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Archive for octobre 2012

Hafsa  était la fille de ‘Umar ibn Al-Khattâb, mecquois de la tribu des Adî. Sa Mère s’appelait Zaynab bint Maz’ûn. Elle est née cinq années avant la Révélation, la même année que Fâtima, la fille du Prophète.

Le veuvage de Hafsa

Hafsa était mariée à Khunays Ibn Hudhâfa Ibn Qays. Celui ci émigra d’abord en Abyssinie et ensuite à Médine. Il participa à la bataille de Badr et à celle d’Uhud où il fut grièvement blessé. Il mourut quelques temps après à la suite de ses blessures. Il laissa ainsi Hafsa, fille de Umar Ibn Khattab, veuve alors qu’elle n’avait que dix-huit ans.

Umar était triste de voir sa fille, si jeune, vivre dans le veuvage. Chaque fois qu’il rentrait à la maison, il ne supportait de la regarder si belle et si agile, condamnée à demeurer sans foyer. Ce fut alors qu’il décida de lui choisir un mari digne d’elle. Il jeta son dévolu sur Abu Bakr, l’ami intime de l’Envoyé de Dieu.

Abu Bakr écouta la proposition de Umar avec tendresse et sympathie. Cependant, il se tut et ne lui donna aucune réponse, ce qui était considéré comme un refus. Umar s’étonna que son ami n’accepte pas sa fille alors que c’était lui même qui la lui proposait. Umar contint sa colère. Il se tourna vers Uthman Ibn Affan dont la femme Ruqiyya, fille du Prophète, venait de mourir des suites d’une longue maladie. Malheureusement, Uthman lui dit :

Je ne veux pas me marier pour le moment.

Cette fois, Umar laissa éclater sa colère. Il ne pouvait accepter deux refus successifs. Il se dirigea alors vers le Prophète  pour se plaindre de ses deux Compagnons et lui déclarer :

Comment, lui dit-il, refuser d’épouser Hafsa alors qu’elle est en pleine jeunesse et en pleine forme ?

Le Prophète  sourit et répondit :

Hafsa épousera un homme meilleur que Uthman et celui ci épousera une femme meilleur que Hafsa.

Umar comprit alors que Muhammed  désirait épouser sa fille. Il bondit de joie et serra fortement la main du Prophète en signe de remerciement. C’est ainsi que les malheurs de Hafsa avaient pris fin et que le Prophète  créa un lien de parenté avec son amis Umar.

Quelques tensions

Hafsa arriva dans la maison du Prophète, où vivaient déjà Sawdah et Aïcha. Si la première manifesta sa satisfaction, la seconde s’inquiétait de voir l’arrivé d’une épouse aussi jeune qu’elle et intelligente. Mais, en fin de compte, elle la prit pour amie et confidente.

Hafsa accepta volontiers l’amitié de Aisha d’autant plus que le nombre des épouses du Prophète augmentait. Il est vrai que son père, Umar, la mit en garde contre une éventuelle rivalité avec Aisha.

Sache que tu n’es rien devant Aisha et ton père n’est rien devant le sien, lui dit-il avec modestie et humilité.

Un jour que ‘Umar faisait des reproches à son épouse, celle-ci lui répondit sur un ton auquel il n’était pas habitué. Il lui demanda la raison de ce comportement nouveau et elle lui apprit que les Épouses du Prophète  lui répliquaient et considérait donc qu’elle pouvait en faire autant !

Parlant de Hafsa, elle ajouta : « II y en a une qui, du matin au soir, lui dit tout ce qu’elle pense sans hésiter. » ‘Umar, préoccupé, se rendit auprès de Hafsa et l’interrogea à ce sujet. Hafsa lui confirma ce qu’avait dit sa mère. Devant sa réponse affirmative, il s’emporta en lui disant :

– Je te mets en garde contre le châtiment de Dieu et la colère de Son Messager. Que ta beauté ne te trompe pas. Si c’était moi, je t’aurai répudiée.

C’est à dire qu’il lui ordonna d’être soumise et obéissante.

L’affaire de Maria, la copte :

Un jour, Maria vint voir le Prophète  pour une affaire la concernant. Il s’isola avec elle dans la chambre de hafsa qui était absente, en visite chez son père. En revenant à l’improviste, elle souleva le rideau de son lieu de séjour et vit les deux conjoints en discussion. Elle attendit le départ de Maria. Cette attente lui parut longue car elle se sentait debout sur des charbons ardents. Elle entra dans sa chambre et dit à son mari :

J’ai vu qui était avec toi dans ma chambre. Si je ne t’avais pas aperçu, tu aurais eu des rapports avec elle alors qu’elle n’en avait pas le droit.

Elle lui fit une scène terrible et ne cessa de lui faire des reproches jusqu’à ce que son époux lui promette de ne plus avoir de rapports intimes avec Maria. Il lui demanda, en contre partie de garder secrètement cet événement. Cependant, Hafsa ne pouvait pas garder de secret pour ‘Aisha. Elle lui dévoila ce dont elle avait été témoin et la promesse que lui a fait le Prophète. Cela ne fit qu’attiser la jalousie de Aisha et des autres femmes qui en voulaient à Maria d’avoir pris un tour intime qui ne lui appartenait pas.

Selon des commentateurs, ce serait en cette circonstance que Dieu révéla la sourate at-Tahrim (Le Prophète avait promis de se priver des relations avec Maria). D’autres disent que c’est plutôt au sujet de ce complot ourdi par Sawdha, Aisha et Hafsa qui firent croire que sa bouche dégageait une mauvaise odeur à la suite de la consommation de miel chez Zaynab (Il avait juré de se privé de miel)

La sourate at-Tahrim (l’Interdiction) :

– Ô Prophète! Pourquoi, en recherchant l´agrément de tes femmes, t´interdis-tu ce qu´Allah t´a rendu licite? Et Allah est Pardonneur, Très Miséricordieux.

– Allah vous a prescrit certes, de vous libérer de vos serments. Allah est votre Maître; et c´est Lui l´Omniscient, le Sage.

– Lorsque le Prophète confia un secret à l´une de ses épouses et qu´elle l´eut divulgué et qu´Allah l´en eut informé, celui-ci en fit connaître une partie et passa sur une partie. Puis, quand il l´en eut informée elle dit: « Qui t´en a donné nouvelle? » Il dit: « C´est l´Omniscient, le Parfaitement Connaisseur qui m´en a avisé ».

– Si vous vous repentez à Allah c´est que vos coeurs ont fléchi. Mais si vous vous soutenez l´une l´autre contre le Prophète, alors ses alliés seront Allah, Gabriel et les vertueux d´entre les croyants, et les Anges sont par surcroît [son] soutien.

– S´Ils vous répudie, il se peut que Seigneur lui donne en échange des épouses meilleures que vous, musulmanes, croyantes, obéissantes, repentantes, adoratrices, jeûneuses, déjà mariées ou vierges. (Coran 66)

La Répudiation de Hafsa

Ce fut en cette occasion que le Prophète , ayant appris que son secret avait été dévoilé, rompit momentanément avec toutes ses femmes. Les commentateurs affirment que le Prophète  avait effectivement répudié Hafsa (talaq raj’i), puis la ramena. Diverses versions expliquent les circonstances de ce retour. L’une dit que ce fut par miséricorde pour Umar qui couvrit sa tête de terre en s’exclamant :

Quel énorme poids supporte Dieu à cause de Umar et de sa fille !

Gabriel descendit alors, le lendemain, auprès de l’Envoyé de Dieu et lui dit :

Dieu t’ordonne de ramener Hafsa par miséricorde pour Umar.

Selon une autre version, Gabriel se présenta devant le Prophète et lui dit :

Ramène Hafsa car c’est une femme droite et elle sera ton épouse au Paradis.

Cette répudiation eut lieu avant celle qui eut pour conséquence la révolte de Aisha qui entraina les autres femmes sur son sillage. Le Prophète  avaient isolées toutes ses épouses. Cette fois encore, Hafsa regretta amèrement d’avoir divulgué le secret que son époux lui avait confié, de la même manière qu’elle déplora d’avoir participé à un complot contre son époux, qui ne le méritait pas. Elle ne pouvait agir autrement, elle qui était une femme pieuse et adoratrice.

Son père lui avait dit que l’Envoyé de Dieu  l’avait répudiée deux fois. S’il le refaisait une troisième, il ne lui adresserait plus la parole. Entre temps, Umar se rendit chez le Prophète. Il demanda la permission d’entrer en précisant au portier qu’il ne venait pas voir son maître pour résoudre le problème de sa fille. Quant à cette dernière, il disait d’elle :

Par Dieu ! S’il m’ordonnait de lui trancher le cou, je le ferai sur le champ.

L’Envoyé de Dieu  entendit ces paroles qui l’émurent. Aussi, ordonna-t-il de l’introduire. Umar sanglota en voyant le tapis sur lequel l’Envoyé de Dieu était allongé. Il n’avait devant lui qu’un morceau de pain en orge. Umar lui dit :

– Ô Envoyé de Dieu ! Que l’état de ces femmes ne te chagrine pas. Si tu les répudies, Dieu sera avec toi. Il en sera ainsi des anges, de Gabriel, de Mikael, de moi, d’Abu Bakr et de tous les croyants.

Le Prophète sourit en lui disant qu’il n’avait pas répudié ses épouses mais qu’il ne décidait que de leur isolement. Ceci rendit la tranquillité dans l’âme de Umar.

Le précieux dépôt

Après la mort du Prophète , ce fut Hafsa qui a été chargée de garder la copie écrite du Coran. En effet, Umar conseilla à Abu Bakr, devenu le premier calife de l’Islam, de réunir en un livre tous les versets du Coran éparpillés ici et là. Il ne fallait pas que le Livre sacré disparaisse des mémoires, d’autant que des centaines de lecteurs du Coran étaient morts dans les batailles livrées contre l’ennemi, en particulier les apostats. Abu Bakr suivit le conseil de Umar. Il désigna une commission qui se chargea de rassembler tous les écrits et tout ce que les musulmans avaient gardé dans leur mémoire. Lorsque la tâche fut terminée, le document fut remis à Hafsa, fille de Umar.

En l’an XIII, Abu Bakr mourut. Son successeur, Umar, prit le titre d’Emir des croyants. Ainsi, Hafsa fut témoin de l’expansion de l’Islam sous le califat de son père. De la même manière qu’elle fut témoin de son assassinat. Umar fut poignardé mortellement par Abu Lu’Lua al-Majusi, le mois de Dhu-l-Hijja, an XXIII de l’Hégire.

Hafsa ne participa à aucune bataille dans les dissensions musulmanes. Elle demeura à Médine, s’adonnant au culte de Dieu avec une grande dévotion. Elle mourut sous le califat de Mu’awiyya. Elle fut enterrée dans le cimetière al-Baqi’, avec les autres Mères des croyants.

 Islammedia 2011

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Le Rang Unique de Aisha

Aisha est, indiscutablement, l’un des plus grands professeurs que l’Islam ait produit. Elle appartient à l’ensemble des théologiens illustres qui ont continué le travail et la mission du Prophète après sa mort, en interprétant et transmettant ses enseignements. Parmi les hommes, plusieurs noms pouvait prétendre cette distinction, mais parmi les femmes, Aisha était la seule.

Pendant neuf années, elle partagea sa vie avec le Prophète, recevant plus d’attention que les autres épouses. Avec ses dons naturels extraordinaires, Aisha en tira les meilleurs profits.

L’islam est un code de vie complet qui guide les pas des croyants dans tous les domaines d’activité humaine. Les femmes ont leurs problèmes particuliers. En tant que femmes et mères, elles doivent remplir des devoirs différents de ceux des hommes.

C’était à travers ses femmes que le Prophète a transmis ses enseignements au monde féminin. Aisha est facilement devenue la source la plus sûre de ses enseignements. Aisha était dotée d’une mémoire étonnante, à laquelle peut s’ajouter une habituelle observation attentive. Tout cela lui permettait de décrire en détails les expériences remontant aussi loin que son enfance. Ces qualités firent de Aisha une autorité très importante de la loi islamique.

Les sources ultimes de la loi en Islam sont le Coran et la Sunna. Plusieurs chapitres du Coran furent révélés dans la chambre d’Aisha. Son observation attentive et sa mémoire étonnante lui permirent de mémoriser les faits et les dires du Prophète en différentes occasions. Tous ces faits faisaient que son opinion sur les points de la loi était très respectée. En voici quelques exemples :

A la mort de Saad Ibn Abu Waqqas, Aisha suggéra que sa prière funéraire soit lue dans la mosquée du Prophète. Les gens y firent une objection. « Les gens ont une mauvaise mémoire ! s’exclama Aisha. Le Messager d’Allah a fait celle de Said Sohail Ibn Baidha dans cette mosquée. »

Une fois, quelques Compagnons racontèrent aux gens que les pleurs et les lamentations des parents ajoutent quelque chose au châtiment de la personne morte. Ils citèrent un hadith du Prophète à l’appui. Quand la question fut rapportée à Aisha, elle dit : « Qu’Allah leur pardonne ! Ils n’ont pas menti, mais ils ont oublié ou mal compris. Le fait réel est qu’un jour le Messager d’Allah passa à côté d’une procession funéraire d’une juive dont les parents pleuraient et gémissaient. A cela, il fit cette remarque :  Ces gens hurlent et elle subit le châtiment. »

Une fois, le Compagnon très connu Abu Hurayra dit aux gens : « Si quelqu’un prie et qu’une femme ou un âne ou un chien passe devant lui, sa prière est annulée. » Quand ce récit arriva aux oreilles de Aisha, elle s’exclama : « Quoi ! Veut-il dire qu’une femme ne vaut pas mieux qu’un âne ou un chien ? Ma chambre était si petite que mon bistarah (matelas) se trouvait juste en face du tapis de prière du Prophète. Quand il priait, j’étais allongée dans mon lit, mes pieds pendillant au dessus de son tapis. Quand il allait se prosterner, il touchait mes pieds et je les retirais. Je les tendais de nouveau après cela. Il m’arrivait quelques fois par nécessité, de passer devant lui pendant qu’il priait. »

Cette explication amena Abu Huraira à retirer ce qu’il avait dit.

Aisha vécut un demi-siècle après le Prophète. La période qui suivait sa mort était la période des Compagnons qui avaient quelques difficultés à se diriger à partir du Coran et de la Sunna. Les Compagnons chefs moururent un par un. Il y eut alors une génération qui n’avait pas de connaissances personnelles sur la façon de vivre du Prophète. Seule une poignée de Compagnons qui étaient très jeunes à la mort du Prophète, était les porte-flambeaux de la connaissance, pour cette génération. Abullah Ibn Omar, Abdullah Ibn Abbas et Aisha appartenaient à ce groupe.

L’Amour pour la vérité

Aisha avait une telle passion pour la vérité que comme son illustre père, elle reçut le titre de « Véridique ». Elle n’a jamais hésité de déclarer que ce qu’elle pensait était la vérité. Pour rien au monde, elle n’aurait abandonné son devoir envers Dieu et les hommes.

Les Califats d’Abu Bakr et d’Omar furent des périodes d’harmonie interne. Les musulmans combattaient les ennemis étrangers et devaient se serrer les rangs. Pendant le Califat d’Outhman, la situation changea. L’ère de conquête prit fin. Les gens commencèrent à exprimer le désir de vivre une vie aisée et confortable. Des querelles réciproques commencèrent, des rivalités oubliées refirent surface. Des redistributions inégales des biens produisirent une multitude de maux sociaux. La main du Calife agé était trop faible pour mettre un terme à cela.

Comme des sentiments d’insatisfaction et d’inquiétude grandissaient, on recherchait la sérénité de Médine. Ceux qui avaient des plaintes s’adressèrent aux Compagnons et aux Mères des Croyants. Aisha était parmi ceux qui considéraient comme capables d’améliorer les choses. Elle déclara très vite sa désapprobation de la politique d’Outhman. Cependant, elle était strictement contre la violence. Quand Oushtar Nakhi, le chef rebelle suggéra que Outhman fut tué, elle exprima son horreur. Son propre frère Muhammed, agissait contre le Calife. Elle le supplia de ne pas utiliser des méthodes illégales et le pria de l’accompagner à la Mecque pour le Pèlerinage. Mais il refusa d’accepter ce conseil.

L’assassinat d’Outhman a tellement secoué Aisha qu’elle exprime ouvertement sa haine pour cette acte, en des termes violents. Elle fut même décidée de marcher su Bassora à la tête d’une armée. Rien d’autre qu’un profond sens du devoir, l’amena à tirer l’épée contre Ali. Elle a été absente de Médine pour quelques temps et ses points de vue sur les tragiques incidents dans la capitale étaient basés sur les récits de Talha et Zoubair. Naturellement, elle dut faire confiance aux récits de ces témoins oculaires. Aussi, la solution qu’elle avait choisie n’était pas celle de son propre choix. Cependant, au moment où elle réalisa son erreur, elle ne perdit pas de temps à la confesser. Elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour se corriger. Une fois, quelqu’un lui demanda : « Qui le Prophète aime-t-il le plus ? Fatima ! fut la réponse. Et parmi les hommes ? Son mari Ali qui était le premier pour les prières et pour le jeûne. »

Les dix huit derniers années de la vie de Aisha ont été vécues sous l’autorité de Mouawiya. Contrastant avec le Califat des quatres Califes bien guidés, celui de Mouawiya était un cas particulier. Aisha n’a jamais hésité à déclarer la vérité. Hajr Ibn Abdi, un Compagnon, vivait à Koufa. Il était un partisan d’Ali. Le gouverneur de Koufa l’arrêta et l’envoya à Damas. Quand Aisha apprit cela, elle envoya immédiatement un homme à Mouawiya, lui demandant de ne pas gêner Hajr. Cependant, Hajr fut tué avant que le messager n’arrive. Quand Mouawiya visita Médine par la suite, la première question que Aisha lui posa, fut celle-ci : « Mouawiya ! Qu’est il arrivé à votre prudence au sujet de Hajr ? »

La guerre civile qui suivit l’assassinat d’Ouhtman divisa les musulmans en trois groupes. Les habitants de l’Iraq et de l’Egypte disaient du mal d’Outhman et de ses parents. Ceux de Syrie en faisaient de même pour Ali. Les Kharijites haïssaient les deux groupes. Regrettant cet état des choses, Aisha fit cette remarque : « Allah ordonne dans le Coran de demander Sa miséricorde et Ses bénédictions pour les Compagnons du Prophète, mais ces gens jettent des malédictions sur eux ! »

Une fois, Mouawiya écrivit à Aisha, lui demandant un conseil. Elle lui donna cette réponse : « J’ai entendu le Messager d’Allah dire : Celui qui essaie de contenter Allah, ne se souciant pas du mécontentement des gens, sera protégé contre la méchanceté des gens. Mais celui qui contente les gens au prix du mécontentement d’Allah, sera abandonné par Allah à la merci des gens. »

Pendant sa vie, Mouawiya  commença à faire prêter serment d’allégeance à son fils Yazid. Aisha n’apprécia pas cela. Abdullah Ibn Zoubeir et quelques autres chefs s’opposèrent sans peur à cette proposition. Quand, lors d’une visite à Médine, Mouawiya s’en plaignit à Aisha, elle répondit : « Faites ce qui vous semble être bon ! Je demande une seule chose : Ne forcez pas ces hommes à agir contre leur gré ! »

Un Grand Professeur

L’islam insiste beaucoup sur l’importance de l’éducation. Le Prophète lui même, était le plus grand professeur de l’histoire. Il voulait que l’éducation se répande. Pour cela, il rassembla toutes les personnes de talent et d’une grande vertu et les forma spécialement, pour travailler comme professeurs après lui. Aisha était l’un de ces professeurs.

Sa propre éducation et instruction commencèrent à l’âge de neuf ans, quand elle arriva chez le Prophète. Elles continuèrent jusqu’à ses dix-huit ans. Cela fit d’elle un des plus grands professeurs de son siècle. Elle vécut jusqu’à l’âge de 67 ans, assez longtemps pour aider les gens à trouver des solutions à des problèmes d’une période si différente de celle du début de l’Islam. Elle partageait cette distinction avec de grands maîtres comme Abdullah Ibn Omar, Abdullah Ibn Abbas, Abu Hurayra et Zaid ibn Thabit. Ces professeurs célèbres firent de Médine, le plus grand centre d’étude du monde. L’école de Aisha était considérée comme le siège le plus important du savoir.

Aisha continua à dormir encore quelque temps dans la chambre du Prophète, à côté de sa tombe. Une nuit, elle le vit en rêve. Le lendemain, elle emménagea dans la chambre voisine. Au cours du temps, la chambre devint le centre le plus important de l’éducation. En face de la porte, il y avait un rideau. Aisha s’asseyait derrière le rideau. Des filles, des garçons et les hommes pour lesquels elle n’avait pas à observer le voile, entraient dans la pièce et s’asseyaient en face d’elle. Les autres prenaient place dans la cour de la mosquée, près du rideau.

La méthode d’enseignement adoptée était une combinaison de conversation et de discussion. Quelquefois, elle parlait d’un sujet et les autres écoutaient. A la fin de l’exposé, on posait des questions et on y répondait. Quelquefois, la leçon prenait la forme de questions posées par les élèves et de réponses détaillées, données par le professeur. En d’autres occasions, on commençait une discussion, les élèves et le professeur y prenant part librement. Aisha veillait bien à la prononciation et à l’accent. Les fautes étaient corrigées immédiatement.

Quelques uns des adultes assistaient aux cours de temps en temps. La plupart des garçons et filles, cependant, étaient des étudiants réguliers. Les orphelins de Médine bénéficiaient d’une attention spéciale de la part de Aisha. Elle s’occupait de toutes leurs dépenses. Les personnes qui avaient eu le privilège d’étudier avec Aisha surpassaient leurs camarades.

Aisha était la plus gentille avec ses élèves que leurs propres mères. Elle en adopta quelque uns.

Son amour et son attention pour ses élèves étaient tels que sa propre famille les enviaient. Elle aimait chèrement son neveu Abdullah Ibn Zoubeir. Mais il enviait quand quand même Aswad, un élève prometteur de Aisha. Ses élèves aussi, avaient la plus grande estime pour elle.

Le nombre d’élèves qui profita de son éducation se comptait par centaine. Rares étaient les savant en hadiths qui n’avaient pas bénéficié directement de ses connaissances. Les plus grands noms parmi eux sont :

Orwa frère d’Abullah ibn Zoubeir et neveu de Aisha. Il fut élevé par elle. Il était en passe de devenir le premier savant de Médine.

Qacim, un autre neveu de Aisha. Il était le fils de son frère Muhammed. Etant devenu orphelin, elle l’éleva. Il était en passe de devenir un grand savant de la loi islamique.

Abu Salma, fils d’Abdur Rahman Ibn Aouf lui aussi était orphelin et fut élevé par Aisha. Il était en passe de devenir un grand savant en hadith.

Massrouq, le jeune d’Iraq que Aisha avait adopté. Il devint plus tard, l’autorité principale de la loi islamique en Iraq.

Imam Nakhi, d’Iraq. Les autres étudiants iraquiens enviaient sa chance d’avoir étudié avec Aisha.

Omerah bint Abdur Rahman, une fille Ansari. Elle était l’élève la plus brillante parmi les filles, et très aimée de Aisha. C’était elle qui écrivait les lettres de Aisha. Les hadiths rassemblés par le Calife Omar ibn Abdul Aziz pendant son règne, étaient scrupuleusement examinées par Omerah.

Aisha accomplissait régulièrement le Hadj chaque année. Pendant le Hadj, sa tente devenant l’endroit le plus inspirant dans l’immense assemblée. Les gens de différents pays, se pressaient vers cette tente pour trouver des réponses à leurs questions. Aisha était extrêmement polie envers les gens. Si quelqu’un hésitait de poser une question, elle disait : « Vous pouvez librement me poser n’importe quelle question que vous poseriez à votre propre mère ! »

La mort de Aisha

Même quand elle était âgée, Aisha continuait à servir l’islam et les musulmans avec la même vigueur. Elle devenait si chère au coeur du peuple qu’elle fut la personne la plus aimée et la plus respectée de son temps.

Dans le mois de Ramadan de l’an 58 de l’hégire, Aisha tomba soudainement malade. Les jours passèrent et sa condition s’aggravait. Les gens accouraient pour prendre des nouvelles de sa santé.

Le célèbre compagnon et cousin du Prophète, Abdullah Ibn Abbas lui rendit un jour visite. Elle hésitait à le recevoir car elle avait peur qu’il commence à faire des éloges sur ses services rendus à l’islam. Poussée par ses neveux, elle le reçut.

Après quelques informations sur sa santé, le visiteur commença à faire des compliments à la mère des Croyants. « Tu étais la femme préférée du Prophète. A cause de toi, Allah a révélé les versets se rapportant au Tayamoun ; des versets du Coran parlent de la pureté de ton caractère. Ces verset sont aujourd’hui récités dans les mosquées, jour et nuit ! »

Ibn Abbas ! dit-elle, d’une voie faible, n’en dit pas plus. Je souhaite n’être jamais née ! (Se remémorant le fardeau de la Bataille du Chameau)

Quand sa fin était proche, Aisha dicta sa dernière volonté : « Ne m’enterrez pas dans mon ancienne maison, au côté de mon mari car j’ai commis une faute. Enterrez-moi dans le cimetière de Médine, aux côtés des autres femmes ! Enterrez moi la nuit, n’attendez pas le matin ! »

Quelqu’un suggéra : « Il serait préférable de vous enterrer là ou le Prophète et votre père Abu Bakr reposent ! » « Dans ce cas, dit Aisha, toute ma repentance aura été vaine et je devrais me repentir à nouveau. »

Au soir du 17 Ramadan, Aisha Siddiqua, la Véridique, mourut paisiblement. Elle avait 67 ans. La prière venait de se terminer quand la nouvelle se répandit dans la ville. Elle affligea tout le monde. Des foules se rassemblèrent dans les rues.

« Hélas ! disait-on. Les gens viennent d’être privés du grand professeur, formé spécialement par le Prophète lui-même ! »

En accord avec sa volonté, Aisha fut enterrée dans le cimetière de Médine. Des milliers de personnes assistèrent à la prière funéraire qui fut dirigée par Abu Huraira. Jamais auparavant dans l’histoire de Médine, des funérailles ne furent aussi largement assistés la nuit. Des foules énormes de femmes sortirent dans la rue, donnant à cette circonstance un aspect de recueil national.

Le Personnage

La vie de Aisha démontre à quel degré peut s’élever une femme musulmane. Avant l’avènement de la religion, une femme n’avait presque aucun droit. L’islam l’a soudainement élevée au plus haut sommet de la dignité humaine tout en insistant sur la douceur et la pureté de sa nature. L’exemple de Aicha montre comment cela peut se faire. Elle était rigoureuse au sujet du voile et du code moral et pourtant, elle a joué un rôle vital dans la vie sociale, religieuse et politique de son peuple.

Aisha était une femme pieuse. En plus des cinq prières obligatoires, elle s’attachait également aux surérogatoires et elle jeunait fréquemment même après le mois de Ramadan. Aisha observa toute sa vie le même état d’ascétisme que durant la vie du Prophète. Elle n’avait pas de passion pour les beaux vêtements. Elle n’avait qu’un seul ensemble à la fois. Quand il se déchirait, elle s’en procurait un autre. Aussitôt qu’elle recevait un peu d’argent, elle le distribuait aux pauvres. Une fois, Mouawiya lui envoya 100 000 dirhams. Elle jeûnait ce jour là. Elle les distribua immédiatement, sans rien garder pour elle. Le soir, elle n’avait rien à manger. « Pourquoi ne m’as tu pas rappelé de garder quelque chose pour ce soir ? » dit-elle à la servante.

La malveillance n’est jamais entrée dans son coeur, bien que la provocation fût grande. Une fois, un égyptien lui rendit visite : « Quel genre d’homme est votre gouverneur ? » demanda-t-elle. Il traite bien le peuple, fut la réponse.

« Quelque soit le traitement de cet homme envers mon frère Muhammed (Ibn Abu Bakr), fit remarquer Aisha, je ne peux pas m’empêcher de déclarer que le Messager d’Allah a dit en ma présence :  Ô Allah ! Si un gouverneur est très dur envers son peuple, alors toi aussi, sois dur envers lui. Mais s’il est bon envers son peuple, alors Toi aussi sois bon envers lui. »

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La Question de l’héritage

Le Prophète  n’a laissé aucun bien sous forme d’argent ou de nourriture. En fait, dans sa maison, il n’y avait rien à manger pour le repas du soir où il mourut. Cependant, il possédait quelques jardins. Les revenus de ces terres étaient dépensés pour les besoins publics. D’après la loi de l’héritage, ces terres étaient maintenant la propriété de ses femmes qui avaient l’intention de les réclamer au nouveau chef de l’état. Aïcha les arrêta en disant : « Vous ne vous rappelez pas des paroles du Prophète ? Il a clairement dit que tout ce qu’il laisse derrière appartiendrait au peuple en général et à aucun individu en particulier ! »

La mort du père de Aisha

Abu Bakr fut Calife pour un peu plus de deux ans. Pendant les derniers moments de sa maladie, Aïcha s’asseyait à son chevet. Il lui avait donné quelques biens. Maintenant qu’il allait quitter ce monde, il pensa à ses autres enfants. Il dit à Aïcha :

« Aïcha, céderais-tu ces biens à tes plus jeunes frères et soeurs ? »

Aïcha accepta promptement. Il demanda ensuite :

« Combien de pièces de tissu le linceul du Prophète avait il ?
Trois morceaux de tissu blanc,
 répondit Aïcha.
Et quel jour est il mort ?
Lundi !
Quel jour est-ce aujourd’hui ?
Lundi !
Je vais aussi quitter ce monde d’ici ce soir. »

Le Calife regarda alors le drap qui le recouvrait. Il avait quelques tâches.

« Nettoie-le, dit-il, et apporte deux autres pièces. Les trois suffiront pour couvrir mon corps !
Mais ce drap est usé, père,
 protesta Aïcha.
 Les vivants ont plus besoin de vêtements neufs qu’un mort, répondit le Calife. »

Le soir même, Abu Bakr mourut et fut enterré au côté du Prophète.

Aïcha offre sa place à Omar

Quand Omar, second Cailfe, était couché, blessé mortellement, il envoya son fils Abdullah, prier Aïcha de le laisser être enterré au côté de ses deux illustres Compagnons. Abdullah trouva Aïcha en pleurs. En réponse au message du Calife mourant, elle dit :

« Je voulais que ma tombe soit là. Mais je préfère Omar à moi même ! »

Omar fut alors enterré dans la chambre de Aïcha. Son rêve s’était totalement réalisé. Les trois lunes étaient descendues dans sa chambre.

L’assassinat d’Uthman

Aïcha, comme la plupart des Compagnons, n’était pas d’accord sur quelques points politiques d’Uthman. Mais elle était contre la violence. Oushtar Nakhi, un rebelle, lui demanda ce qu’elle pensait du projet d’assassiner Uthman. Elle s’écria avec horreur : « Qu’Allah m’en préserve ! Comment puis-je prendre part à l’assassinat du chef des chefs ? »

Le plus jeune frère de Aïcha, Muhammed, qui fut élevé par Ali, était également un des chefs rebelles. Avant de partir pour le Hadj, Aïcha lui conseilla fortement de l’accompagner à la Mecque, mais il ne l’écouta pas.

Aïcha était sur le chemin de retour à Médine, quand Talha et Zoubeir la rencontrèrent. Tous deux étaient les maris de ses soeurs et des Compagnons d’un haut rang. Ils lui racontèrent le meurtre de sang froid du Calife et du vaste pillage dans Médine. Le remède qu’ils proposèrent était de lever une armée forte qui ramènerait la paix dans le pays. Aïcha fut facilement persuadée et une grande armée se réunit sous le drapeau.

Les Chefs de Banu Umayya, dont la plupart étaient à la Mecque, se joignirent à cette armée. Ceci les permit de passer pour des défenseurs de la vérité et de la justice. Le plan de Aïcha était de marcher sur Médine. Mais ses conseillers pensèrent différemment. Ils la forcèrent de marcher sur Bassora.

La nouvelle que la femme du Prophète  conduisait une armée pour restaurer la paix dans le pays, se répandit très vite. Des hommes venus de près ou de loin, commencèrent à se précipiter dans son armée, afin qu’elle bénéficie d’une grande force.

En marchant, l’armée passa par l’étang d’un village. Les chiens du voisinage commencèrent à aboyer. Quand leur hurlements atteignirent ses oreilles, une prophétie oubliée du Prophète  lui revint soudain à l’esprit. Il y a quelques années, il avait dit un jour, au milieu de ses femmes :

« Je ne sais pas laquelle de vous sera aboyée par les chiens de Joab ! »

« A quel endroit, sommes nous ? » demanda anxieusement Aïcha.

« Joab ! » lui répondit-on.

« Alors, je dois revenir sur mes pas, » soupira-t-elle. Talha, Zoubeir et les autres s’opposèrent à elle, mais elle ne voulait pas faire un pas de plus. L’armée fit halte. A la fin, ses conseiller eurent le dessus, et elle continua sa marche à contre coeur.

Entrée dans Bassora

Outhman Ibn Hounayf, le Gouverneur de Bassora, envoya une délégation à Aïcha, pour savoir le but de sa campagne. Aïcha fit un discours tellement animé devant la délégation, qu’un membre de la délégation se joignit à elle. Cependant, le Gouverneur décida de faire son devoir. Il sortit avec une armée pour arrêter l’entrée de Aïcha dans la ville.

Les deux armées se tinrent face à face. Talha et Zoubeir sortirent et abordèrent l’armée du Gouverneur, ce qui produisit un vacarme. Voyant cela, Aïcha s’avança. Il y avait une telle dignité dans ses paroles qu’il y eut aussitôt un silence de part et d’autre. Elle termina son discours avec ses mots : « Oui, écoutez attentivement ! Ce que vous devriez faire maintenant et qu’il serait peu convenable d’ignorer, c’est d’arrêter les assassins d’Outhman et de mettre en vigueur les commandements d’Allah ! »

L’effet fut spectaculaire. On criait : « Oui, elle a raison ! Elle a parfaitement raison. » En très peu de temps la moitié de l’armée du Gouverneur se joignit à celle de Aïcha.

Le Gouverneur, cependant, refusa d’abandonner. Pendant trois jours, les deux armées se tinrent face à face. Au troisième jour, on décida d’envoyer un homme à Médine pour savoir si Talha et Zubeir avaient fait serment d’allégeance à Ali de leur propre gré ou sous la pression. Dans le premier cas, l’armée de Aïcha devrait retourner. Dans le second, le Gouverneur remettrait la ville à Aïcha.

Kaab Ibn Thaur, le juge de Bassora, fut choisi pour aller à Médine pour connaître les faits réels. Kaab arriva à Médine un vendredi. Après la prière du vendredi, il se leva dans la mosquée et s’écria : « Dites moi, Ô peuple ! Talha et Zoubeir ont-il fait serment d’allégeance de leur propre gré ou sous la pression ? » Tout le monde se tut mais Ossama se leva et dit : « Par Allah ! Ils le firent sous la pression ! »

Kaab transmit la réponse. Entre temps, le Gouverneur avait reçu des ordres d’Ali de ne pas remettre la ville. Il obéit aux ordres du Calife. Dans la bataille qui suivit, le Gouverneur fut renversé. Aïcha entra dans Bassora. Ceux qui avaient pris part dans la révolte contre Outhman furent tués. Cependant, un des chefs put s’échapper car des centaines de ses hommes armés, étaient venus le défendre. L’armée de Aïcha ne réussit pas à mettre la main sur lui.

La Bataille du Chameau

Ali fut profondément bouleversé par la nouvelle que Bassora était tombée aux mains de Aïcha. Il se rappela alors une parole du Prophète  qui lui avait dit un jour :
« Quelque chose surviendra entre toi et Aïcha.
Je serai alors le plus malchanceux des humains !
 s’était exclamé Alî.
Non, mais quand cela arrivera, fais-la retourner à son lieu de sécurité. »

Ali devait donc apaiser en priorité le confit Iraqien avant de s’occuper de la Syrie. Il demanda de l’aide au Médinois mais la réponse fut maigre. Seulement 700 hommes acceptèrent d’aller avec lui. Beaucoup plus se joignirent à lui en chemin ; de même que 7000 venant de Koufa. Au moment où il arriva à Bassora, il avait 20 000 hommes. Aïcha sortit pour le rencontrer avec une armée de 30 000 hommes.

Pour la première fois dans la brève histoire de l’islam, deux armées musulmanes se tenaient prêtes pour s’affronter. Des parents et des proches étaient opposés les uns aux autres. A la pensée de la lutte à venir les coeurs des musulmans soucieux saignaient. Zoubeir s’écria avec dégoût : « Hélas ! Après être devenus puissants comme le roc, les musulmans sont maintenant prêt à briser leur propre pouvoir ! »

Des musulmans soucieux priaient dans leurs coeurs afin que le choc soit évité. Un chef très influent poussa Ali vers des pourparlers de paix. Ali apprécia la demande. L’homme alla ensuite à l’autre camp. Aïcha, Talha et Zoubair expliquèrent que leur seul but était de punir les assassins d’Outhman et de tout faire rentrer dans l’ordre.

A cela, l’homme répondit : « Mère des fidèles ! Réfléchissez attentivement à la situation. Afin de punir 500 personnes, vous verserez le sang de 5000. Les familles de ces 5000 personnes vont prendre alors leur revanche. Dans ces conditions, comment les choses vont elles rentrer dans l’ordre ? »

L’argument rendit Aisha et ses conseillers silencieux. Ils étaient tous d’accord pour faire la paix avec Ali. La nouvelle contenta Ali. Cette déclaration se dit entendre de l’armée du Calife. « Personne ne doit penser à la guerre. Demain, nous allons arranger la situation paisiblement. Ceux qui sont, en quelque façon, impliqués dans l’assassinat d’Outhman doivent se séparer de nous ! »

Cette déclaration mit une bonne partie de l’armée de Ali, mal à l’aise. C’étaient ceux qui avaient pris part dans la révolte contre Outhman. Ils avaient l’espoir que dans le camp d’Ali, ils seraient saufs. Cet espoir semblait s’envoler. Leur seule chance était de précipiter la lutte. Ils étaient décidés de ne pas la laisser s’envoler.

La nuit arriva et les hommes des deux camps dormaient mais les assassins d’Outhman étaient occupés à préparer une attaque surprise. Un peu avant l’aube, ils attaquèrent l’armée de Aïcha. Il y eut une ruée soudaine sur les armes, des deux côtés. Chaque camp accusait l’autre de trahison. Ali essaya en vain de retenir ses hommes mais la bataille était trop poussée.

Kaab, le juge de Bassora, était du côté de Aisha. Il vint à elle et dit : « Mère des fidèles ! Si vous montez votre chameau et que vous alliez dans la bataille, la scène pourrait inciter l’autre camp à faire la paix ! »

Elle s’assit sur son chameau et se dirigea droit en pleine bataille. Ali fit un essai de dernière minute pour la paix. Il se tint en face de son armée et aperçut Zoubeir. Les deux chefs se tinrent si près l’un de l’autre que les cous de leur chevaux se touchaient.

« Zoubeir, dit Ali. As-tu oublié que le Prophète a dit un jour que tu lutteras contre moi pour une raison injuste ? » Zoubeïr, se souvenant de ces propos du Prophète , réalisa son erreur. Il abandonne le combat et quitte le champ de bataille. Sur son chemin vers Médine, il est tué par un ennemi alors qu’il priait.

Talha veut également, à un moment donné, interrompre la lutte. Mais il est blessé par une flèche; on le ramène, suite à sa demande, à Bassora, où il meurt.

Voyant les musulmans s’entretuer, Aïcha demanda à Kaab, le juge de Bassora, d’appeler Ali au livre d’Allah. Il ouvrit le Qur’an et le mit entre les deux armées. Mais avant qu’il ne pût réciter un verset, une flèche mit fin à sa vie.

Les hommes de Aïcha se pressèrent autour d’elle comme un solide mur humain et chantaient les vers suivant : « Ô notre Mère ! Ô la meilleure mère que nous connaissons ! Ne voyez vous pas combien de guerriers ont été blessés ainsi que leurs mains et têtes coupées ! »

Pour arrêter la lutte, Ali ordonna à ses hommes de renverser le chameau. En prenant un grand risque, quelques hommes d’Ali passèrent derrière le chameau et coupèrent ses pattes de derrière. Le chameau retomba sur ses pattes de devant, descendant ainsi Aisha. La lutte s’arrêta alors. Le frère de Aïcha, Muhammed qui combattait du côté d’Ali se précipita vers sa soeur et lui tendit la main pour se relever.

« Quelle main insolente, est-ce ? demanda Aisha.
– Je suis ton frère, répondit Muhammed. Es tu blessée ?
– Non ! dit elle »

Ali traita Aisha avec le plus grand respect. Elle se reposa quelques jours à Bassora, puis elle fut escortée par son frère Muhammed accompagnée d’une quarantaine de femmes respectables. Ali et son fils Hassan l’accompagnèrent quelques kilomètres. Avant de se quitter, Aisha s’adressa au peuple en disant : « Mes enfants ! Il n’y a pas d’inimitié entre Ali et moi. Je le considère comme un homme bon ! »

« La Mère des croyants a raison, ajouta Ali. Elle est la femme honorée du Prophète dans ce monde et dans l’autre. »

Regret Permanent

De Bassora, Aïcha partit pour la Mecque afin d’accomplir le Pèlerinage. Elle retourna ensuite à Médine, à la porte du Prophète.

Aïcha avait marché vers l’Iraq avec de bonnes intentions. Son but était de rétablir l’ordre et la paix. Maintenant qu’elle avait un certain recul, la mésaventure semblait être la plus grande tragédie de sa vie. Ses deux soeurs et des milliers d’autres musulmanes étaient devenues veuves à cause de sa campagne.

Sans aucun doute avait-elle choisi la mauvaise voie. Aïcha regretta cette malheureuse erreur toute sa vie. A chaque fois que cela lui venait à l’esprit, elle s’exclamait :

« J’aurai du être un arbre ! J’aurais du être une pierre ou un caillou ! J’aurai du être morte ! »

Jusqu’au dernier moment de sa vie, elle déclara qu’elle regrettait d’avoir pris part dans la campagne Irakienne.

Quand elle récitait le Qur’an et spécialement le verset suivant :

« Ô femmes du Prophète, demeurez dans vos demeures…» (Coran, 33. 33)

Elle pleurait tellement que son voile était trempée. Il y avait encore une place dans sa chambre pour une autre tombe, mais avant sa mort, elle laissa une volonté :

« Ne m’enterrez pas aux côtés du Prophète, car j’ai commis une erreur après lui ! »

Ce regret sincère aurait plus que racheté sa triste faute. Aïcha eut le courage moral d’avouer ses erreurs et de s’en sentir sincèrement désolée.

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Les Hypocrites

L’Islam a réalisé un miracle à Médine. A partir des petits groupes humains qui se faisaient la guerre, la nouvelle religion avait crée un sentiment solide de fraternité, au servie ce Dieu et de l’homme. Pour la première fois dans l’histoire, une démocratie spirituelle était née. La République de Médine se dressait pour la gloire d’Allah et la dignité de l’homme. Cela ouvrit une époque d’or pour la ville qui a été, longtemps, le lieu de luttes interminables et de misère humaine.

Les habitants de Médine étaient reconnaissants à Allah, pour cette faveur singulière. Cependant, il y avait un groupe d’habitants qui étaient mécontents. Il s’agit des hypocrites, avec Abdoullah Ibn Oubbay à leur tête. Cet homme projetait de se déclarer Roi de Médine avant l’arrivée du Prophète. Les espoirs d’Abdoullah s’envolèrent pour toujours. Il n’avait maintenant aucune chance de réaliser son rêve, ce qui le rendit, ainsi que ses valets, amères envers l’Islam.

Mais il était impossible de défier l’Islam ouvertement. Abdoullah Ibn Oubbay et ses partisans agirent alors par dissimulation. Ils professaient extérieurement être musulmans, mais ils s’occupaient secrètement à détruire le pouvoir de l’Islam. Pour cela, ils se servaient de différentes armes. Dans la bataille d’Uhud et du fossé, ils désertèrent les musulmans. Mais l’Islam résista avec succès. Les hypocrites décidèrent alors d’utiliser des armes plus subtiles.

La Fausse Accusation

L’événement se produisit en l’an VI de l’hégire. `Aïsha était maintenant une jeune femme de quatorze ans. Le Prophète  se prépara à aller en expédition militaire. Selon son habitude, il tira au sort l’épouse qui devait l’accompagner. Ce fut `Aïsha qui fut choisie et partit avec lui, heureuse et tranquille.

A son retour victorieux de cette expédition, le Prophète  retourna à Médine à la tête de son armée qui entonnait des chants célébrant leur triomphe sur l’ennemi. A quelque distance de la ville, le convoi fit une halte et passa une partie de la nuit en ce lieu. Le lendemain, le signal du départ fut donné, sans que personne ne sache que `Aïsha était descendue de son chameau pour aller s’acquitter de besoins naturels.

La caravane arriva à Médine au lever du jour. Le chameau de `Aïsha fut conduit jusqu’au seuil de la maison de cette dernière. Ce fut à ce moment que les gens s’aperçurent avec stupéfaction que la Mère des croyants ne se trouvait pas dans son palefrenier. Le Prophète  et ses Compagnons restèrent perplexes, inquiets et tourmentés par cette incompréhensible disparition. Certains prirent la décision de revenir sur leur chemin et suivirent l’itinéraire inverse dans l’espoir de la retrouver.

Voilà qu’au loin, `Aïsha apparut, montée sur le chameau d’un homme connu sous le nom de Safwan Ibn al-Mu’attal as-Salmi. C’était l’époque où l’ordre, donné aux mères des croyantes de se voiler le visage et de ne pas se montrer aux gens, n’avait pas encore été révélé. Le Prophète  fut apaisé et écouta attentivement le récit de sa femme, lui expliquant les causes de sa mésaventure :

J’ai quitté mon palefrenier pour m’acquitter d’un besoin naturel, avant que tu ne donnes au convoi le signal du départ. J’avais un collier autour de mon cou. Quand j’ai terminé mes besoins, le collier s’était détaché de mon cou, puis il était tombé je ne sais pas où. Je m’en étais aperçu qu’en revenant à l’endroit où nous avons fait halte. Aussi, ai-je fait demi-tour pour rechercher mon bijou. Quand je l’ai retrouvée, je suis revenu au lieu du campement mais vous étiez déjà partis. Je suis tellement légère que ceux qui placèrent mon palefrenier sur le chameau, pensaient que je m’y trouvais.

Je n’ai pas trouvé mieux que de demeurer sur place. Je me suis emmitouflée dans mon jilbab et me suis allongée sur le sol, attendant l’éventualité d’un secours. Au bout d’un moment, Safwan Ibn al-Mu’attal as-Salmi m’aperçut car, lui aussi, resta en arrière du convoi pour des besoins particuliers. Il manifesta son étonnement de me trouver seule à cet endroit. Enfin, il me demanda de monter sur son chameau, prit les rênes de la bête et me conduisit jusqu’ici à toute allure.

Après son récit, `Aïsha s’endormit paisiblement, la conscience tout à fait tranquille. Ce n’était pas le cas de tous dans la ville. Un groupe de Juifs et d’hypocrites, à leur tête Abdoullah Ibn Ubbay, qui éprouvait une haine envers le Prophète exploitèrent l’évènement du collier pour propager des mensonges au sujet de la chasteté de `Aïsha. C’était pour eux l’occasion de déverser leur venin sur l’Envoyé de Dieu et son innocente femme.

Le bruit de la mésaventure de `Aïsha se répandit dans toute la ville. Les mauvaises langues doutaient de l’honnêteté de cette dernière. Elles imaginaient mille et une chose car, dans leur esprit, un homme et une femme, étrangers l’un à l’autre, ne pouvaient entreprendre seuls, sans la présence de témoins, un si long trajet sans qu’il n’y eut quelque chose de malsain entre eux.

Malheureusement, des musulmans et des musulmanes reprirent à leur compte ces mensonges sans demander des preuves qui justifieraient de telles accusations. Il en a été ainsi de Hasan ibn Thabit al-Ansari, poète du Prophète, Mastah Ibn Athathah, proche d’Abu bakr, Hamnatah Bin Jahsh, soeur de Zaynab.

La douleur poignante de `Aïsha

La rumeur ne manqua pas d’arriver jusqu’aux oreilles du Prophète , ainsi que de ceux d’Abu Bakr et de Ruman, père et mère de `Aïsha. Celle-ci ignorait ce que les gens disaient à son sujet. Elle était inquiète en s’apercevant que son mari la boudait sans raison. C’est que personne ne s’aventura à lui expliquer les raisons de cette agitation dans la ville. Pourtant, elle sentait que quelque chose n’allait pas chez son époux. Elle pensa que c’était probablement sa pénible tâche qui le rendait silencieux ou que quelque chose de très lourd qui pesait sur son coeur. Elle n’osait pas lui poser la question pour savoir ce qui le tracassait à ce point.

Cependant, observant son attitude sèche à son égard, elle lui proposa d’aller chez son père et sa mère en attendant que les choses se tassent.

Le Prophète  ne s’opposa pas à la proposition de `Aïsha. Celle-ci demeura dans l’ignorance de ce qui se tramait contre elle. Ce ne fut que quelques jours plus tard, alors qu’elle sortit de nuit pour ses besoins naturels, que Umm Masta’, tante maternelle d’Abu Bakr, lui dit :

– Ô fille d’Abu Bakr ! Ne t’est-il pas parvenue la nouvelle qui circule à ton sujet ?

Ce fut ainsi que `Aïsha prit connaissance des dénigrements dont elle était injustement l’objet. Elle pleura longtemps au point qu’elle sentit son coeur se détacher de sa poitrine. Elle s’en prit à sa mère qui l’avait laissé dans une ignorance absolue :

– Que Dieu te pardonne ! Les gens disent du mal de moi et tu ne me dis rien de ce qui se passe autour de moi !

Umm Ruman la calma en lui affirmant qu’elle était une femme bonne et aimée de son mari. Cet éloge ne calma pas `Aïsha pour autant. Elle passa la nuit éveillée, des sanglots agitant sa frêle poitrine et de grosses larmes coulant sur ses joues roses.

`Aïsha était loin de s’imaginer que le Prophète  allait prendre au sérieux ces racontars. Il n’allait pas, tout de même, prendre en considération de telles insanités et méchancetés déversées sur elle. Elle savait, elle, qu’elle était victime d’un complot, fondé sur des accusations injustes. Ce qu’elle ne savait pas, c’est que son mari défendait son honneur et le sien. En effet, le Prophète prit témoin une assemblée de personnes :

– Ô vous les gens ! Quelle est l’intention de ces hommes qui portent préjudice à ma famille et disent sur elle ce qui n’est pas la vérité ?

La majorité des musulmans partageait les soucis de leur Prophète  et l’épreuve qu’il traversait. Ils étaient en colère contre eux qui colportaient des mensonges et portaient atteinte à l’honneur d’une épouse noble, sage et pure. Ils demandaient vengeance contre ces dénigreurs. Il va de soi que ce qui touchait à la dignité de la famille du Prophète se répercutaient sur eux-mêmes.

Le Prophète  voulait entendre les conseils afin de définir la position à prendre car il était à la fois agité et soucieux. Aussi alla-t-il voir Ali et Usama Ibn Zayd. Celui-ci prit la défense de `Aïsha en affirmant qu’il ne savait sur elle que du bien et que tout ce qui se disait n’était que pur mensonge.

Quant à Ali, il prit une position qui la désavantageait. En effet, il dit au Prophète qu’il n’avait pas à se soucier du cas de `Aïsha car ce n’était pas les femmes qui manquaient. Il avait donc loisir de la remplacer et de choisir celle qui lui conviendrait. Alors le Prophète questionna Barira, la servante de `Aïsha :

Ô Barira, N’as tu jamais rien vu dans la conduite d’Aïsha qui aurait pu éveiller des soupçons ?

– Par celui qui t’a envoyé avec la vérité, je n’ai jamais rien vu de mal dans la conduite de Aïsha pour la blâmer.

Le Prophète  sortit de la maison, triste et accablé par une douleur morale. Il se dirigea vers la maison d’Abu Bakr. `Aïsha s’y trouvait, les yeux gonflés de larmes. Il y avait à ses côtés des visiteuses parmi les femmes des Ansars. Son père et sa mère étaient là également et la regardaient en gardant le silence, ne sachant quoi lui dire.

Pour la première fois depuis l’éclatement du faux scandale, l’Envoyé de Dieu  s’assit aux côtés de `Aïsha et lui adressa la parole.

– Ô `Aïsha ! Tu es au courant de ce disent les gens à ton sujet. Crains Dieu ! Si tu as fait le mal dont les gens parlent, repens-toi à Dieu car Dieu accepte le repentir de ses serviteurs.

`Aïsha n’en croyait pas ses oreilles. Ainsi, le doute habitait la pensée de son mari. Elle se tourna vers son père et sa mère, espérant qu’eux même répondraient à sa place à son époux. Ils déclarèrent :

– Par Dieu ! Nous ne savons pas quoi répondre.

Il ne restait plus à `Aïsha qu’à se défendre elle-même. Ses larmes se remirent à couler, alors elle se tourna vers son mari et lui dit avec insistance :

– Par Dieu ! Je ne me repentirai jamais à Dieu à propos de ces accusations. Je ne peux pas confirmer ce que les gens colportent sur moi. Dieu sait que je suis innocente. Je ne peux pas dire ce qui n’existe pas. Mais si je démens ce qui se dit, vous ne me croirez pas. Je dirais seulement ce que le père de Joseph a dit : « Il ne me reste que la Patiente ! C´est à Allah qu´il faut appeler au secours contre ce que vous racontez! »

`Aïsha déclarée innocente

Le Prophète  n’avait pas encore quitté la pièce qu’il perdit connaissance. Son inconscience était de celle qui précédait la descente de la révélation. Les présents le recouvrirent de son vêtement et placèrent un coussin sous sa tête. Le père et la mère de `Aïsha se tordaient de peur, craignant que la révélation dévoile possible crime commis par leur fille. Quant à celle-ci, elle garda son calme, certaine de son innocence et sachant que Dieu ne serait point injuste envers elle.

Quelques temps après, le Prophète  se réveilla de son inconscience. Il s’assit en essuyant la sieur qui coulait sur son front. Il dit alors, le sourire aux lèvres :

C’est une bonne nouvelle pour toi Ô `Aïsha. Dieu a révélé ton innocence.

Abu Bakr expira fortement comme s’il voulait libérer un poids énorme qui obstruait sa respiration. Quant à Umm Ruman, elle bondit de la place où elle se trouvait, emportée par la joie qui la saisit. Elle fit signe à sa fille de se lever et d’aller vers son époux. `Aïsha répondit spontanément :

Par Dieu ! Je n’irai pas vers lui. Je n’ai qu’à louer Dieu, le Puissant, le Glorieux ! C’est lui qui a fait descendre mon innocence.

Puis, elle se tourna vers son père alors qu’il s’approchait d’elle. Abu Bakr, les larmes aux yeux, embrassa le front de sa fille. Celle-ci lui dit :

Ô père ! M’avais-tu soupçonnée ? Il répliqua : « Quel est le ciel qui m’aurait recouvert et quelle est la terre qui m’aurai supporté si je t’avais accusé de quelque chose que j’ignorais. »

Quant au Prophète , il se remémora la douleur que `Aïsha avait enduré à cause d’une accusation injuste. Il sortit aussitôt de la maison, se dirigea directement à la mosquée et récita les versets révélés au sujet de `Aïsha :

* Ceux qui sont venus avec la calomnies sont un groupe d´entre vous. Ne pensez pas que c´est un mal pour vous, mais plutôt, c´est un bien pour vous. A chacun d´eux ce qu´il s´est acquis comme pêché. Celui d´entre eux qui s´est chargé de la plus grande part aura un énorme châtiment.

* Pourquoi, lorsque vous l´avez entendue [cette calomnie], les croyants et les croyantes n´ont-ils pas, en eux-mêmes, conjecturé favorablement, et n´ont-ils pas dit: « C´est une calomnie évidente? »

* Pourquoi n´ont-ils pas produit [à l´appui de leurs accusations] quatre témoins? S´ils ne produisent pas de témoins, alors ce sont eux, auprès d´Allah, les menteurs.

* N´eussent-été la grâce d´Allah sur vous et Sa miséricorde ici-bas comme dans l´au-delà, un énorme châtiment vous aurait touchés pour cette (calomnie) dans laquelle vous vous êtes lancés,

* quand vous colportiez la nouvelle avec vos langues et disiez de vos bouches ce dont vous n´aviez aucun savoir; et vous le comptiez comme insignifiant alors qu´auprès d´Allah cela est énorme.

* Et pourquoi, lorsque vous l´entendiez, ne disiez-vous pas: « Nous ne devons pas en parler. Gloire à Toi (ô Allah)! C´est une énorme calomnie »?

* Allah vous exhorte à ne plus jamais revenir à une chose pareille si vous êtes croyants.

* Allah vous expose clairement les versets et Allah est Omniscient et Sage.

* Ceux qui aiment que la turpitude se propage parmi les croyants auront un châtiment douloureux, ici-bas comme dans l´au-delà. Allah sait, et vous, vous ne savez pas. (Coran 24.11-19)

Et par ordre de Dieu, les calomniateurs furent fouettés ainsi que le préconise le verset quatre de la sourate citée plus haut : Et ceux qui lancent des accusations contre des femmes chastes sans produire par la suite quatre témoins, fouettez-les de quatre-vingts coups de fouet, et n´acceptez plus jamais leur témoignage. Et ceux-là sont les pervers.

L’ablution sèche – le Tayamoun

Au cours d’un autre voyage, `Aïsha était avec le Prophète. Elle portait encore le même collier. A l’aube, la caravane allait partir quand on remarqua que le collier n’était plus là. `Aïsha informa immédiatement le Prophète  qui donna l’ordre de prolonger l’arrêt. La recherche du collier commença…

L’heure de la prière du matin était très proche mais il n’y avait pas d’eau dans le voisinage pour les ablutions. Les musulmans s’inquiétèrent : « La fille d’Abu Bakr nous a tous mis dans une situation difficile », disaient-ils.

Abu Bakr se sentit gêné par `Aïsha. Il vint à elle mais vit que le Prophète dormait la tête sur ses genoux : « Tu crées constamment des problèmes » protesta Abu Bakr.

Un peu avant l’heure de la prière, le Prophète  se réveilla. On le mit au courant du problème de l’eau. La révélation suivante arriva immédiatement :

Ô les croyants! … Si vous êtes malades ou en voyage, … et que vous ne trouviez pas d´eau, alors recourez à une terre pure (ou sable), et passez-vous-en sur vos visages et sur vos mains. Allah, en vérité est Indulgent et Pardonneur. (Coran 4.43)

La nouvelle transforma aussitôt l’inquiétude des gens en joie. Ils commencèrent maintenant à dire : « Ô famille d’Abu Bakr ! Ce n’est pas votre premier don à l’Islam. »

Abu Bakr qui était bien fâché contre sa fille vint lui dire : « Je n’imaginais pas que tu puisses être la source d’une telle bénédiction pour les musulmans. Grâce à toi, les gens se sont vus accorder une grande facilité. »

Un Mois de Séparation

En l’an 9 de l’Hégire, pratiquement toute l’Arabie était sous le drapeau de l’Islam. De tous les coins du pays, des richesses affluaient dans les caisses du trésor public de Médine. Mais tous ces revenus étaient dépensés pour les besoins de l’Etat. Le Prophète  et sa famille menaient la même vie nécessiteuse et de demi-famine.

Maintenant qu’elles pouvaient se le permettre, les épouses du Prophète souhaitaient qu’il dépense plus pour elles. Elles observaient le niveau de vie des autres femmes de la ville s’améliorer et ne voyaient plus aucune raison à continuer à mener cette vie rude.

Toutes les femmes du Prophète  avec à leur tête `Aïsha, se réunirent pour solliciter un meilleur confort. Quand Umar apprit la chose, il alla chez sa fille Hafsa et lui dit : « Je t’avertis de ne pas presser le Prophète, et de ne plus lui répondre de cette manière. Si tu a besoin de quelque chose, demande moi, je te l’apporterai. N’essaie pas d’imiter `Aïsha, car elle est plus belle et plus aimée par le Prophète que toi. Par Allah ! Le Prophète a de la considération pour moi, ou il divorcera de toi ! »

Umar alla aussi chez les autres femmes et leur donna le même conseil mais elles objectèrent qu’il n’avait pas le droit d’intervenir dans leur affaires privées qui ne regardaient qu’elles et le Prophète. Pendant ces mêmes jours, le Prophète tomba de cheval et eut quelques blessures légères. Se trouvant incapable de faire face à la demande incessante de ses femmes, il alla se réfugier dans une maison reculée, et déclara qu’il resterait là-bas tout seul, pendant un mois.

Les hypocrites saisirent aussitôt cette occasion. Ils propageaient l’information que le Prophète  avait divorcé de ces femmes. La nouvelle causa une agitation dans la ville. Les musulmans se sentirent très bouleversés, la paix familiale du Prophète les touchait directement. Les femmes du Prophète commencèrent alors à pleurer. Elles regrettèrent leurs actes car elles ne s’attendaient pas à ce que leurs gestes allaient prendre une si grande proportion. Elles n’attendaient que la miséricorde de Dieu et le Pardon de son Messager.

Quant à `Aïsha, qui était à la tête de ses revendications féminines, elle sentit sa responsabilité dans cette situation. Il lui semblait que son coeur allait se déchirer en songeant à la peine qu’elle faisait à son époux.

En fait, le Prophète  n’avait pas répudié ses femmes. Ce n’était qu’un avertissement qu’il leur adressait. Mais si elles ne se repentaient pas, Son Seigneur lui ordonnerait de les répudier et de prendre d’autres épouses meilleures que les précédentes.

Aussi, toutes les femmes furent séparées du Prophète  durant un mois, attendant chacune dans leurs chambres respectives le retour de leur époux.

Quand elles entendirent ses pas s’approcher, `Aïsha se prépara à le recevoir car elle savait que c’était chez elle qu’il entrerait en premier. Son coeur battait à forte allure au rythme des pas qui avançaient.

Dès que `Aïsha le vit, elle rassemble toute son énergie pour lui déclarer :

– Ô Apôtre de Dieu ! Tu as juré de te séparer de nous pendant un mois. Or, seulement vingt neuf jours se sont écoulés. Que s’est il passé ?

Le Prophète  se réjouit de constater qu’Aïsha comptait les jours et les nuits de la séparation (ce qu’il faisait également) impatiente de voir le délai écoulé. Il lui dit tout en souriant :

– Ne sais-tu pas que le mois en cours n’a que vingt neuf jours ?

Puis le Prophète  lui dit : Je vais t’entretenir d’une affaire, mais ne te hâte pas de me répondre tant que tu n’auras pas consulté tes parents.

Il récita les paroles d’Allah : Ô Prophète ! Dis à tes épouses : Si c’est la vie présente que vous désirez et sa parure, alors venez ! Je vous donnerez (les moyens) d’en jouir et vous libérerez (par un divorce sans préjudice). Mais si c’est Dieu que vous voulez et Son Messager ainsi que la demeure dernière, Dieu a préparé pour les bienfaisantes parmi vous une énorme récompense.(Coran 33.28)

– A quoi bon, répondis `Aïsha, de consulter mon père et ma mère, puisque c’est Dieu, Son Envoyé et la demeure dernière que je désire?

Puis, les autres épouses du Prophète firent de même. Elles ont toutes accepté calmement la vie de pauvreté en échange du Paradis.

Ainsi, `Aïsha reprit le cours de sa vie normale auprès de son mari qui l’aimait. L’accord entre les deux conjoints était parfait et ce n’était pas les légers et passagers mécontentements qui pouvaient ternir leur relations.

Le Prophète  lui avait dit qu’elle était pour lui comme l’anse la plus solide (al-‘Urwah al-Wuthqa). Il la connaissait si bien qu’il savait, à tout moment, son humeur de l’instand :

Je sais, lui dit il, quand tu es satisfaite de moi et quand tu es en colère.

Elle lui demanda comment pouvait-il connaître ce changement d’humeur. Il dit :

– Si tu es satisfaite, tu me dis : « Que non ! Par le Seigneur de Muhammad ! » Mais si tu es en colère, tu me réponds : « Non, par le Seigneur d’Abraham. » Ce qui était également juste.

La maladie du Prophète

Après ces quelques péripéties, les jours s’écoulaient paisiblement. `Aïsha était témoin des victoires de son époux. Elle l’accueillait chaque fois avec cette joie qui ressemblait à la lumière de l’aube qui déchirait les ténèbres de la nuit.

Hélas ! Le Prophète  n’était qu’un humain et comme tel, il était mortel. Il devait rejoindre son Seigneur après avoir accompli sa mission.

C’était ainsi qu’en revenant du pèlerinage d’adieu, en l’an XI de l’hégire, il allait au cimetière al-Baqi pour saluer les morts et demander pardon pour eux. Le lendemain, au réveil, il passa devant `Aïsha qui se plaignait de maux de tête. Il lui dit, alors qu’il commençait à ressentir les douleurs de la maladie :

C’est moi, ô Aisha qui ait un terrible mal de tête.

Quand il vit que son épouse continuait à se plaindre, il lui dit en plaisantant :

– Que dirais-tu si tu mourais avant moi ! Je te mettrai dans un linceul. Je prierai devant ton corps et je t’enterrerai.

Son sourire fit épanouir le visage de sa femme, d’autant plus que la douleur de sa tête se calma un moment. Mais, ce ne fut qu’un court répit car la souffrance le reprit.

Malgré la gravité de sa maladie, le Prophète  continuait ses tâches quotidiennes. Il conduisit la prière du matin et se rendit chez chaque femme. Voyant la maladie qui s’empirait, les épouses du Prophète lui donnèrent la permission de se reposer chez `Aïsha. Celle ci surveillait son mari jour et nuit, avec la plus grande dévotion et le plus grand soin.

Un matin, il essaya plusieurs fois de se lever pour aller à la mosquée. N’ayant plus de force pour diriger la prière des musulmans, il ordonna d’appeler Abu Bakr pour le remplacer dans cette noble tâche.

`Aïsha répliqua que son père avait le coeur trop tendre et qu’il pleurait facilement pendant la prière. Mais le Prophète insista à ce que aucun autre ne dirige la prière si ce n’est Abu Bakr, qui par cette désignation sera reconnu par la suite, premier calife des musulmans.

Quelques jours avant sa maladie, le Prophète  avait donné quelques pièces d’or à `Aïsha, pour qu’elle la garde. Cette pensée lui vint soudain à l’esprit et il dit :

« `Aïsha, où sont les pièces d’or ? Va et donne-les aux pauvres. Muhammad veut rencontrer son Seigneur avec la plus grande tranquillité d’esprit ! »

`Aïsha obéit immédiatement.

La Mort du Prophète

Au dernier jour de sa vie, le Prophète  était allongé sur son lit, sa tête posée sur les genoux de `Aïsha. Son frère Abder Rahman arriva avec un Siwak à la main. Le Prophète  regarda le Siwak. `Aïsha comprit alors qu’il voulait se brosser les dents. Elle prit le Siwak des mains de son frère, le ramollit avec ses dents et le donna au Prophète. Jamais il ne se lava les dents aussi longtemps et avec autant de soin.

Une fois terminé, il leva le doight et dit « Ô Allah ! Avec le plus grand Compagnon ». Puis son âme rejoingit son Seigneur.

C’est ainsi que le Messager de Dieu  est mort, dans les bras de sa tendre épouse `Aïsha. Il fut enterré au même endroit.

Longtemps avant, `Aïsha avait vu dans un rêve trois lunes tombant dans sa chambre. Elle raconta son rêve à son père. Il lui répondit :

– C’est l’une des lunes de ta chambre. C’est la meilleure des trois !

Islammedia 2011

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