna. Il trouva sur son chemin des gens qui cherchaient toujours et leur dit : « j’ai déjà fouillé les parages et vous informe qu’il n’y a rien.» Ainsi, le jour il s’activait en la faveur des recherchés et la nuit servait de gardien à ceux-ci.

4. Dans son voyage vers Médine le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) passa devant les deux tentes d’Oumm Maabad de la tribu des Kouzâma. C’était une femme obèse et robuste qui, restant dans la cour de sa tente, nourrissait et désaltérait les passants. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et Abû Bakr l’interrogèrent : « Y a-t-il quelque chose chez toi ? » Elle répondit : « Par Allah ! S’il y avait quelque chose chez moi, les villages ne seraient pas plus pauvres.» En fait, c’était une année de pénurie. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) regarda par la fente de la tente vit une brebis et dit : « Et cette brebis, Oumm Maabad ? » Elle répondit : « C’est une brebis incapable de suivre les moutons.» Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) reprit : « A-t-elle du lait ? » Elle répondit : « Elle est trop épuisée pour en avoir.» Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit : « Me permettrais-tu de la traire ? » Elle dit : « Oui ! Ma foi ! Vas-y si tu peux en tirer du lait.» Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) passa sa main sur les mamelles de la brebis, prononça le nom d’Allah, et pria. Alors, le lait s’échappa et coula. Il demanda à la femme d’apporter un récipient, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) s’engagea à la traire au point de voir le récipient surmonté d’écume. Il désaltéra Oum Maabad qui alors but à son aise, suivie en cela par les compagnons et le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui-même. Il s’engagea à la traire une seconde fois au point de remplir le récipient qu’il laissa alors avec elle, avant de se remettre en route. Le mari d’Oumm Maabad, ne tarda pas à rentrer poussant devant lui des chèvres qui n’avaient plus que la peau sur les os. Lorsqu’il vit le lait, il s’étonna et dit : « D’où te vient ceci ? Ma foi ! Il n’y avait pas de lait à la maison, que je sache ! » Sa femme lui répondit : « C’est vrai, mais, par Allah ! Un homme est passé disant ceci et cela dans un état comme ceci et comme cela.» L’homme reprit : « Par Allah ! je pense que c’est le gars des Koraïchites, celui qu’ils cherchent. Décris-le-moi. » Oumm Maabad le lui décrivit dans sa beauté physique et sa parole splendide qu’à force d’écouter l’auditeur avait l’impression de le voir en personne et de se trouver devant lui. Nous reviendrons sur ce point en abordant vers la fin, les traits caractéristiques du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Alors Abû Maabad dit : « Par Allah ! Celui-là, c’est l’homme des Koraïchites, celui au regard duquel, ils disent ce qu’ils disent. J’ai déjà songé à l’accompagner mais sans aucun doute je le ferai à la première occasion ». Du côté de La Mecque, une voix retentit, le matin, sans que personne n’arrivât à en connaître l’origine. Elle disait :

« Qu’Allah le Seigneur du Trône rétribue en bien deux compagnons descendus chez Oumm Maabad
et qui furent bienfaisants à leur arrivée, comme à leur départ heureux qui passa la soirée en compagnie de Muhammad.
Ô combien les Koraïchites tirent profit de ce dont Allah vous détourne.
Leur œuvre et leur bienveillance sont sans prix
Banou Kaab n’ont plus à s’en faire
Assuré est leur rôle dans l’ordre des croyants.
Interrogez donc votre sœur au sujet de la brebis.
Si vous le faites, c’est la brebis même, qui témoigna.»

Asmâ dit : « Nous ne savions pas vers où s’orientait le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lorsqu’un djinn arriva au-dessous de La Mecque et récita ces vers. Les gens le suivaient, écoutaient sa voix mais ne le voyaient pas. Ainsi continua-t-il jusqu’à sa sortie par le haut. Lorsque nous eûmes entendu sa parole nous sûmes que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) s’orientait vers Médine.

5. En route, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) rencontra Bouraida ibn Al-Hasîb Al-Aslami entouré de près de 80 ménages qui embrassèrent l’Islam avec lui. Il accomplit, avec eux derrière, la dernière prière du dernier crépuscule (al-Ichâ). Bouraida résida sur le terroir de sa tribu jusqu’après Uhud, moment où il rejoignit le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Abdoullah ibn Bouraida a rapporté que le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) était toujours optimiste et non point pessimiste. Bouraida s’en allait à cheval en compagnie de 70 cavaliers de son clan appartenant à Banî Sahm. Alors il rencontra le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui lui dit : « A quel clan appartiens-tu ? » Il répondit : « Aslam ». Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit alors à Abû Bakr : « Nous somme sauvés », et ensuite s’adressa encore à Bouraida : « A quelle dynastie appartiens-tu ? » Celui-ci dit : « à Banî Sahm », et le Prophète de dire : « Ta flèche est sortie.» 

6. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) passa auprès d’Abû Aws Tamim ibn Hajar ou Abû Tamim ibn Hajar Al-Aslami à Kahdâwât entre al-Jouhfa et Harachi (dans al-Araj), alors que leur voyage avait été à un moment ralenti dans l’après-midi, lui et Abû Bakr étant montés sur un même chameau. Alors, Aws fit monter le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) sur un étalon de chameau et, ensuite, envoya avec les deux compagnons un garçon à lui, appelé Masaoud, auquel il parla en ces termes : « Fais les passer par là que tu sais être un chemin sûr et ne les quitte pas.» Le garçon les fit passer par le chemin en question au point de les faire accéder à Médine. Ensuite, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) laissa Masaoud repartir chez son maître après l’avoir chargé de dire à celui-ci de marquer ses chameaux au cou comme c’était le cas avec les chevaux, à savoir deux anneaux séparés par un trait, car c’était là la marque de sa tribu. Lorsque les associateurs se présentèrent, le dimanche, Aws ordonna à son serviteur Masaoud ibn Hounaida de quitter al-Araj et de se rendre à pied auprès du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) l’informer de leur présence. Ceci a été mentionné par Ibn Mâkoulâ rapportant les propos d’at-Tabari. Aws embrassa l’Islam après l’arrivée du Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) à Médine. Il résidait à Al-Araj.

7. En cours de route et à Batn Rîm, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) rencontra az-Zoubair en compagnie des musulmans : Des commerçants en provenance de la Syrie. az-Zoubair donna alors au Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et à Abû Bakr des vêtements blancs.

LA DESCENTE A QOUBÂ

Le lundi 8 du mois Rabia al-Awwal de l’an 14 de la prophétie – première année de l’Hégire (23 septembre 622 du calendrier grégorien), le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) est descendu à Qoubâ. Orwa ibn az-Zoubair dit : « Les musulmans de Médine avaient appris que le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avait quitté La Mecque. Aussi, tous les malins se rendaient-ils sur la route où ils se mettaient à l’attendre jusqu’au moment où la chaleur de midi les renvoyait dans leurs demeures. Un jour, ils s’en retournèrent après avoir longuement attendu. Cependant, dés qu’ils eurent regagné leurs maisons, un juif qui était monté sur un blockhaus pour observer quelque chose, aperçut, sans illusion, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et ses compagnons tous de blanc vêtus. Alors celui-ci ne put s’empêcher de crier du plus haut de sa voix : « Ô Arabes ! Voici votre grand-père que vous attendiez.» Aussi, les musulmans sortirent-ils. Ils reçurent le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) au-delà de la route.

Ibn Al-Qayyim dit : « J’entendis la clameur et les Allâhou Akbar chez Banî Amr ibn Awf : les musulmans, contents de son arrivée, criaient « Allâhou Akbar ». Ils allèrent à sa rencontre, l’accueillirent, le saluèrent comme un Prophète et l’entourèrent tout en se mettant à graviter autour de lui qui, alors restait calme, faisant preuve de quiétude et de sérénité. Il lui fut révélé ce qui suit :

« alors ses alliés seront Allah, Gabriel et les vertueux d’ entre les croyants, et les Anges sont par surcroît (son) soutien. » Sourate 66 : ‘L’interdiction’ – verset 4
Amr ibn az-Zoubair dit : « Alors ils reçurent le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui, entouré par la foule, bifurqua vers la droite, au point de descendre chez Banî Amr ibn Awf et cela, un lundi, Abû Bakr se mettait à contenir la foule, alors que le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) était assis, silencieux, salué par les médinois qui venaient d’arriver et qui ne l’avaient pas encore vu ». Un autre document mentionne : « Les gens venaient saluer Abû Bakr jusqu’au moment où celui-ci, voyant que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avait chaud, lui donna de l’ombre à l’aide de son manteau. A ce moment, les gens reconnurent le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).» Toute la ville de Médine était là pour l’accueil. C’était un jour solennel et l’histoire de cette ville n’en avait jamais connu de semblable. Les juifs constatèrent la véracité de l’annonce faite par le Prophète Habkouk : « Allah vient de Taymân et le Saint des montagnes de Fâran.»

A Qoubâ, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) descendit chez Kalthoum ibn Al-Hadm. D’autres disent au contraire qu’il descendit chez Saad ibn Khaythama, toutefois la première assertion est plus consistante. En fait, Ali ibn Abi Tâlib resta pendant trois jours à La Mecque, pour rendre aux gens ce qu’ils avaient confié au Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Ensuite, émigrant à pied, il rejoignit les deux compagnons à Qoubâ et alors descendit chez Kalthoum ibn Al-Hadm. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) passa quatre jours à Qoubâ : lundi, mardi, mercredi et jeudi. Il fonda la mosquée de Koubâ et y pria, la première mosquée fondée sur la crainte d’Allah après l’avènement de la prophétie. Le jeudi (le vendredi selon d’autres) il se mit en scelle sur l’ordre d’Allah, Abû Bakr montant en croupe. Il envoya auprès de Banî An-Najjâr- ses oncles maternels et ceux-ci se présentèrent munis de leurs épées. Il allait vers Médine lorsque la prière du vendredi le trouva chez Banî Sâlim ibn Awf. Alors, restant avec ceux-ci, il en dirigea la prière au sein de la mosquée située au fond de la vallée. La congrégation comptait 100 hommes.

L’ENTREE A MEDINE

Après la prière du vendredi, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) entra à Médine. Depuis ce jour, la ville de Yathrib fut connue sous le nom de Madinatou ar-rasoul ( la ville du Prophète ) en abrégé : Médine. C’était un grand jour historique. Les maisons et les chemins vibraient de louanges et de vénérations dédiées à Allah. Les filles de Médine chantaient le poème suivant, envahies de joie et de gaieté :

« La pleine lune luit et nous éclaire à Médine. Il nous faut donc être reconnaissants, tant qu’on nous appelle à Allah. Ô Toi qu’on a envoyé auprès de nous ! Y Tu apportes l’ordre auquel nous obéirons.»

Al-Ansâr (les partisans du Prophète à Médine), même s’ils n’avaient pas de grandes richesses, souhaitaient tous voir le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) descendre chez eux. Jamais celui-ci ne passait dans une des maisons d’Al-Ansar sans que le mors de sa monture ne fût saisi par des gens qui, alors, disaient : « Venez chez les plus nombreux, aux raisins et au régal.» Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) leur disait : « Ôtez-vous de son chemin. Elle obéit à un ordre.» La monture poursuivit sa marche jusqu’à l’endroit actuel de la mosquée du Prophète ; alors, elle s’agenouilla, mais ensuite se releva, marcha un peu, fit volte face, revint et s’agenouilla au premier endroit. Alors le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) descendit chez Banî An-Najjâr mêmes , ses oncles à qui Allah avait bien voulu accorder une telle chance. En effet, il plut au Très-Haut de les honorer en faisant descendre chez eux leur neveu. Les gens se mirent alors à s’adresser au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), lui demandant de descendre chez eux. Abû Ayoub Al-Ansâri se dépêcha de prendre ses bagages pour les emmener chez lui. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se mettait à dire : « L’homme est avec ses bagages.» Assad ibn Zourara vint se saisir des rênes de sa monture qui, elle resta chez lui. Dans le rapport fait par Anas selon al-Boukhârî, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit : « Laquelle des maisons appartenant aux nôtres est plus proche ? » Alors Abû Ayoub dit : « La mienne, Ô Messager d’Allah ! La voici ma maison et ceci en est la porte. Allons-y ! on nous a préparé un repas. Levez vous avec la bénédiction d’Allah.» Quelques jours après, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) fut rejoint par sa femme Sawda, ses deux filles Fâtima et Oumm Koulthoum, Ousâma ibn Zayd et Oumm Ayman en compagnie de Abdillah ibn Abi Bakr qui conduisait la famille d’Abû Bakr dont on notait Aicha. Zaynab était restée chez Abil-As et ne put émigrer qu’après la batailla de Badr. Aicha dit : « Après que le Prophète fut arrivé à Médine, Abû Bakr et Bilâl tombèrent malades. Alors j’allai les voir et dis : « Père, comment vas-tu ? Bilâl comment vas-tu ? » Sous le coup de la fièvre, Abû Bakr disait toujours :

« On souhaite à l’homme le bonjour dans sa famille alors que la mort lui est plus proche que ses chaussures.»

Guéri de sa fièvre, Bilâl disait :
« Vais-je encore passer la nuit dans une certaine vallée avec autour de moi Idhar et Jalil.
Retournerai-je un jour aux eaux de Mijjâna ?
Reverrai-je Châmah et Toufail ? »

J’allais voir le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et l’informai. Il dit :

« Seigneur ! Fais nous aimer Médine de la même façon que nous aimons La Mecque, voire plus. Restaure sa santé, bénis son accueil, chasses-en la fièvre et protège-la.»

Ici, s’achève l’une des parties de la biographie du Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et l’une des étapes de l’appel islamique, à savoir celle de La Mecque.

  • Auteur : Professeur Safi Ar-Rahman al-Moubarakfouri, professeur de l’université salafiste de l’Inde.
  • Révisé par l’association Aux Sources de l’Islam
  • Extrait du livre « LE NECTAR CACHETE » Édition Darussalam
  • (Il est vivement conseillé aux frères, et sœurs de se le procurer.)
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En ce qui concerne la sagesse à la base du mariage avec ces neuf femmes, il faut savoir qu’elle est connue d’office de toute personne ayant étudié la biographie du Prophète . En effet, chacun de ces mariages a une histoire relatant les raisons pour lesquelles le Prophète, , l’a contracté. De plus, il était licite à cette époque de se marier autant de fois qu’on le souhaitait. Le présent texte ne nous permet pas d’entrer dans le détail de ces mariages, mais nous allons donner quelques indications qui suffiront pour l’instant.
On sait que le Prophète, , a passé sa jeunesse et une partie de sa maturité, jusqu’à cinquante ans, avec une seule femme, plus âgée que lui de quinze ans. Il l’avait épousée alors qu’elle-même avait déjà connu le mariage. Elle possédait en outre des enfants d’autres maris. Malgré cela, ils vécurent tous deux dans le bonheur le plus complet. Après la mort de cette première épouse, le Prophète, ,   ressentait toujours pour elle de l’amour, en disait du bien, se réjouissait à son souvenir. Cela lui valut d’ailleurs la jalousie de sa jeune épouse Aïcha, alors que la première épouse était dans sa tombe.
La première femme que le Prophète, , épousa après son veuvage était Sawda Bint Zamâa. C’était une femme âgée, qui ne se distinguait ni par la jeunesse ni par la beauté. Le Prophète, , voulu ensuite faire honneur au plus proche de ses Compagnons, Abou Bakr, en épousant sa fille, malgré sa jeunesse. La belle-alliance avec le chef d’une tribu était alors considérée chez les Arabes comme une forme d’honneur et de distinction. Ainsi, le Prophète, , lui demanda la main de Aïcha, alors qu’elle n’était pas encore en âge de se marier. Aussi, ne consomma-t-elle son mariage qu’après des années.
Le Prophète, ,épousa ensuite Hafsa Bint Omar, la fille du deuxième homme le plus proche du Prophète, , après Abou Bakr. Omar avait préalablement proposé la main de sa fille à chacun de ses deux amis, Abou Bakr et Othmane, qui ne lui donnèrent pas de réponse. Le Prophète,  ,l’épousa alors, honorant et distinguant ainsi Omar, comme il l’avait fait auparavant avec Abou Bakr, qu’Allah les agrée tous deux.
Ainsi, les quatre Compagnons les plus proches du Prophète, , remportèrent le lien de la belle-alliance avec lui. Entre Abou Bakr, Omar, Othmane et Ali, les uns lui marièrent leur fille, les autres épousèrent les siennes (Othmane et Ali).
Le Prophète, , a épousé également Oum Salama, après le martyr de son mari à Ohoud. Elle faisait partie des Emigrées, Mouhadjirates, dans le Sentier d’Allah et de celles qui donnèrent beaucoup pour l’Islam. Le Prophète, , voulut donc la consoler au sujet de son mari, en lui faisant une place parmi ses épouses. Lorsqu’il demanda sa main, elle s’excusa, prétextant son âge avancé et la charge de ses enfants. Le Prophète lui répondit : « L’âge avancé auquel tu es parvenue, j’y suis parvenu moi aussi et tes enfants sont aussi les miens. »
Il y a ensuite Safiya Binte Houyay, dont le père est Houyay Ibn Akhtab, le célèbre chef juif qui coalisa les tribus païennes contre le Messager d’Allah, , et qui l’affronta au cours de plusieurs batailles. Le père de Safiya était mort, sa famille avait péri. Le Messager d’Allah, , ne voulu pas l’abandonner à l’un de ses Compagnons. Il l’honora et l’épousa, afin de la réconforter dans sa détresse et lui faire oublier son malheur.
Il y a également Oum Habiba : Ramla, fille d’Abou Soufiane Ibn Harb, qui était le chef de la tribu de Qoraïch et le commandant de l’armée Qoraïchite à la bataille d’Ohoud contre le Prophète, , et à la bataille des Coalisés. Oum Habiba s’était convertie à l’Islam et avait émigré en Abyssinie avec son époux. Ce dernier céda alors à la débauche : il finit par délaisser son épouse et apostasier qu’Allah nous en préserve. Le Messager d’Allah, , voulut alors la consoler de ce malheur dont son mari l’avait frappé. Il envoya donc un message au Négus à qui il confia la mission d’annoncer leurs fiançailles puis de contracter leur mariage, malgré les grandes distances qui les séparaient. Le Prophète, , offrit à Oum Habiba une dot de quatre mille dirhams. Lorsque la nouvelle du mariage du Prophète Mohammed, , avec Oum Habiba parvint à Abou Soufiane, celui-ci dit, fier de cette alliance : « Il est l’homme par excellence, on ne peut lui faire courber l’échine ».
Il y a aussi Zaïneb Bint Djahch, dont Allah a relaté l’histoire et les motifs de son mariage avec le Prophète, , dans le Coran. Ce mariage est venu en fait annuler l’interdiction préislamique qui empêchait les parents adoptifs d’épouser l’ex-conjoint de leur enfant adoptif. Cette interdiction était alors répandue chez les Arabes. Elle résultait de l’importance accordée à l’adoption. Allah le Très-Haut révéla alors au sujet des enfants adoptés : « Appelez-les du nom de leurs pères : c’est plus équitable devant Allah [Coran 33/ 5]. »
Allah ordonna alors à Son Prophète, , d’épouser l’ex-femme de son fils adoptif, malgré la difficulté qu’éprouvait le Prophète, , à agir de la sorte et le bouleversement que cela allait susciter dans la société. Allah le Très-Haut dit : « Quand tu disais à celui que Allah avait comblé de bienfaits, tout comme toi-même l’avais comblé : ‹Garde pour toi ton épouse et crains Allah›, et tu cachais en ton âme ce que Allah allait rendre public. Tu craignais les gens, et c’est Allah qui est plus digne de ta crainte. Puis quand Zayd eût cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu’il n’y ait aucun empêchement pour les Croyants d’épouser les femmes de leurs fils adoptifs, quand ceux-ci cessent toute relation avec elles. Le Commandement d’Allah doit être exécuté [Coran 33/ 37]. »
C’est la même chose pour toutes les épouses. Chacune d’elles a son histoire et chaque mariage comporte une sagesse.
Entre autres sagesses, on peut citer le raffermissement des liens entre les tribus arabes grâce à la belle-alliance. Toutes ces femmes, exceptée Aicha, avaient déjà connu le mariage et n’étaient pas réputées pour une beauté extraordinaire. Si le Prophète, ,avait voulu épouser les plus belles femmes pucelles d’Arabie, leurs familles n’auraient pas hésité à se rapprocher de lui de cette manière. Mais lui cherchait par chaque mariage à résoudre un problème ou à panser une plaie. Que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui.
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En contemplant la vie privée du prophète ((que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)), on s’aperçoit avec une grande admiration qu’il a atteint un niveau de succès familial inégal et inédit ; et on s’interroge par la même occasion et avec une grande inspiration comment une personne, issue d’un milieu montagneux, désertique et aride, marqué par l’ignorance et l’anarchie, a pu avoir et éprouvé de tels sentiments.

En fait, le prophète ((que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)) était source inépuisable d’amour, de tendresse, de douceur et de sentiments affectifs et passionnels. Il ((que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)) représentait pour sa famille l’amoureux entreprenant ; il s’amusait avec ses femmes,  il cherchait à les divertir et les réjouir, il les comblait de sentiments chaleureux et affectueux ((que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)).

Rien qu’à titre d’exemple, il ((que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)) ne s’isolait jamais de ses femmes en période des menstrues, le moment où elles ont plus besoin d’une attention particulière et d’un signe d’amour et de bonheur : 
En effet, il a ((que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)) vu son épouse ‘A’ïcha en train de boire, et pour lui envoyer un signe d’amour et de tendresse, il lui a demandé de lui servir dans le même ustensile et il chercha intentionnellement à placer sa bouche, pour boire, juste au même emplacement sur le bord du verre…

Le prophète ((que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)) était aussi l’époux fidèle. Il n’a jamais oublié sa première épouse décédée Khadîdja : il ((que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)) parlait d’elle avec gratitude, vantait et lui reconnaissait ses bienfaits, traitait respectueusement ses proches et détestait furieusement la moindre méprise ou humiliation à leur égard. 
En effet, le prophète ((que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)) s’était mis en colère contre sa jeune épouse ‘A’ïcha qui, par jalousie, avait dit que Dieu lui avait substitué une épouse jeune à une épouse âgée (vieille).

Par ailleurs, et malgré ces grandes responsabilités et diverses attributions en tant que chef d’Etat, en tant que commandants des armées, et en tant que guide spirituel et moral, le prophète ((que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)) venait toujours en aide à ses épouses au foyer et veillait à valoriser la place de la femme et l’importance capitale que lui donne l’islam.

Al Aswad demanda à ‘A’ïicha ce que faisait le prophète ((que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)) au foyer. ‘A’ïcha lui répondit qu’il était ((que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)) au service de sa famille, et lorsqu’il était temps pour faire la prière, il partait à la mosquée.

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Translated by dar altarjama

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Muhammad Ibn Içhâq a dit : « Khadîdja Bint Khouwaïlid était une commerçante, noble et riche, qui employait des hommes, pour s’occuper de son commerce.

Lorsqu’on l’informa de la sincérité des paroles du Messager d’Allah (Que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur Lui), de son intégrité et de ses belles vertus, elle lui envoya quelqu’un afin de lui proposer de travailler pour elle, pour mener une des ses caravanes en Syrie. En contrepartie, elle lui proposa de lui donner plus qu’elle ne donnait aux autres gérants. Elle envoya avec lui, l’un des ses serviteurs du nom de Maïssara.

Ils partirent donc vers la Syrie. Le Messager d’Allah (Que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur Lui) s’arrêta pour se reposer à l’ombre d’un arbre, près d’un monastère habité par des moines. Dès qu’un des moines le vit assis, sous cet arbre, il appela Maïssara et lui dit : « Qui est cet homme ? ». Maïssara lui répondit : « C’est un homme de Koreïch, un des habitants de l’enceinte sacrée ».

Le moine lui dit : « Aucun homme ne s’est assis sous cet arbre, mis à part un prophète ».

Le Prophète (Que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur Lui) vendit donc les marchandises qu’il avait ramenées avec lui, et acheta ce qu’il voulait acheter, puis il revint à la Mecque, accompagné de Maïssara.
On rapporte que Maïssara voyait, en cours de route, deux anges protéger le Prophète (Que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur Lui) du soleil, alors qu’il était sur son chameau.

Khadîdja était une femme noble et d’une très grande intelligence, et avait de plus de grandes vertus honorées par Allah.
Lorsque Maïssara l’informa de ce qu’il avait vu et entendu, elle envoya un émissaire auprès du Prophète (Que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur Lui) en lui disant, d’après ce que rapportent les historiens : « Ô mon cousin, je suis attirée par toi, par ta parenté, par la place que tu possèdes au sein de ton peuple, ton intégrité, tes grandes vertus et ta sincérité ».  Elle lui proposa alors le mariage.

Elle était l’une des femmes les plus nobles, les plus honorables et les plus riches de Koreïch. Tous les hommes de son peuple la convoitaient et désiraient marier avec elle.

Lorsque le Prophète (Que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) apprit cela, il en informa ses oncles. Ce fut Hamza, l’un de ses oncles, qui partit avec lui, à la maison de Khouwaïlid Ibn Asad, le père de Khadîdja, pour demander la main de cette dernière. Et c’est ainsi que le mariage fut conclu et qu’il (Que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) l’épousa. […] »

El-Bayhaqî a rapporté pour sa part d’après El-Hâkem que le Prophète (Que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avait vingt cinq ans lorsqu’il épousa Khadîdja, tandis qu’elle avait, pour sa part, trente cinq ans.¹


¹L’article s’appuie sur la Biographie du Prophète (Que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur Lui) d’Ibn Kathir.

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Le pèlerinage d’adieu

La fin, cependant, se rapprochait; et, au cours de la dixième année de la Hijrah, il quitta Médine avec 90 000 musulmans venus des quatre coins de l’Arabie pour accomplir le Hajj, c’est-à-dire le pèlerinage.  Ce voyage triomphal d’un homme vieillissant, usé par des années de persécution et de luttes incessantes, fut entouré d’une aura de splendeur, comme si un grand cercle de lumière s’éteignait petit à petit, embrassant le monde des mortels de son éclat apaisant.

Il se rendit à la Mecque pour la dernière fois, en tant que pèlerin, afin d’accomplir ce qu’il est convenu d’appeler le « pèlerinage d’adieu ».  Durant ce pèlerinage, il grimpa sur le mont Arafat et prononça son dernier sermon public devant une foule immense.  Il rappela aux musulmans leurs devoirs religieux, le fait qu’ils auraient à rencontrer leur Seigneur, un jour, et que chacun serait jugé en fonction de ses œuvres.  À la fin de son sermon, il demanda : « Ne vous ai-je pas transmis le message? ».  Et, de cette multitude d’hommes et de femmes qui, quelques mois ou quelques années auparavant avaient été de grands idolâtres, une clameur monta : « Oui!  Par Dieu! ».  Le Prophète dit alors : « Ô Dieu!  Tu es mon Témoin! ».  L’islam était maintenant fermement établi et dans les années à venir, il allait croître comme un grand arbre procurant une ombre bienfaisante à des foules encore plus nombreuses.  Le Prophète avait accompli sa mission et il était maintenant prêt à déposer son fardeau et partir.

Maladie et mort du Prophète

Il retourna à Médine.  Il restait du travail à accomplir.  Mais un jour, il fut saisi d’un douloureux malaise.  Il se rendit à la mosquée enveloppé d’une lourde couverture et certains reconnurent les signes précurseurs de la mort sur son visage.

Il dit :

« S’il y en a, parmi vous, qui par ma faute ont été fouettés injustement, voici mon dos; frappez-le à votre tour.  Et si j’ai porté atteinte à la réputation de qui que ce soit, qu’il me rende la pareille. »

Dans le passé, il avait dit :

 « Qu’ai-je à faire de ce monde?  Moi et ce monde sommes comme un cavalier et un arbre sous lequel il s’abrite.  Ensuite, il repart et laisse l’arbre derrière lui. »

Et maintenant il disait :

 « Il y a un serviteur parmi les serviteurs de Dieu à qui on a offert le choix entre ce monde et ce qui est auprès de Dieu; et le serviteur a choisi ce qui est auprès de Dieu. »

Le 12 du mois de Rabi oul-Awwal de la onzième année de la Hijrah, qui équivaut au 8 juin 632 du calendrier chrétien, il entra dans la mosquée pour la dernière fois.  Abou Bakr était en train de mener la prière et il lui fit signe d’approcher pour prendre sa place.  En observant les gens, le visage du Prophète devint radieux.  « Je n’ai jamais vu le visage du Prophète plus rayonnant qu’à ce moment-là », a raconté son compagnon Anas.  De retour chez son épouse Aisha, il s’allongea près d’elle, sa tête sur ses cuisses.  Il ouvrit ses yeux et elle l’entendit murmurer : « Avec les plus grands compagnons, au Paradis… ».  Ce furent ses dernières paroles.  Quand, plus tard dans la journée, la rumeur de sa mort se répandit, Omar menaça ceux qui la faisaient circuler d’un sévère châtiment, déclarant que c’était un crime que de penser que le Messager de Dieu pouvait mourir.  Il tempêtait ainsi quand Abou Bakr entra dans la mosquée et l’entendit.  Il se rendit alors chez sa fille Aisha, où le Prophète était allongé.  Le voyant mort de ses propres yeux, il l’embrassa sur le front et retourna dans la mosquée.  Des gens écoutaient Omar, qui disait que cette rumeur était un pur mensonge, que le Prophète, qui était leur force vitale, ne pouvait être mort.  Abou Bakr se dirigea vers lui et essaya de le faire taire en lui chuchotant quelques mots.  Puis, voyant qu’Omar ne lui prêtait aucune attention, il s’adressa à tous à voix haute et les gens se tournèrent vers lui.  Il commença par louer Dieu et prononça ces paroles qui sont le symbole de la croyance en islam : « Ô mes frères!  S’il en est qui adoraient Mohammed, qu’ils sachent que Mohammed est mort.  Quant à ceux qui avaient pour habitude d’adorer Dieu, qu’ils sachent que Dieu est vivant et qu’Il ne peut mourir. »  Puis il récita le verset coranique suivant :

« Mohammed n’est qu’un messager.  Avant sa venue, des messagers (comme lui) sont passés.  S’il mourait, donc, ou s’il était tué, feriez-vous marche arrière?  Celui qui se détourne (de l’islam) ne nuit point à Dieu.  Et Dieu récompensera ceux qui sont reconnaissants. » (Coran 3:144)

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La campagne de Khyber

Au cours de la septième année de la Hijrah, le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) mena une campagne contre Khyber, bastion des tribus juives dans le Nord de l’Arabie qui était devenu un véritable guêpier pour ses ennemis.  C’est à Khyber qu’une juive avait servi de la viande empoisonnée au Prophète, viande dont il n’avait prit qu’une seule bouchée.  À peine la viande avait-elle touchée ses lèvres qu’il s’était rendu compte qu’elle était empoisonnée.  Sans l’avaler, il avait mis en garde ses compagnons, mais un des musulmans en avait déjà avalé un morceau et il en était mort.  La femme qui avait préparé et servi cette viande fut condamnée à mort.

Pèlerinage à la Mecque

Au cours de la même année, la vision que le Prophète avait eue au sujet du pèlerinage à la Mecque se réalisa : il entra à la Mecque sans trouver de résistance.  Respectant les clauses de la trêve, les idolâtres évacuèrent la cité et, à partir des hauteurs environnantes, regardèrent les musulmans accomplir leur pèlerinage.

La trêve violée par Qouraysh

Un peu plus tard, une tribu alliée à Qouraysh viola la trêve en attaquant une tribu alliée au Prophète et en massacrant ses membres jusque dans le sanctuaire de la Mecque.  Par la suite, terrifiés à l’idée des conséquences que pourrait avoir leur geste, ses membres envoyèrent Abou Soufyan à Médine pour demander à ce que le traité soit renouvelé et que ses clauses soient prolongées.  Ils espéraient qu’il y arriverait avant que les nouvelles du massacre n’atteignent Médine.  Mais un messager de la tribu qui avait été attaquée avait devancé Abou Soufyan et ce dernier ne put entamer aucunes négociations.

La conquête de la Mecque

Le Prophète rassembla tous les musulmans en âge de porter les armes et marcha sur la Mecque.  Qouraysh en fut terriblement effrayé.  Sa cavalerie se mit en position de défense devant la cité mais fut rapidement mise en déroute sans effusion de sang.  C’est ainsi que le Prophète entra dans sa ville natale en conquérant.

Ses habitants craignaient qu’il cherche à se venger d’eux, mais le Prophète proclama une amnistie générale.  Surprise et soulagée, la plus grande partie de la population s’empressa de lui prêter serment d’allégeance.  Le Prophète ordonna la destruction de toutes les idoles se trouvant dans le sanctuaire et ajouta : « La vérité est venue et les ténèbres se sont dissipées ».  Puis, on entendit l’appel à la prière résonner dans toute la Mecque.

La bataille de Hounayn

Au cours de la même année, il y eut un rassemblement de tribus païennes en colère qui souhaitaient reprendre le contrôle de la Ka’aba.  Le Prophète les affronta avec une armée de douze milles hommes.  À Hounayn, dans un profond ravin, ses troupes furent prises dans une embuscade et passèrent près d’être mises en déroute.  C’est avec beaucoup de difficulté qu’elles parvinrent à rejoindre le Prophète et ses fidèles compagnons qui, seuls, faisaient face à l’ennemi.  Mais la victoire, lorsqu’elle vint, fut éclatante et ils récoltèrent un important butin, car plusieurs des tribus ennemies avaient apporté avec elles tout ce qu’elles possédaient.

La conquête de Taïf

La tribu de Thaqif faisait partie des ennemis qu’ils affrontèrent à Hounayn.  Après cette victoire, la ville de Taïf fut assiégée par les musulmans et finit par rendre les armes.  Par la suite, le Prophète nomma un gouverneur à la Mecque et, de son côté, retourna à Médine à la plus grande joie des Ansars qui avaient craint qu’en retrouvant sa ville natale il ne décide de les abandonner et de faire de la Mecque la capitale.

L’expédition de Tabook

Au cours de la neuvième année de la Hijrah, apprenant que des troupes ennemies étaient en train de se rassembler en Syrie, le Prophète appela tous les musulmans à participer avec lui à une importante campagne.  Malgré quelques ennuis de santé, il dirigea son armée jusqu’à la frontière syrienne en plein été.  La grande distance, la chaleur accablante, le prestige de l’ennemi et le fait que c’était la saison des récoltes poussèrent certains musulmans à s’excuser et plusieurs autres à rester chez eux sans même s’excuser.  Ce soir-là, à la frontière, ils campèrent sans eau ni nourriture, s’abritant derrière leurs chameaux.

Par la suite, ils atteignirent l’oasis de Tabook, puis retournèrent à la Mecque après avoir converti plusieurs tribus.  La campagne prit fin dans le plus grand calme.

Déclaration d’immunité

Bien que la Mecque fût conquise et que la majorité de ses habitants fussent désormais musulmans, les règles officielles du pèlerinage n’avaient pas été modifiées : les païens le faisaient toujours à leur manière et les musulmans, à la leur.  Ce n’est qu’après que la caravane musulmane eût quitté Médine pour aller faire le Hajj, au cours de la neuvième année de la Hijrah et alors que l’islam était devenu prédominant dans le Nord de l’Arabie, que la déclaration d’immunité fut révélée.  Selon cette déclaration, seuls les musulmans auraient droit d’accomplir le pèlerinage après cette année, à l’exception des idolâtres qui avaient conclu un traité encore en vigueur avec les musulmans, qui n’avaient jamais violé aucun de leurs traités et n’avaient jamais soutenu quelque tribu que ce soit contre ceux avec qui ils avaient conclu des traités.  Ceux-là pourraient continuer de jouir des privilèges que leur accordait leur traité jusqu’à son terme.  Cependant, à l’expiration du traité, ils redeviendraient comme tous les autres idolâtres et seraient assujettis aux mêmes lois.  Cette proclamation marqua la fin de l’idolâtrie en Arabie.

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Représailles contre Bani Qouraydhah

Rien n’est pire, aux yeux des Arabes, que de trahir la confiance et violer un serment fait de façon solennelle.  Il était donc temps, maintenant, de s’occuper de Bani Qouraydhah.  Le jour où les musulmans revinrent des tranchées, le Prophète déclara la guerre contre la traître Bani Qouraydhah qui, consciente de sa culpabilité, s’était déjà réfugiée dans ses forteresses.  Après un siège qui dura près d’un mois, ils durent se rendre sans conditions.  Tout au plus supplièrent-ils d’être jugés par un membre d’une tribu arabe de laquelle ils étaient partisans.  Ils choisirent le chef du clan avec lequel ils avaient une alliance de longue date, Sa’d ibn Mou’adh, de Aws.  Ce dernier, suite aux blessures qu’il avait subies durant la bataille d’Ouhoud, était mourant et dut être porté pour pouvoir prononcer son jugement.  Sans hésiter, il condamna à mort les hommes de la tribu.

Houdaybiyyah

Au cours de la même année, le Prophète eut une vision dans laquelle il se vit entrer à la Mecque sans rencontrer de résistance; c’est alors qu’il prit la décision d’accomplir le pèlerinage.  En plus d’un certain nombre de musulmans de Médine, il offrit aux tribus arabes alliées, dont le nombre avait passablement augmenté après la déconfiture de Qouraysh lors de la bataille des tranchées, de l’accompagner.  Cependant, la plupart refusèrent son offre.  Ce sont donc mille quatre cents homme, vêtus en pèlerins et amenant avec eux les bêtes à sacrifier, qui entreprirent le voyage jusqu’à la Mecque.  Comme il s’en approchaient, un ami de la cité vint à leur rencontre et avertit le Prophète que Qouraysh avait juré de les empêcher d’entrer dans le sanctuaire et que leur cavalerie était déjà en route.  Alors le Prophète ordonna à ses hommes de faire un détour par les gorges des montagnes.  Ces derniers étaient donc épuisés lorsqu’ils descendirent finalement dans la vallée de la Mecque.  Ils campèrent dans un endroit appelé Houdaybiyyah.  Là, le Prophète tenta de parvenir à une entente avec Qouraysh, expliquant qu’ils ne venaient qu’en tant que pèlerins.  Le premier messager qu’il envoya fut maltraité et son chameau blessé aux jarrets.  Il revint donc sans avoir pu transmettre son message.  Qouraysh, de son côté, envoya un messager qui s’avéra fort arrogant et menaçant dans ses paroles.  Un autre de leurs envoyés s’adressa au Prophète de façon si familière qu’on dût lui rappeler sévèrement le respect qu’il devait manifester envers ce dernier.  C’est lui qui, en revenant à la Mecque, dit : « J’ai vu César et Khosro dans leur splendeur, mais jamais je n’ai vu d’homme plus honoré par ses compagnons que ne l’est Mohammed. »

Le Prophète voulut alors envoyer un messager qu’il imposerait le respect.  Il choisit Outhman à cause de son lien de parenté avec la puissante famille Oumayyad.  Tandis que les musulmans attendaient son retour, quelqu’un vint leur annoncer qu’Outhman avait été assassiné.  C’est à ce moment que le Prophète, assis sous un arbre, à Houdaybiyyah, fit prêter serment à tous ses compagnons qu’ils résisteraient tous ensemble ou tomberaient tous ensemble.  Mais par la suite, ils apprirent qu’en réalité, Outhman n’avait pas été assassiné.  Puis, une troupe sortie de la Mecque pour venir attaquer les musulmans fut capturée et amenée devant le Prophète, qui leur pardonna suite à leur promesse de renoncer à toute hostilité.

Trêve de Houdaybiyyah

Qouraysh envoya par la suite de meilleurs messagers.  Après quelques négociations, la trêve de Houdaybiyyah fut signée.  Elle stipulait qu’il n’y aurait plus d’hostilités entre les deux parties pour une période de dix ans.  Que le Prophète devait retourner à Médine sans avoir visité la Ka’aba, mais qu’on le laisserait accomplir le pèlerinage avec ses compagnons l’année suivante.  Qouraysh promit d’évacuer la Mecque pour leur permettre de le faire.  Durant la période de la trêve, les déserteurs de Qouraysh venus rejoindre les musulmans seraient retournés chez eux, mais les déserteurs musulmans allés rejoindre la Mecque ne le seraient pas.  Toute tribu ou clan souhaitant faire partie du traité en tant qu’allié(e) de Qouraysh pourrait le faire.  Les musulmans furent consternés en apprenant les clauses du traité.  Ils se demandèrent, entre eux : « À quand cette victoire qui nous a été promise? »

Comme ils revenaient chez eux, en provenance de Houdaybiyyah, la sourate intitulée « la victoire » fut révélée.  En réalité, cette trêve s’avéra être la plus grande victoire obtenue par les musulmans jusque-là.  La guerre avait constitué une barrière entre eux et les idolâtres, mais maintenant, les deux parties s’étaient rencontrées et avaient discuté, et à partir de là, l’islam se répandit plus vite que jamais.  Au cours des deux années qui s’écoulèrent entre la signature du traité et la chute de la Mecque, le nombre de convertis fut plus important que le nombre total de convertis depuis les débuts de l’islam.  Le Prophète s’était déplacé jusqu’à Houdaybiyyah avec 1400 hommes.  Deux ans plus tard, lorsque les Mecquois violèrent la trêve, il alla les affronter avec une armée de 10 000 homme

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