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Archive for septembre 2011

La hijrah, en l’an 622

Pendant que les musulmans fuyaient la Mecque par petits groupes, le Prophète, en compagnie de quelques proches, attendait l’ordre divin qui lui permettrait d’aller rejoindre les autres à Yathrib.  Quand l’ordre descendit enfin, il donna son manteau à Ali et le fit étendre sur son lit de sorte que quiconque aurait l’idée de regarder à l’intérieur croirait le voir, lui.  Les assassins devaient frapper au moment où il sortirait de chez lui, durant la nuit ou tôt le matin.  Il savait qu’ils ne feraient aucun mal à Ali.  Ils entouraient déjà sa maison lorsqu’il en sortit en douce, sans être vu.  Il se rendit chez Abou Bakr et ils allèrent tous deux se réfugier dans une caverne située dans une montagne déserte; ils y restèrent cachés jusqu’à ce que l’agitation et les clameurs s’estompent.  À la tombée de la nuit, le fils, la fille et le berger d’Abou Bakr leur apportaient de la nourriture et les informaient des dernières nouvelles.  Une fois, un groupe de recherche ennemi passa si près de leur cachette qu’ils arrivaient à saisir leurs paroles.  Abou Bakr eut peur et dit : « Ô Messager de Dieu!  Si l’un d’eux vient à regarder vers le bas, il nous verra! »  Mais le Prophète répondit :

« Que penses-tu de deux personnes dont le troisième compagnon est Dieu?  Ne crains rien, car Dieu est avec nous. » (Sahih al-Boukhari)

Lorsque le groupe de recherche s’éloigna, Abou Bakr envoya demander qu’on apporte des chameaux et un guide à la tombée du jour, puis ils entreprirent le voyage jusqu’à Yathrib.

Après avoir voyagé durant plusieurs jours en empruntant des chemins peu fréquentés, ils atteignirent une banlieue de Yathrib appelée Qoubaa.  À cet endroit, comme les gens avaient entendu dire que le Prophète avait quitté la Mecque, ils sortaient chaque matin, grimpaient sur les collines pour guetter au loin sa venue, jusqu’à ce que la chaleur insupportable les force à rentrer.  Le Prophète et ses compagnons de voyage arrivèrent en milieu de journée, après que les gens se soient retirés chez eux.  Un juif qui était à l’extérieur les vit approcher et informa les musulmans que ceux qu’ils attendaient étaient enfin arrivés.  Les musulmans sortirent les accueillir.

Le Prophète resta quelques jours à Qoubaa, où il établit les fondations de la première mosquée de l’histoire de l’islam.  Entre-temps, Ali, qui avait quitté la Mecque à pied trois jours après le Prophète, était lui aussi arrivé.  Le Prophète, ses compagnons de la Mecque et les « alliés » de Qoubaa se rendirent avec lui à Médine, où les gens attendaient leur arrivée avec impatience.

Les habitants de Médine (Yathrib) n’avaient jamais connu un jour plus heureux que celui-là.  Anas, un proche compagnon du Prophète, a raconté :

« J’étais présent le jour où le Prophète arriva à Médine et je n’ai jamais connu un jour meilleur et plus heureux que celui-là.  J’étais présent, également, le jour où il quitta ce monde et je n’ai jamais connu un jour plus sombre que celui-là. »  (Ahmed)

Chaque famille de Médine espérait que le Prophète viendrait s’installer chez elle et certaines personnes tentèrent même de diriger sa chamelle vers leur maison.  Mais il les arrêta et dit :

« Laissez-la, car elle est guidée par Dieu. »

Elle dépassa plusieurs maisons, puis elle s’arrêta et s’agenouilla sur la terre de Banou Najjaar.  Le Prophète n’en descendit pas tout de suite; elle se releva, marcha un peu, puis se retourna et revint au même endroit et s’agenouilla de nouveau.  Alors le Prophète en descendit.  Il était satisfait du choix de sa chamelle, car Banou Najjaar comptait ses oncles maternels parmi ses membres et il souhaitait les honorer en allant chez eux.  Lorsque des membres de la famille commencèrent à sortir de leur maison pour l’inviter à y entrer, un certain Abou Ayyoub s’avança vers sa monture et la guida vers sa maison.  Le Prophète dit :

« Un homme suit sa monture. »  (Sahih al-Boukhari, Sahih Mouslim)

La première tâche qu’il entreprit, à Médine, fut la construction d’une mosquée.  Il envoya chercher les deux garçons qui possédaient la palmeraie qui occupait le terrain qu’il avait choisi pour sa construction et leur en demanda le prix.  Ils répondirent : « Nous t’en faisons cadeau, ô prophète de Dieu! ».  Le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) refusa toutefois leur offre, les paya et construisit une mosquée à cet endroit, participant lui-même aux travaux.  Tout en travaillant, les gens l’entendirent prononcer les paroles suivantes :

« Ô Dieu!  La seule vie est celle de l’au-delà.  Pardonne aux alliés et aux émigrants.  (Sahih al-Boukhari)

La mosquée servait de lieu de prière pour les musulmans.  La prière, qui avait jusque-là été un acte individuel accompli en secret, était maintenant accomplie ouvertement et elle était devenue le symbole de la société musulmane.  L’époque où les musulmans et l’islam étaient opprimés et écrasés était révolue.  Maintenant, le adhan, c’est-à-dire l’appel à la prière, serait prononcé à voix haute et son appel retentirait jusque dans chaque maison afin de rappeler à chaque musulman de respecter ses obligations envers son Créateur.  En plus d’être un lieu de prière, la mosquée était une école où les musulmans apprenaient les divers éléments de leur religion, un lieu de rencontre où les différends de divers groupes étaient résolus et un lieu administratif à partir duquel on gérait les affaires sociales; c’était un véritable symbole de la façon dont l’islam englobe toutes les facettes de la vie quotidienne.  On s’acquittait de toutes ces tâches en ce lieu que l’on avait construit à partir des troncs des palmiers qui y étaient déjà et dont le toit avait été fait à partir des branches de ces mêmes palmiers.

Lorsque la construction de la mosquée fut terminée, il construisit également des maisons de chaque côté de celle-ci pour sa famille, encore une fois à partir des troncs de palmiers.  La mosquée et la maison du Prophète à Médine sont toujours là, de nos jours.

La hijrah était terminée.  C’était le 23 septembre 622 et l’ère islamique (le calendrier musulman) commence à partir de ce jour-là.  C’est également ce jour-là  que Yathrib fut rebaptisée : on lui donna le nom de Madinat-oun-Nabi, c’est-à-dire la Cité du Prophète, communément appelée Médine.

C’est ainsi que se déroula la hijrah, l’émigration de la Mecque à Yathrib.  Les treize années d’humiliation, de persécution, de succès mitigé et d’une mission prophétique difficile à mener faisaient maintenant partie du passé.

C’était le début de dix années de succès à venir, du plus grand succès ayant jamais couronné les efforts d’un homme.  Jusque-là, il n’avait été qu’un prêcheur.  Mais à partir de ce moment, il devint le dirigeant d’un État, d’abord un tout petit État qui, en l’espace de dix ans, allait devenir l’empire d’Arabie.  La hijrah marque une division claire dans l’histoire de la mission du Prophète, division que l’on retrouve également dans le Coran.  Les révélations de Dieu dont lui et ses fidèles avaient besoin, maintenant, n’étaient pas du même genre que celles dont ils avaient eu besoin lorsqu’ils étaient opprimés, à la Mecque.  C’est pourquoi, dans le Coran, les sourates révélées à la Mecque diffèrent de celles révélées à Médine; les premières s’adressent aux individus et à leurs états d’âme, de même qu’au Prophète en tant qu’avertisseur, tandis que les autres s’adressent surtout aux musulmans en tant que communauté sociale et politique et au Prophète en tant qu’exemple à suivre, législateur et réformateur.

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Des hommes venus de Yathrib

Ils étaient venus de Yathrib accomplir le pèlerinage (Hajj).  Yathrib (aujourd’hui connue sous le nom de Médine) était une ville située à plus de 300 kilomètres de la Mecque.  Elle était sise dans une agréable oasis, reconnue de nos jours encore pour l’excellence de ses dattes.  Cette oasis, cependant, avait été la scène de conflits tribaux incessants.  Des juifs se battaient contre d’autres juifs, et des Arabes contre d’autres Arabes; des Arabes s’alliaient parfois à des juifs contre d’autres Arabes qui étaient alliés à d’autres juifs.  Tandis que la Mecque prospérait, Yathrib vivait dans la misère et elle avait grandement besoin d’un leader qui arriverait à unir ses habitants.

À Yathrib, il y avait des tribus juives dont les rabbins, versés dans les écritures, avaient souvent parlé aux païens d’un prophète à venir, parmi les juifs, avec lequel les juifs allaient anéantir les Arabes, tout comme les tribus de ‘Aad et de Thamoud avaient été détruites, par le passé, à cause de leur idolâtrie.

Le prophète Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), à ce stade de sa mission, allait, en secret, visiter différentes tribus des environs de la Mecque afin de les inviter à l’islam.  Une fois, il entendit un groupe d’hommes discuter à Aqaba, un lieu situé à l’extérieur de la Mecque; il demanda la permission de s’asseoir avec eux et ils acceptèrent avec plaisir.  Lorsque ces hommes, qui étaient de la tribu de Khazraj (une tribu de Yathrib), entendirent les paroles de Mohammed, ils reconnurent en lui le prophète que les juifs leur avaient décrit et les six embrassèrent l’islam.  Ils espéraient également que Mohammed, avec sa nouvelle religion, serait l’homme qui allait enfin les réunir avec la tribu de Aws, une tribu de Yathrib avec laquelle ils partageaient des ancêtres communs mais qui s’était éloignée d’eux suite à des années de guerres et d’hostilités.  Ils retournèrent à Yathrib avec la ferme intention d’y prêcher la religion de Mohammed.  Ainsi, il n’y eut bientôt plus une seule maison, à Yathrib, qui n’eût entendu parler de l’islam.  L’année suivante, c’est-à-dire en 621, quand vint le temps du pèlerinage, une délégation vint de Yathrib pour rencontrer le Prophète.

Le premier pacte d’Aqaba

Cette délégation était composée de douze hommes dont cinq faisaient partie du groupe de l’année précédente, et de deux membres de la tribu de Aws.  Ils rencontrèrent à nouveau le Prophète à Aqaba et lui prêtèrent serment d’allégeance, d’abord en leur nom et celui de leur épouse, promettant de ne rien associer à Dieu dans leur adoration, de ne pas voler ni de commettre l’adultère ni de tuer leurs enfants, même dans la pauvreté la plus extrême.  Et ils promirent également d’obéir au Prophète dans tout ce qu’il leur ordonnerait de juste et de bon.  Ce serment est connu comme le premier serment d’Aqaba.  Lorsqu’ils retournèrent à Yathrib, le Prophète envoya avec eux son premier ambassadeur, Mous’ab ibn ‘Omayr, pour enseigner aux nouveaux convertis les rudiments de la religion et prêcher à ceux qui n’avaient pas encore embrassé l’islam.

Mous’ab prêcha le message de l’islam jusqu’à ce que presque toutes les familles de Yathrib comptent au moins un musulman parmi leurs membres.  Et, avant le Hajj de l’année suivante, c’est-à-dire de l’année 622, Mous’ab retourna voir le Prophète et lui annonça le succès de sa mission et lui parla de la bonté et de la force de caractère des gens de Yathrib.

Le deuxième pacte d’Aqaba

En l’an 622, des pèlerins en provenance de Yathrib, dont soixante-treize musulmans et deux musulmanes, vinrent à la Mecque pour faire le Hajj.  Une nuit, alors que tout le monde dormait, les musulmans de Yathrib se rendirent en secret à un endroit convenu d’avance avec le Prophète, près des rochers d’Aqaba, pour lui prêter serment d’allégeance et l’inviter à venir s’installer dans leur ville.  Le Prophète était accompagné de son oncle, qui était toujours païen, mais qui défendait son neveu à cause des liens familiaux qui les unissaient.  Le Prophète s’adressa aux musulmans et les mit en garde contre les dangers inhérents à leur mission et contre le fait de ne pas respecter leur engagement.  Une autre personne, parmi les pèlerins, qui venait pour sa troisième saison de pèlerinage, les avertit des conséquences de leur engagement et qu’ils feraient mieux d’être bien préparés à le respecter.  Dans leur fervente détermination et par amour pour le Prophète, ils jurèrent de le défendre comme s’ils devaient défendre leur propre vie et celles de leurs épouses et enfants.  C’est à ce moment que la hijrah, c’est-à-dire l’émigration à Yathrib, fut décidée.

Cet événement est connu comme le Serment de guerre, car il impliquait la protection du Prophète, si nécessaire par les armes.  Et, peu de temps après l’émigration à Yathrib, les versets coraniques permettant d’entrer en guerre pour défendre la religion furent révélés.  Ces versets revêtent une importance particulière dans l’histoire de l’islam :

« Dieu autorise les gens à se défendre s’ils sont agressés.  Et Il est bien capable de donner la victoire à ceux qui ont été injustement chassés de leur maison uniquement pour avoir dit : « Notre Seigneur est Dieu. »  Si Dieu ne repoussait pas certains peuples par d’autres, les monastères, les églises, les synagogues et les mosquées où le nom de Dieu est souvent prononcé auraient assurément été démolis. » (Coran 22:39-40)

Cela constituait un tournant pour le prophète Mohammed, pour les musulmans et pour le monde entier.  Le destin du Prophète se réalisait, et un des aspects de sa mission prophétique consistait, pour lui, à présenter aux opprimés et aux victimes de persécution les différentes alternatives qui s’offraient à eux : d’un côté, la patience et l’indulgence; de l’autre, ce que les chrétiens appellent une « juste guerre ».  Le Coran dit :

« Et si Dieu ne freinait pas certains peuples par d’autres, la terre serait certainement corrompue. » (Coran 2:251)

Durant presque treize ans, le Prophète et ses fidèles avaient enduré insultes, menaces et persécutions sans jamais lever le petit doigt pour se défendre.  Ils avaient prouvé que cela était humainement possible.  Mais les circonstances avaient changé, maintenant, et demandaient une réponse différente si l’islam devait survivre, dans le monde, jusqu’à la fin des temps.  Il y a des moments pour la paix, mais il y a aussi des moments pour la guerre.  Et les musulmans n’oublient jamais que toute personne qui vient en ce monde y vient pour lutter d’une façon ou d’une autre, à des degrés différents, sinon physiquement, du moins spirituellement.  Ceux qui ignorent sciemment ce fait finissent toujours, tôt ou tard, par être asservis.

Complot pour tuer le Prophète

Par petits groupes, les musulmans sortirent discrètement de la Mecque et entreprirent le voyage jusqu’à Yathrib.  La hijrah (ou émigration) était commencée.

Pour Qouraysh, les limites de ce qu’ils pouvaient endurer avaient été dépassées.  Vivre entourés d’ennemis dans la cité était déjà difficile à gérer, mais maintenant, ces ennemis étaient en train d’établir un centre rival au nord.  La mort d’Abou Talib, l’oncle du Prophète, avait privé ce dernier de son principal protecteur parmi les hommes.  Retenus jusqu’alors par des considérations et des principes hérités de leurs ancêtres bédouins et par la crainte de causer une pénible querelle sanglante, les notables de la Mecque décidèrent finalement qu’il était préférable, pour eux, de supprimer Mohammed.  Abou Jahl proposa un plan fort simple.  De jeunes hommes, choisis parmi différents clans, lui porteraient chacun un coup mortel, de sorte que son sang se retrouverait sur chacun d’entre eux.  Ainsi, le clan Hashim ne pourrait exiger le prix du sang de tous ces clans à la fois.

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Premiers convertis

Durant les premières années de sa mission, le Prophète prêcha aux membres de sa famille et à ses amis intimes.  La première femme à embrasser l’islam fut son épouse Khadija; le premier enfant fut son cousin Ali, dont il avait la charge; et le premier serviteur fut Zayd, cet ancien esclave auquel il avait rendu sa liberté.  Son ami de longue date, Abou Bakr, fut le premier homme libre à embrasser l’islam.  Plusieurs années plus tard, le Prophète dit, à son sujet : « Tous ceux que j’ai appelés à l’islam ont d’abord hésité, à l’exception d’Abou Bakr. »

Plus tard, il reçut l’ordre divin de commencer à prêcher ouvertement et de dénoncer l’idolâtrie.  Au début, les notables de Qouraysh ignorèrent cet étrange petit groupe, voyant Mohammed comme un cas désespéré d’auto-illusion.  Mais après un temps, ils vinrent à réaliser que ce qu’il prêchait, et qui attirait de plus en plus de fidèles parmi les pauvres et les indigents (ce qui était vu comme subversif), représentait une menace à leur religion et à la prospérité de la Mecque.  Une guerre ouverte, cependant, n’aurait pas servi leurs intérêts.  Leur pouvoir dépendait de leur unité et l’exemple de Yathrib – qui était déchirée par des conflits tribaux – étant un sévère avertissement de ce qui risquait d’arriver dans leur propre cité, ils choisirent d’attendre le bon moment.  De plus, le clan Hashim, indépendamment de ce qu’il pensait réellement de son mouton noir, était tenu, par la coutume, de le défendre s’il était attaqué.

Pour un temps, ils se contentèrent de se moquer d’eux ouvertement, ce qui est probablement l’arme la plus efficace de l’homme lorsqu’il cherche à rejeter la vérité, la moquerie ne comportant pas le même degré d’implication que les actes de violence.  Son oncle Abou Talib le pria de laisser tomber son prêche afin de ne pas compromettre sa sécurité et celle de son clan.  Mais Mohammed lui dit : « Ô mon oncle, je jure par Dieu que même s’ils déposaient le soleil dans ma main droite et la lune dans main gauche pour me faire renoncer à cette affaire, je n’y renoncerais jamais, jusqu’à ce que Dieu la fasse triompher ou que j’y perde la vie. »  Abou Talib répondit, en soupirant : « Ô fils de mon frère, je ne t’abandonnerai pas. »

Mais la tension, dans la cité, augmenta petit à petit, mois après mois, au fur et à mesure que son influence spirituelle se répandait, ébranlant l’hégémonie des notables de Qouraysh et créant la division au sein de leurs familles.  Cette influence menaça encore plus l’ordre établi lorsqu’à travers des révélations successives, Dieu se mit à dénoncer l’insensibilité de la classe riche mecquoise, de même que sa cupidité et son avarice.  L’opposition, à ce moment-là, était menée par un certain Abou Jahl, avec Abou Lahab et le beau-frère de celui-ci, un jeune homme plus fin et plus doué que les deux autres, Abou Soufyan.  Revenant un jour de la chasse, Hamza, un autre oncle de Mohammed qui était jusqu’alors demeuré neutre, fut si irrité lorsqu’on le mis au courant des insultes proférées à l’endroit de son neveu qu’il alla trouver Abou Jahl, lui frappa la tête avec son arc et annonça sur-le-champ sa conversion à l’islam.

Les persécutions commencent

Vers la fin de la troisième année, le Prophète reçut l’ordre de se lever et de mettre les gens en garde.  Il commença donc à prêcher en public, dénonçant la folie insensée de l’idolâtrie face aux merveilleuses lois du jour et de la nuit, de la vie et de la mort, de la croissance et de la décrépitude, signes du pouvoir de Dieu attestant de Son unicité.  C’est à ce moment-là, lorsqu’il commença à parler contre leurs idoles, que les membres de Qouraysh s’opposèrent activement à lui par des moqueries et des insultes, puis par la persécution de ses disciples les plus pauvres.  La seule raison pour laquelle ils ne cherchèrent pas à le tuer était la crainte de la vengeance du clan auquel appartenait sa famille.  Mais fort de l’inspiration divine, le Prophète continua de mettre les gens en garde et à les implorer, tandis que Qouraysh faisait tout en son pouvoir pour ridiculiser ses enseignements et démoraliser ses fidèles.

La fuite vers l’Abyssinie

Durant les quatre premières années, les convertis provenaient surtout de milieux pauvres et ils étaient, pour la plupart, incapables de se défendre contre l’oppression qu’ils subissaient.  Les persécutions qu’ils enduraient étaient si cruelles que le Prophète conseilla à tous ceux qui le pouvaient d’émigrer, du moins temporairement, en Abyssinie (l’Éthiopie d’aujourd’hui), où ils seraient bien reçus par le chrétien Négus, « un roi juste et probe ».  Près de quatre-vingts convertis quittèrent le pays, en l’an 614.

Cette alliance avec une puissance étrangère irrita encore plus les Mecquois; ils envoyèrent des émissaires demander à Négus l’extradition des musulmans.  Un important débat eut lieu à la Cour et les musulmans l’emportèrent en démontrant, tout d’abord, qu’ils adoraient le même Dieu que les chrétiens, puis en récitant quelques versets du Coran relatifs à la vierge Marie, ce qui fit fondre Négus en larmes.  Il dit : « En vérité, cela provient de la même source que ce que Jésus a apporté. »

Mais en dépit des persécutions et de l’exil forcé, le nombre de musulmans augmenta encore, ce qui inquiéta Qouraysh au plus haut point.  L’adoration des idoles, à la Ka’aba, dont ils étaient gardiens, était leur première préoccupation.  Lors du pèlerinage, ils postèrent des hommes sur tous les chemins pour mettre en garde les tribus contre le fou qui prêchait parmi eux.  Ils tentèrent ensuite d’amener le Prophète à accepter un compromis : ils embrasseraient sa religion à condition qu’il la modifie de telle sorte à y inclure leurs divinités pour intercéder auprès de Dieu.  En retour, ils lui offraient de faire de lui leur roi s’il renonçait à dénoncer l’idolâtrie.  Mais ils se virent opposer un refus catégorique de la part du Prophète.

La conversion d’Omar

Puis, il y eut un ajout de poids, dans les rangs des musulmans : Omar ibn al-Khattab, un des jeunes hommes les plus en vue dans la cité, se convertit à l’islam.  D’abord très irrité par la popularité croissante de cette nouvelle religion – si contraire à tout ce qu’on lui avait enseigné depuis son enfance – il avait juré de tuer Mohammed, sans égard aux conséquences qui pouvaient s’ensuivre.  Mais quelqu’un lui fit remarquer qu’avant de poser un tel geste, il avait intérêt à  s’occuper de sa propre famille, puisque sa sœur et le mari de cette dernière s’étaient convertis depuis peu.  Faisant irruption dans leur maison, il les trouva en train de lire la sourate Ta-Ha; et quand sa sœur reconnut qu’ils s’étaient bel et bien convertis à l’islam, il la frappa violemment.  Puis, terriblement honteux de son geste, il demanda à voir ce qu’ils lisaient.  Après avoir insisté pour qu’il fasse d’abord ses ablutions, elle lui tendit le texte; et, au fur et à mesure de sa lecture, une soudaine et complète transformation s’opéra en lui.  Le doux pouvoir des paroles de Dieu le transforma à jamais!  Il alla directement voir Mohammed et embrassa l’islam.

Un homme comme Omar était trop important, dans la hiérarchie sociale, pour qu’on s’en prenne à lui, ce qui n’était pas le cas de la majorité des nouveaux convertis, qui étaient soit pauvres soit esclaves.  Les pauvres étaient capturés et battus, tandis que les esclaves étaient torturés par leurs maîtres, qui cherchaient à les faire renoncer à leur nouvelle religion.  Malheureusement, Mohammed avait peu de pouvoir pour leur venir en aide.

Un esclave noir, Bilal, fut ligoté, nu, sous le soleil brûlant, et ses tortionnaires déposèrent sur son torse une énorme pierre.  Ils le pressèrent de renoncer à l’islam s’il voulait que cessent les tortures.  Mais son unique réponse fut « Ahad!  Ahad! (Dieu est unique! Dieu est unique!).   Alors qu’il était dans cet état, près de mourir, Abou Bakr l’aperçut et le racheta à ses maîtres pour une somme exorbitante.  Il fut soigné chez Mohammed et devint l’un de ses plus proches et plus chers compagnons.  Quand, beaucoup plus tard, on chercha un moyen d’appeler les gens à la prière, Bilal devint le premier mouezzine de l’islam (c’est-à-dire le premier à monter dans un minaret et à appeler, à haute voix, les musulmans à la prière).  On parlait de lui comme d’un homme Noir, grand et mince, doté d’une puissante voix, un visage de corbeau sous des cheveux gris, d’un homme chez qui le soleil, durant son supplice, avait tout brûlé à l’exception de son amour pour Dieu et pour Son messager.

Destruction du document

Frustrée de toutes parts, l’oligarchie mecquoise, sous le leadership d’Abou Jahl, rédigea un document officiel imposant un boycottage contre le clan Hashim tout entier.  Aucune transaction commerciale avec eux ne serait permise jusqu’à ce qu’ils bannissent Mohammed et nul n’aurait le droit d’épouser une de leurs femmes ni de donner leur fille à l’un de leurs hommes.  Pendant trois ans, le Prophète et les siens furent forcés de demeurer dans leur forteresse, située dans une des gorges montagneuses descendant vers la Mecque.

Avec le temps, certaines bonnes âmes de Qouraysh se lassèrent de boycotter des gens qui, après tout, étaient de vieux amis et voisins.  Ils s’arrangèrent pour obtenir une révision du document, qui avait été placardé à l’intérieur de la Ka’aba.  Mais lorsque le document fut apporté à l’extérieur, ils découvrirent qu’il avait été presque entièrement détruit par des fourmis blanches, à l’exception des mots « Bismika Allahouma » (en Ton nom, ô Dieu).  Quand les notables virent cela, ils annulèrent l’interdiction et le Prophète fut à nouveau libre de circuler dans la cité.  Entre-temps, cependant, l’opposition à son message s’était répandue et avait pris de l’ampleur.  Il n’eut que peu de succès auprès des Mecquois et lorsqu’il tenta, à nouveau, d’aller prêcher dans la ville de Taïf, il essuya un échec.  Sa mission se déroulait donc difficilement quand, au moment du pèlerinage, il rencontra un petit groupe d’hommes qui l’écouta avec attention.

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C’est durant cette période de sa vie que Mohammed commença à faire des rêves agréables, qu’il voyait ensuite se réaliser. Il ressentait aussi un besoin grandissant de solitude et c’est pourquoi il prit l’habitude de se retirer dans les montagnes rocheuses entourant la Mecque pour aller y méditer. Il se retirait plusieurs jours à la fois, emportant avec lui des provisions. Sous la lumière aveuglante du jour et au cours des nuits claires du désert, quand le scintillement des étoiles est si vif qu’il pénètre l’œil, entouré des « signes » de Dieu, sa retraite le préparait, sans qu’il ne le sache encore, à recevoir une importante révélation et à se voir confier une mission colossale : devenir prophète et transmettre à son peuple et à l’humanité tout entière la vérité provenant de Dieu.

Il reçut la première révélation au cours d’une des dernières nuits du mois de ramadan, connue comme la « nuit du destin » (laylat-oul-qadr) chez les musulmans.

La grotte de Hira (vue aérienne). Le prophète Mohammed y méditait souvent. C’est là qu’il reçut les premières révélations du Coran.

Il était seul dans la grotte du Mont Hira quand il fut soudain interpellé par l’ange de la révélation, Gabriel, le même qui était allé voir Marie, la mère de Jésus. L’ange l’étreignit et lui ordonna : « Iqra! » (Lis!). Il dit: « Je ne sais pas lire! ». L’ange répéta deux fois son ordre et obtint chaque fois la même réponse de la part de Mohammed. Alors il agrippa solidement ce dernier puis, relâchant un peu son étreinte, il lui révéla :

« Lis : au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l’homme (à partir) d’un caillot (de sang). Lis! Ton Seigneur est le Très Généreux, qui a enseigné par la plume, a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas. » (Coran 96:1-5)

C’est ainsi que débuta l’extraordinaire histoire de l’ultime révélation de Dieu à l’humanité, révélation qui demeure en vigueur jusqu’à la fin des temps. La rencontre d’un Arabe, il y a quatorze siècles, avec un être sorti tout droit du domaine de l’invisible fut un événement d’une importance si capitale qu’il allait bouleverser des peuples entiers à travers le monde, affecter la vie de centaines de millions d’hommes et de femmes, amener la construction de grandes cités et l’éclosion de grandes civilisations, provoquer la défaite de puissantes armées et faire renaître de leurs cendres des splendeurs insoupçonnées. Cet événement allait également amener des foules aux portes du Paradis. Le mot iqra, se répercutant dans les vallées du Hijaz, brisa le moule dans lequel était coulé le monde; et cet homme, seul parmi les rochers, prit sur ses épaules un fardeau tel qu’il aurait fait s’écrouler les montagnes s’il était descendu sur elles.

Le prophète Mohammed avait quarante ans et avait donc atteint un âge mûr. Cette rencontre extraordinaire provoqua une peur intense chez lui. Terrifié, l’homme qui dévala la montagne à toutes jambes pour aller se réfugier dans les bras de sa femme Khadija n’était plus le même que celui qui l’avait gravie pour aller méditer dans une grotte.

Alors qu’il dévalait la montagne comme s’il était poursuivi, il entendit une puissante voix crier : « Mohammed! Tu es le messager de Dieu et je suis Gabriel! ». Il dirigea son regard vers le ciel et vit Gabriel, énorme, qui occupait tout l’horizon. Dans toutes les directions, il ne voyait que lui. Il courut jusque chez lui, entra en trombe et dit, haletant, à sa femme : « Couvre-moi! Couvre-moi! ». Elle le fit s’allonger et le couvrit d’un manteau. Puis, dès qu’il eut recouvré ses esprits, il lui raconta ce qu’il venait de vivre. Il avait peur, il craignait pour sa vie. Mais elle le rassura :

« Jamais Dieu ne te déshonorera. Tu entretiens de bonnes relations avec ta famille, tu aides les pauvres, tu sers tes invités généreusement et tu portes secours aux victimes de calamités. » (Sahih al-Boukhari)

Elle voyait en son mari un homme que jamais Dieu n’humilierait car il était juste, honnête et altruiste. La toute première personne à croire en lui fut donc sa propre épouse, Khadija. Elle alla voir son oncle, Waraqa, un savant versé dans la Bible. Après l’avoir écoutée raconter l’expérience de son mari, il reconnut en lui l’homme que la Bible décrivait comme le prophète attendu, et il confirma que ce qui lui était apparu dans la grotte était bel et bien l’ange Gabriel, l’ange de la révélation :

« Il s’agit du Gardien des secrets (Gabriel), apparu à Moïse. » (Sahih al-Boukhari)

Le Prophète continua de recevoir des révélations jusqu’à sa mort, révélations que ses compagnons mémorisèrent et mirent par écrit sur des peaux de mouton et autres supports.

Le Coran ou « récitation »
Les paroles transmises à Mohammed par Gabriel sont considérées comme sacrées par les musulmans et ne sont jamais confondues avec celles qu’il a lui-même émises. Les premières forment le Livre sacré, le Coran, tandis que les secondes ont été recueillies sous forme de hadiths. Comme Gabriel récitait oralement le Coran au Prophète, ce Livre sacré est connu sous le nom d’Al-Qour’ane, i.e. « la récitation », la récitation de l’homme qui ne savait pas lire.

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La naissance du Prophète

C’est en l’an 570 de l’ère chrétienne que naquit Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) à la Mecque, ville d’Arabie Saoudite.  Son père, Abdoullah, était l’arrière-arrière-petit-fils de Qousayy, le fondateur de la Mecque, et appartenait à la famille hashimite de Qouraysh.  Sa mère, Amina, descendait du frère de Qousayy.  Revenant, avec une caravane, d’un voyage d’affaires en Syrie et en Palestine, Abdoullah s’arrêta en chemin pour rendre visite à des membres de sa famille, dans une oasis située au nord de la Mecque, lorsqu’il tomba malade et mourut plusieurs mois avant la naissance de son fils.

C’était la coutume, à l’époque, d’envoyer les fils de Qouraysh dans le désert, en dehors de la ville, pour les faire allaiter par des nourrices et leur faire passer leur tendre enfance dans une tribu bédouine.  On considérait cela comme propice au développement d’une santé solide, mais aussi comme un retour aux sources et une occasion de profiter de la liberté que procure l’immensité du désert.  Mohammed fut confié à Halima et passa quatre ou cinq années avec cette famille bédouine, s’occupant des moutons dès qu’il fut assez grand pour marcher et apprenant à vivre comme les gens du désert.

À l’âge de six ans, peu de temps après être retourné chez sa mère, cette dernière l’emmena avec elle à Yathrib, où son père était décédé.  Elle fut saisie d’une fièvre subite, courante dans les oasis, et mourut durant le voyage de retour.  C’est ainsi que Mohammed fut confié à son grand-père, Abdoul-Mouttalib, chef du clan Hashimite.  Mais lorsque Mohammed avait huit ans, son grand-père mourut à son tour; il fut alors confié au nouveau chef du clan Hashimite, son oncle Abou Talib.  Mohammed gardait les moutons et lorsqu’il eût neuf ans, son oncle l’emmena en Syrie avec lui, au sein d’une caravane, afin de lui apprendre les rudiments du commerce.

À son retour, il continua à travailler comme marchand et se bâtit une excellente réputation.  À l’époque, la Mecque comptait parmi ses gens fortunés une femme nommée Khadija, deux fois veuve.  Impressionnée par les éloges qu’elle entendait au sujet de Mohammed, que les gens surnommaient al-Amine (« le digne de confiance »), elle l’embaucha et l’envoya vendre sa marchandise en Syrie.  Lorsqu’il revint, elle fut encore plus impressionnée par son excellent travail.  Puis, succombant à son charme, elle lui fit transmettre une demande en mariage.  À ce moment-là, Mohammed avait vingt-cinq ans et Khadija, quarante.  Il accepta sa demande et la prit pour épouse.  Khadija offrit à son mari un jeune esclave, Zayd, à qui Mohammed rendit sa liberté.  Et lorsque la famille de Zayd vint voir Mohammed pour tenter de le racheter, Zayd refusa de retourner avec eux, car il s’était pris d’une profonde affection pour son bienfaiteur.  Khadija et Mohammed eurent six enfants, dont un garçon, Qasim, qui mourut avant son deuxième anniversaire.

Mohammed devint un homme respecté dans sa communauté, admiré à la fois pour sa générosité et son discernement.  Son avenir semblait assuré.  Plus tard, ayant rétabli la prospérité de son clan, peut-être serait-il devenu un des aînés les plus influents de la cité et aurait-il terminé sa vie comme son grand-père, assis à l’ombre de la Ka’aba à se remémorer les bons moments de sa vie.  Toutefois, son esprit était agité et inquiet et le devint de plus en plus au fur et à mesure qu’il avançait en âge.

Les Hounafa

Les Mecquois descendaient d’Abraham et d’Ismaël et leur temple, la Ka’aba, avait été construit par Abraham pour qu’y soit adoré Dieu de façon exclusive.  Les gens l’appelaient toujours la Maison de Dieu, mais ils y adoraient, à la place de Dieu, un grand nombre d’idoles qu’ils avaient disposées à l’intérieur, de même que des sculptures représentant des divinités qu’ils croyaient être les filles de Dieu, auxquelles ils demandaient d’intercéder auprès de Dieu en leur faveur.  Un petit nombre de personnes, cependant, dégoûtées par cette idolâtrie qui durait depuis des siècles, désiraient ardemment le retour de la religion d’Abraham.  Ces personnes, qui aspiraient à la vérité, étaient appelées Hounafa, mot qui signifiait « ceux qui se détournent » (de l’idolâtrie).  Ces Hounafa ne formaient pas une communauté mais cherchaient la vérité, chacun de son côté.  Mohammed, fils d’Abdoullah, était l’un d’eux.

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