Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for mai 2011


Une des caractéristiques démontrant qu’une personne a bel et bien reçu une mission prophétique est son honnêteté de tous les instants, qu’elle soit relative aux événements et aux incidents qui se sont produits dans son passé, à ceux qui se réalisent au présent dans sa vie quotidienne ou à ceux qui ne se sont pas encore réalisés.  Outre le Coran, il y a plusieurs déclarations (hadiths) du prophète Mohammed qui renferment des prophéties qu’il a faites relativement à des événements futurs, proches et lointains.  Certaines se sont réalisées tandis que d’autres attendent encore de se produire.  Houdhayfah, un compagnon du prophète Mohammed, rapporte :

« Le Prophète Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) a un jour livré un discours, devant nous, où il a mentionné, sans omettre aucun détail, tout ce qui allait arriver jusqu’à l’avènement de l’Heure (du Jugement).  Certains d’entre nous s’en rappellent et d’autres ont oublié.  Après ce discours, je voyais se produire des événements qu’il avait mentionnés mais que j’avais oubliés avant qu’ils ne se réalisent devant moi.  Alors je reconnaissais ces événements comme un homme reconnaît un autre homme qui a été longtemps absent, mais qu’il revoit ensuite et reconnaît immédiatement. » (Sahih al-Boukhari)

 Il y a au moins 160 prophéties connues et confirmées du prophète Mohammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) qui se sont réalisées de son vivant et durant la première génération après lui.[1]  Nous en mentionnons ici quelques-unes :

(1)  Avant la bataille de Badr, la première et la plus décisive des confrontations avec les païens de La Mecque qui eut lieu durant la deuxième année suivant l’émigration à Médine, en 623 DC, le Prophète Mohammad (que la paix et les  bénédictions de Dieu soient sur lui) prédit l’endroit exact où tomberait chaque soldat païen mecquois.  Ceux qui étaient présents durant cette bataille ont vu la prophétie se réaliser sous leurs propres yeux.[2]

(2)  Le prophète Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)  à prophétisé que la bataille des Confédérés (al-Ahzab) serait la dernière tentative d’invasion que la tribu de Qouraysh (les païens de La Mecque) lancerait contre les musulmans.  Cette bataille eut lieu au cours de la cinquième année après la migration, en 626 DC, et fut le dernier conflit militaire entre les deux parties.  Tous les gens de La Mecque embrassèrent l’islam au cours des années suivantes.[3]

(3)  Le prophète Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) a informé sa fille, Fatima, qu’elle serait la première parmi les membres de sa famille à mourir après lui.  Ici, il y a deux prophéties en une : Fatima survivrait à son père; Fatima serait la première de sa famille à mourir après lui.  Les deux prophéties se sont réalisées.[4]

(4)  Le prophète Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) à prophétisé que Jérusalem serait conquise après sa mort.[5]  La prophétie s’est réalisée lorsque, selon The Encyclopedia Britannica « En 638, le Calife musulman Omar I conquis Jérusalem. »[6]

(5)  Le prophète Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) à prophétisé la conquête de la Perse.[7]  Elle fut conquise par Sa’ad ibn Abi Waqqas, le commandant de Omar.  Dans The Encyclopedia Britannica on peut lire:

 « … les raids en territoire sassanide furent rapidement repris par les califes (ou successeurs) de Mohammed à Médine –  Abou Bakr et Omar ibn al-Khattab… Une victoire arabe à Al-Qadisiyyah en 636/637 fut suivie par la mise à sac de Ctésiphon, la capitale d’hiver des sassanides sur le Tigre.  La bataille de Nahavand, en 642, acheva la défaite des sassanides. »[8]

(6)  Le prophète Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) a prophétisé la conquête de l’Égypte.[9]  Dans The Encyclopedia Britannica on peut lire:

« Amr… entrepris l’invasion en 639 avec une petite armée de 4000 hommes (il reçut du renfort par la suite).  Les forces byzantines furent mises en déroute avec une rapidité déconcertante et se retirèrent d’Égypte en 642… Plusieurs explications furent mises de l’avant pour expliquer la rapidité de cette conquête. »[10]

(7)  Le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) prédit la confrontation avec les Turcs.[11]  Le premier conflit eut lieu durant le califat d‘Omar, en l’an 22 de l’Hégire.[12]

(8)  Le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) prédit la première bataille navale à être entreprise par des musulmans et il prédit qu’Oum Haram y participerait et qu’elle serait la première femme à participer à une expédition navale.  Il prédit également le premier assaut sur Constantinople.[13]

La première bataille navale de l’histoire musulmane eut lieu en l’an 28 de l’Hégire sous le gouvernement de Mou’awiya.  Oum Haram y prit part tel que prédit par le prophète Mohammed, et Yazid ibn Mou’awiya mena la première attaque contre Constantinople en l’an 52 AH.[14]

(9)  Durant la bataille des confédérés, en 626 DC,[15]  le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) prédit que Rome, la Perse et le Yémen seraient conquis; il fit cette prédiction alors que le moral des musulmans était au plus bas, tel que décrit par le Coran :

« [Rappelez-vous] quand elles sont venues d’en haut et d’en bas, quand votre vue s’est brouillée et que vos cœurs sont remontés dans vos gorges, vous avez eu, alors, de (mauvaises) pensées sur Dieu.  Les croyants ont été durement éprouvés, et secoués d’un grand choc.  Et [rappelez-vous] quand les hypocrites et ceux qui avaient une maladie au cœur  disaient : « Dieu et Son messager ne nous promettent que des illusions. » (Coran 33:10-12)

(10)     Le prophète Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) a prophétisé que, de son vivant, un imposteur prétendant parler au nom de Dieu serait tué par un homme intègre.[16]  Al-Aswad al-Ansi, un prophète imposteur du Yémen, fut tué par Fayrouz al-Daylami alors que le prophète Mohammed était encore vivant.[17]

Il y a au moins 28 autres prophéties relatives à la fin des temps qui doivent encore se réaliser.

Il est indéniable que ces prophéties, toutes bien documentées, sont des preuves claires que Mohammed était un véritable prophète.  Il n’aurait pu avoir connaissance de ces événements futurs d’aucune autre façon que par une inspiration provenant de Dieu Lui-même.  Ces prophéties ont également servi  de preuves contre ceux qui le traitaient d’imposteur, en démontrant clairement qu’il était un véritable prophète envoyé par Dieu pour sauver l’humanité du feu de l’Enfer.

 


Footnotes:

[1] Elles ont été rassemblées par le Dr Muhammad Wali-ullah al-Nadavi dans son mémoire de maîtrise intitulé ‘Nubuwwat al-Rasul,’ de l’université al-Azhar au Caire, en Égypte.

[2] Sahih Mouslim, Abou Ya’la.

[3] Sahih Al-Boukhari, Bazzar, et Haithami.

[4] ‘Sharh’ Sahih Mouslim,’ par Imam al-Nawawi.

[5] Sahih Al-Boukhari.

[6] “Jerusalem.” Encyclopædia Britannica de l’Encyclopædia Britannica Premium Service. (http://www.britannica.com/eb/article-61909)

[7] Sahih Mouslim.

[8] “Iran.” Encyclopædia Britannica de l’Encyclopædia Britannica Premium Service. (http://www.britannica.com/eb/article-32160)

[9] Sahih Mouslim.

[10] “Egypt.” Encyclopædia Britannica de l’Encyclopædia Britannica Premium Service. (http://www.britannica.com/eb/article-22358)

[11] Sahih Al-Boukhari, Sahih Mouslim.

[12] ‘al-Bidaya wal-Nihaya.’ de Ibn Kathir.

[13] Sahih Al-Boukhari, Sahih Mouslim.

[14] ‘al-Bidaya wal-Nihaya.’ d‘Ibn Kathir.

[15] Sahih Al-Boukhari.

[16] Sahih Al-Boukhari.

[17] Encyclopedia of Islam.

Publicités

Read Full Post »

La division de la lune

Un jour, des Mecquois demandèrent à Mohammed de leur faire voir un miracle afin de leur prouver qu’il était réellement prophète.  Alors Dieu divisa la lune en deux, puis rejoignit les deux moitiés ensemble.  Le Coran rapporte cet événement :

« L’Heure approche et la lune s’est fendue en deux. » (Coran 54:1)

Le prophète Mohammed récitait ces versets du Coran lors des grandes assemblées hebdomadaires du vendredi et lors des deux prières de l’Eid.[1]  Si cet événement ne s’était jamais produit, les musulmans eux-mêmes auraient entretenu des doutes au sujet de leur religion et plusieurs l’auraient même abandonnée!  Les Mecquois auraient dit : « Votre prophète est un menteur; la lune ne s’est jamais fendue en deux, nous n’en avons jamais été témoins! ».  Mais les croyants, à la récitation de ces versets, sentaient leur foi augmenter encore, tandis que la seule explication que donnaient les Mecquois était qu’il s’agissait d’une « illusion passagère ».

« L’Heure approche et la lune s’est fendue en deux.  S’ils voient un prodige, ils s’en détournent et disent : « Ce n’est qu’une illusion passagère. »  Ils rejettent (la vérité) et ne suivent que leurs propres passions. »  (Coran 54:1-3)

La division de la lune en deux est confirmée par ce qu’ont rapporté de très nombreux témoins, témoignages qui nous ont été transmis par une chaîne de narration ininterrompue dont ont fait partie les personnes les plus fiables qui soient, et si nombreuses qu’il est impossible que leur propos aient été inventés (hadith moutawatir).[2]

Un sceptique demandera peut-être : existe-t-il des preuves historiques indépendantes confirmant que la lune a réellement été divisée en deux?  Après tout, des gens de partout à travers le monde ont bien dû voir cet incroyable miracle…

La réponse à cette question se divise en deux volets.

Premièrement, les gens qui ont eu la possibilité de voir ce miracle n’étaient pas si nombreux, car tandis qu’il faisait nuit à la Mecque, dans d’autres parties du monde, c’était le matin, l’après-midi, ou très tard dans la nuit.  Le tableau suivant donne au lecteur une idée des heures correspondantes dans certaines régions du monde :

 

Endroit

Heure

Mecque

9:00 pm

Inde

11:30 pm

Perth (Australie)

2:00 am

Reykjavik (Islande)

6:00 pm

Washington D.C.

2:00 pm

Rio de Janeiro

3:00 pm

Tokyo

3:00 am

Beijing

2:00 am

 

Aussi, il ne va pas nécessairement de soi qu’un nombre important de personnes, dans les pays limitrophes, aient été entrain d’observer la lune à ce moment précis.  Même si quelques personnes, ici et là, l’ont aperçue, il est fort probable que les gens ne les aient pas crues.  De plus, les gens, à cette époque, n’avaient pas le réflexe de préserver par écrit leur propre histoire et les événements particuliers qu’ils vivaient.

Deuxièmement, il existe un étonnant fait historique, indépendant, qui vient corroborer l’événement, fait rapporté par un roi indien de l’époque.

Kerala est un état du sud de l’Inde.  Il s’étend sur 580 kilomètres le long de la côte de Malabar, au sud-ouest de la péninsule indienne.[3]  Le roi Chakrawati Farmas, de Malabar, a rapporté avoir vu la lune se fendre en deux.  L’incident est documenté dans un manuscrit qui est conservé à l’India Office Library, à Londres (numéro de référence Arabic, 2807, 152-173). [4]  Un groupe de marchands musulmans, qui se rendait en Chine en passant par Malabar, s’est entretenu avec le roi et lui a raconté comment Dieu avait soutenu le prophète Mohammed en accomplissant, par son intermédiaire, le miracle de diviser la lune en deux.  Le roi, totalement soufflé, leur raconta l’avoir vu de ses propres yeux.  Il se fit remplacer par son fils et partit pour l’Arabie afin d’y rencontrer le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) en personne.  Là, devant le Prophète, il prononça l’attestation de foi musulmane; puis il apprit les fondements de l’islam et mourut durant son trajet de retour.  On l’enterra dans la ville portuaire de Zafar, au Yémen.

On rapporte que le contingent du roi était mené par un musulman, Malik bin Dinar, et qu’il continua son chemin jusqu’à Kodungallure, la capitale des Chera, où il construisit la première mosquée de l’Inde, vers l’an 629 de notre ère, laquelle mosquée existe toujours aujourd’hui.

Photo de la Cheraman Juma Masjid, la plus vieille mosquée de l’Inde datant de l’an 629 de notre ère.  Cette photo a été prise avant que la mosquée ne soit entièrement rénovée, et est une courtoisie de http://www.islamicvoice.com

 La nouvelle de la conversion du roi parvint jusqu’à Kerala, où de nombreuses personnes l’imitèrent.  Les gens de Lakshadwip et de Moplas, dans le Kerala, sont des musulmans dont les ancêtres se sont convertis à cette époque. 

 

La Cheraman Juma Masjid, qui porte le nom du premier converti indien, Cheraman perumal Chakrawati Farmas, après sa rénovation.  La photo est une courtoisie de http://www.indianholiday.com

 Le témoignage du roi indien au sujet de la division de la lune et sa rencontre avec le Prophète Mohammed sont également rapportés dans des sources musulmanes.  Le fameux historien musulman ibn Kathir mentionne que la division de la lune a été rapportée dans certaines parties de l’Inde.  Aussi, des livres de ahadith ont rapporté l’arrivée du roi indien et sa rencontre avec le Prophète.  Un des compagnons du Prophète, Abou Sa’id al-Khoudri, a déclaré :

« Le roi indien a offert au Prophète un bocal de gingembre.  Les compagnons l’ont mangé morceau par morceau.  J’en ai pris un morceau également. »[5]

Le roi embrassa l’islam et fut dès lors l’un des leurs.  Son nom fait d’ailleurs partie de la longue liste des compagnons du Prophète.[6]

Voyage nocturne et ascension

Quelques mois avant l’émigration de la Mecque à Médine, Dieu fit voyager Mohammed, en une seule nuit, de la Grande Mosquée de la Mecque à la Mosquée al-Aqsa, à Jérusalem, un voyage qui durait normalement un mois, à l’époque, pour une caravane qui devait parcourir 1230 kilomètres.  De Jérusalem, Dieu lui fit faire une ascension aux cieux, dépassant les limites de l’univers physique jusqu’à se trouver en présence de Dieu lui-même et à voir les Grands Signes (al-ayat oul-Koubra).  Le caractère réel de cet incroyable voyage peut être prouvé par deux choses.  D’abord, le Prophète a été en mesure de décrire les caravanes qu’il avait dépassées en revenant chez lui, de préciser où elles se trouvaient exactement et de prédire de façon approximative le moment où elles rentreraient à la Mecque.  Chacune arriva au moment où il l’avait prédit et chacun pu confirmer que les détails et la description qu’il en avait donnés étaient véridiques.[7]

Deuxièmement, on savait qu’il n’était jamais allé à Jérusalem et pourtant, il a parfaitement décrit la Mosquée al-Aqsa comme une personne qui y est bel et bien allée. 

Ce voyage nocturne est décrit dans le Coran :

« Gloire à Celui qui, de nuit, fit voyager Son serviteur du Lieu Sacré d’adoration au Lieu d’adoration le plus lointain dont Nous avons béni les abords, afin de lui montrer certains de Nos signes.  Certes, c’est Lui qui entend et qui voit clairement. » (Coran 17:1)

« Allez-vous lui contester ce qu’il a vu (de ses propres yeux)?  Il l’avait (déjà) vu, une autre fois, près du lotus au-delà duquel nul n’a accès, près du Jardin du Séjour, au moment où le lotus était enveloppé par ce qui l’enveloppait.  Son regard ne dévia pas, sans non plus dépasser les limites.  Il a bel et bien vu les plus grands signes de son Seigneur. » (Coran 53:12-18)

L’événement est également confirmé par les ahadith transmis par une chaîne de narration ininterrompue composée d’érudits extrêmement fiables (hadith moutawatir).[8] 

L’entrée de la Mosquée al-Aqsa, à partir de laquelle Mohammed a entamé son extraordinaire ascension.  La photo est une courtoisie de Thekra A. Sabri.

 

Footnotes:

[1] Sahih Mouslim

[2] Voir ‘Nadhm al-Moutanathira min al-Hadith al-Moutawatir,’ par al-Kattani p. 215.

[3] “Kerala.” Encyclopædia Britannica from Encyclopædia Britannica Premium Service.  (http://www.britannica.com/eb/article-9111226)

[4] Dans l’ouvrage intitulé « Muhammad Rasulullah », de Muhammad Hamidullah, il est écrit : « Il existe une vieille tradition, à Malabar, voulant qu’un de leurs anciens rois, Chakrawati Farmas, ait vu la division de la lune, ce grand miracle du Prophète à la Mecque.  Apprenant que la venue du Messager de Dieu, en Arabie, avait été prédite, il se fit remplacer par son fils et partit à la rencontre de ce Messager.  Il se convertit à l’islam devant le Prophète et, alors qu’il retournait chez lui sur les conseils de ce dernier, il mourut dans la ville portuaire de Zafar, au Yémen, où il fut enterré. »

[5] Rapporté par Hakim dans ‘Moustadrik’ vol 4, p. 150.  Hakim commente : « Je n’ai mémorisé aucune autre narration affirmant que le Prophète a mangé du gingembre. »

[6]Al-Isaba’ par Ibn Hajr, vol 3.  p. 279 et ‘Lisan ul-Mizan’ par Imam al-Dhahabi, vol. 3 p. 10 sous le nom « Sarbanak », nom par lequel les Arabes le connaissaient.

[7] ‘Muhammad: His Life Based on the Earliest Sources’ par Martin Lings, p. 103.

[8] Quarante-cinq compagnons du Prophète ont transmis des narrations sur son voyage nocturne et son ascension.  Voir les ouvrages : ‘Azhar al-Mutanathira fi al-Ahadith al-Mutawatira’ par al-Suyuti p. 263 et ‘Nadhm al-Mutanathira min al-Hadith al-Mutawatir,’ par al-Kattani p. 207.

Read Full Post »

Le Prophète a accompli plusieurs autres miracles qui sont mentionnés dans la sounnah (recueil de ce que Mohammed a dit, fait ou approuvé, de même que de descriptions qui ont été faites de lui).

Le tronc d’arbre

À Médine, Mohammed avait pour habitude, lorsqu’il prononçait ses sermons, de s’appuyer sur une souche d’arbre.  Lorsque les musulmans devinrent de plus en plus nombreux à venir écouter ses sermons, quelqu’un suggéra qu’on aménage une chaire pour qu’il puisse se faire mieux entendre des gens.  Lorsqu’elle fut construite, il abandonna la souche d’arbre.  Un de ses compagnons, Abdoullah ibn ‘Omar, a témoigné de ce qu’il a vu de ses propres yeux.  Il raconte que tout à coup, les gens ont entendu la souche d’arbre pleurer.  Le Prophète s’est alors dirigé vers elle et l’a consolée en passant sa main dessus.[1]

Cet événement est également confirmé par ce qu’ont rapporté de très nombreux témoins, témoignages qui nous ont été transmis par une chaîne de narration ininterrompue dont ont fait partie les personnes les plus fiables qui soient (hadith moutawatir).[2]

L’eau jaillissant d’entre les doigts du Prophète

À plusieurs occasions, lorsque les gens avaient cruellement besoin d’eau, Mohammed vint à leur secours.  Six ans après son émigration de la Mecque à Médine, il se rendit à la Mecque pour y accomplir le pèlerinage.  Durant le long trajet à travers le désert, les gens se retrouvèrent sans eau et seul le Prophète avait encore en sa possession, dans un petit récipient, un peu d’eau avec laquelle il faisait ses ablutions.  Il mit alors sa main dans le récipient et de l’eau se mit à jaillir d’entre ses doigts.  Jabir ibn Abdoullah, qui fut témoin du miracle, rapporta que les mille cinq cents hommes présents eurent suffisamment d’eau pour boire et faire leurs ablutions.[3]  Ce miracle a été transmis par une chaîne de narration ininterrompue formée des personnes les plus fiables qui soient (hadith moutawatir).[4]

Ce miracle n’est pas sans rappeler celui de Moïse, lorsque ce dernier fit jaillir de l’eau d’une grosse pierre en la frappant de son bâton.

Abondance de nourriture

À plusieurs reprises, le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) a béni la nourriture soit en faisant une invocation au-dessus ou en la touchant, de sorte que toutes les personnes présentes ont pu manger à leur faim.  Cela s’est produit durant des périodes où il y avait pénurie d’eau et de nourriture chez les musulmans.[5]  Ces miracles ont eu lieu devant de nombreuses personnes et il serait donc déraisonnable de les nier.

Guérison des malades

Abdoullah ibn Atik se cassa une jambe et Mohammed la lui guérit en passant sa main dessus.  Abdoullah raconta par la suite que c’était comme si rien ne lui était arrivé.  La personne témoin du miracle était un autre compagnon, Bara’ ibn Azib. (Sahih Boukhari)

Durant l’expédition de Khaybar, Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) guérit ‘Ali ibn Abi Talib, qui souffrait de douleurs aux yeux et ce, devant toute l’armée présente.  Des années plus tard, ‘Ali devint le quatrième calife musulman.[6]

 Exorcisme

Mohammed a également exorcisé un démon qui avait pris possession d’un jeune garçon.  Sa mère l’avait amené voir le Prophète, et ce dernier dit : « Sors de là!  Je suis Mohammed, le Messager de Dieu! ».  La mère lui dit plus tard : « Par Celui qui t’a envoyé avec la vérité, nous n’avons plus rien remarqué d’anormal chez lui par la suite. »[7]

 Prières exaucées

(1)  La mère d’Abou Hourayra, un des proches compagnons de Mohammed, avait pour habitude de toujours parler en mal de l’islam et de son prophète. Un jour, Abou Hourayra vint voir Mohammed en pleurant et lui demanda de prier pour le salut de sa mère.  Mohammed pria pour elle, et lorsqu’Abou Hourayra revint chez lui, il trouva sa mère prête à embrasser l’islam.  Elle prononça l’attestation de foi devant son fils et devint musulmane.[8]

(2)  Jarir ibn Abdoullah fut chargé, par le Prophète, de débarrasser le pays d’une idole que les gens adoraient en dehors de Dieu, mais il s’excusa car, lui dit-il, il ne savait pas monter à cheval.  Le Prophète pria pour lui « Ô Dieu, fait de lui un bon cavalier et fais de lui à la fois un guide et une personne bien guidée. »  Jarir jura que par la suite, il ne tomba plus jamais de cheval.[9]

(3)  Il y eut une période où les musulmans connurent la famine.  Un jour, alors que le Prophète prononçait son sermon du vendredi, un homme se leva et dit : « Ô Messager de Dieu!  Nos richesses ont été détruites et nos enfants meurent de faim.  Prie Dieu pour qu’Il nous aide! ».  Mohammed leva alors ses mains en prière.

Ceux qui étaient dans l’assistance assurent qu’à la seconde où il laissa retomber ses mains, des nuages gros comme des montagnes commencèrent à se former dans le ciel.

Avant même qu’il n’ait eut le temps de descendre de sa chaire, sa barbe ruisselait de pluie.

Et il plut durant toute la semaine, jusqu’au vendredi suivant!

Ce jour-là, le même homme se leva, mais cette fois pour se plaindre : « Ô Messager de Dieu!  Nos maisons sont détruites et nos terres sont inondées.  Prie Dieu afin qu’Il nous aide! »

Mohammed leva ses mains en prière.  « Ô mon Dieu, fait qu’il pleuve dans les environs, mais pas directement sur nous. »

Ceux qui étaient dans l’assistance assurent qu’à la seconde même, les nuages se retirèrent dans la direction qu’avait pointée le Prophète, la ville de Médine se retrouva entourée de nuages, mais aucun ne la surplombait.[10]

(4)  Voici l’histoire de Jabir.  Il atteste qu’une fois, le chameau qu’il montait était exténué, car c’était celui qui était utilisé pour transporter l’eau.  La pauvre bête pouvait à peine avancer.  Mohammed lui demanda : « Que lui arrive-t-il donc, à ton chameau? »  En comprenant à quel point la pauvre bête était exténuée, Mohammed pria pour elle.  Jabir raconte qu’à partir de ce moment, le chameau fut toujours en tête de tous les autres.  Mohammed demanda plus tard à Jabir : « Alors, comment trouves-tu ton chameau? »  Jabir répondit : « Il va bien; ta bénédiction l’a touché! ».  Mohammed lui acheta son chameau pour une pièce d’or, à la condition que Jabir continue de le monter jusqu’au retour en ville.  Jabir raconte qu’une fois à Médine, il amena le chameau à Mohammed, le lendemain matin.  Mohammed lui donna une pièce d’or, et lui dit qu’il pouvait garder son chameau.[11]

Il n’est donc guère étonnant que tous ceux qui ont été témoins de ces grands miracles aient eu la certitude que Mohammed était un véridique.

 


Footnotes:

[1] Sahih Al-Boukhari.

[2] Plus de dix compagnons du Prophète ont rapporté avoir entendu la souche d’arbre pleurer.   Voir: ‘Azhar al-Mutanathira fi al-Ahadith al-Mutawatira’ par al-Suyuti p. 267, ‘Nadhm al-Mutanathira min al-Hadith al-Mutawatir,’ par al-Kattani p. 209 et ‘Shamail’ d’Ibn Kathir p. 239.

[3] Sahih Al-Boukhari.

[4] Plus de dix compagnons du Prophète ont rapporté avoir vu l’eau jaillir de ses doigts.  Voir ‘Nadhm al-Mutanathira min al-Hadith al-Mutawatir,’ par al-Kattani p. 212, ‘al-Shifa’ par Qadhi Iyyad, vol 1, p. 405, et ‘al-’Ilaam’ par al-Qurtubi, p. 352.

[5] Sahih Al-Boukhari.  Voir ‘Nadhm al-Mutanathira min al-Hadith al-Mutawatir,’ par al-Kattani p. 213 and ‘al-Shifa’ par Qadhi Iyyad, vol 1, p. 419.

[6] Sahih Al-Boukhari, Sahih Mouslim

[7] Mousnad of Imam Ahmad, et Sharh’ al-Sunnah

[8] Sahih Mouslim

[9] Sahih Mouslim

[10] Sahih Al-Boukhari, Sahih Mouslim

[11] Sahih Al-Boukhari, Sahih Mouslim

Read Full Post »

En plus de s’être vu accorder le plus grand des miracles (le Coran), le prophète Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) a accompli de nombreux miracles dont ont été témoins des centaines, et parfois des milliers de personnes.  Le récit de ces miracles nous est parvenu par l’intermédiaire d’une méthode de transmission d’une efficacité jamais égalée dans l’histoire.  C’est comme si ces miracles étaient accomplis devant nos yeux.  La fiabilité de la méthode de transmission des actes et des paroles du prophète Mohammed suffit à nous convaincre que Mohammed a véritablement accompli ces miracles, avec l’aide de Dieu, et nous savons que nous pouvons réellement croire ses paroles, lorsqu’il a dit : « Je suis le Messager de Dieu ».

Des milliers de croyants et de sceptiques ont été témoins des miracles accomplis par Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), miracles le plus souvent suivis de la révélation de versets coraniques relatant le phénomène.  C’est ainsi que le Coran a rendu certains miracles éternels en les gravant dans la conscience des croyants.  Lors de la révélation de ces versets, ses détracteurs demeuraient simplement silencieux.  Si ces miracles n’avaient pas été accomplis, ils auraient persisté à traiter Mohammed de menteur.  Mais ces miracles ont affermi les croyants dans leur foi en Mohammed et dans le Coran.  Le fait que les mécréants soient demeurés silencieux à la révélation des versets relatant les miracles démontre que ces miracles ont effectivement eut lieu tels que décrits dans le Coran.

Dans cette section, nous discuterons de certains des miracles accomplis par Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui).

Les miracles proviennent de la puissance divine

Les miracles sont un des facteurs qui viennent renforcer la crédibilité de celui qui se déclare prophète de Dieu.  Ils ne doivent cependant pas être l’unique raison de croire à un prophète, car des phénomènes surnaturels peuvent également être provoqués par la magie ou par des diables.  La preuve de la mission prophétique est déjà évidente dans le message même qui est prêché, car Dieu a donné aux humains la capacité, quoique limitée, de reconnaître la vérité lorsqu’elle leur est présentée, surtout le monothéisme.  Mais afin de donner plus de poids aux affirmations des prophètes, Dieu a accompli des miracles à travers eux, comme Il l’a fait avec Moïse, Jésus et Mohammed, entre autres.  C’est pourquoi Dieu n’a pas fait descendre de miracles à la demande des Mecquois, mais Il a accompli à travers Mohammed les miracles qu’Il souhaitait, au moment où Il le souhaitait :

« Et ils disent : « Nous ne croirons pas en toi jusqu’à ce que tu aies fait jaillir de terre une source, pour nous; ou que tu aies un jardin de dattiers et de vignes entre lesquels tu ferais jaillir des rivières en abondance; ou que tu fasses tomber sur nous, comme tu le prétends, le ciel par morceaux; ou que tu fasses venir Dieu et les anges en face de nous; ou que tu possèdes une maison ornée d’or; ou que tu montes au ciel.  Et même là, nous ne croirons à ton ascension que si tu fais descendre, pour nous, un Livre que nous puissions lire. »  Dis-leur (ô Mohammed) : « Gloire à mon Seigneur!  Je ne suis qu’un simple mortel, envoyé par Dieu à mes semblables. » (Coran 17:90-93)

La réponse fut :

« Rien ne Nous empêche d’envoyer des signes, si ce n’est que les hommes des générations passées les ont traités de mensonges.  Nous avions donné aux Thamoud la chamelle, qui était un signe évident; mais ils lui firent du tort.  Nous n’envoyons de signes qu’à titre d’avertissement. » (Coran 17:59)

Dieu, de par Son Omniscience, savait qu’ils ne croiraient pas de toute façon, et c’est pourquoi Il a refusé de leur faire descendre des miracles :

« Et ils jurent par Dieu de façon solennelle que s’il leur venait un miracle, ils y croiraient.  Dis : « Les miracles ne dépendent que de Dieu. »  Et qu’est-ce qui vous fait penser que quand le miracle arrivera, vous y croirez?  Parce qu’ils n’ont pas cru la première fois, Nous détournerons leur cœur et leurs yeux et Nous les laisserons errer aveuglément dans leur rébellion. »  (Coran 6:109-110)

Read Full Post »

Abul hasan ‘Ali Nadwi

 

LE CONTEXTE

L’islam s’était profondément ancré dans le cœur des musulmans et ils en avaient fait un mode de vie de tous les instants. Allah leur avait fait subir de nombreuses épreuves, qui avaient purifié leur cœur et leurs motivations. De leur côté, les Qouraishites de la Mecque les avaient persécutés, combattus et forcés à s’exiler. En fait, ils s’étaient rendus coupables de tous les péchés d’omission et d’action envers le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et ses fidèles. Mais Allah avait maintenant décidé que Son Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et ses compagnons allaient conquérir la ville sainte et la purifier de la souillure de l’idolâtrie, de la tromperie, du mensonge et de la cruauté. Il avait décidé que sa sainteté serait rendue à la ville sacrée, lui redonnant son statut de centre religieux et de bénédiction pour l’humanité tout entière.

LA DÉRÉLICTION DE BANI BAKR ET DE QOURAISH

Le traité de Houdaybiya avait permis à plusieurs tribus, dont Banou Khouza’a, de conclure une alliance avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), tandis que d’autres, comme Banou Bakr, avaient préféré conclure une alliance similaire avec Qouraish.[1]

Banou Bakr et Banou Khouza’a entretenaient, depuis la période pré-islamique, une haine mutuelle. Comme l’une venait de s’aligner sur les musulmans et l’autre, sur les païens, leur inimitié s’en trouva intensifiée. En fait, elles avaient, chacune de son côté, décidé de s’allier avec les deux parties respectives dans l’unique but de se venger l’une de l’autre. Après l’armistice, Banou Bakr, en compagnie de certains de ses défenseurs, attaqua en pleine nuit Khouza’a, qui avait établi ses quartiers près d’une source. Une bataille générale s’ensuivit, à l’issue de laquelle Banou Khouza’a perdit plusieurs de ses hommes.

Durant cette bataille, Qouraish avait renforcé Banou Bakr de ses armes tandis que ses chefs, profitant de l’obscurité de la nuit, s’étaient battus contre Khouza’a aux côtés de Banou Bakr. Leurs charges combinées poussa les membres de Khouza’a en territoire sacré, où ils entendirent certains Qouraishites se dire, entre eux: «Nous sommes maintenant en territoire sacré. Surveillez vos divinités! Surveillez vos divinités!» Mais les membres de Khouza’a répondirent, imprudemment: «Nous n’avons pas de dieu, aujourd’hui. Prenez votre revanche, ô fils de Bakr, car vous n’aurez peut-être pas l’occasion de tenter le coup une autre fois!».[2]

PLAINTE AU MESSAGER

‘Amr bin Salim al-Khouza’a alla voir le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) à Médine et l’informa de la façon dont les membres de Qouraish avaient violé leurs engagements; il lui demanda également son aide, étant donné l’alliance qui l’unissait à Khouza’a. Il jura que Qouraish avait bel et bien violé le traité de paix en attaquant les alliés des musulmans au moment où ces derniers étaient près de leur puits, et qu’ils étaient allés jusqu’à les tuer pendant qu’ils accomplissaient leur prière. Après l’avoir attentivement écouté, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit: «Vous recevrez le secours demandé, ô ‘Amr bin Salim.».

DERNIÈRE TENTATIVE D’OBTENIR JUSTICE

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) envoya un émissaire à la Mecque afin que lui soit confirmée la situation qu’on lui avait rapportée et dans le but, également, de donner à Qouraish une dernière chance de réparer le tort qu’ils avaient causé. Il leur offrit deux alternatives: qu’ils paient le prix du sang pour chaque victime de Khouza’a ou qu’ils mettent un terme à leur alliance avec les agresseurs appartenant à Bani Nifasa, de Banou Bakr. S’ils refusaient de se plier à l’une ou l’autre de ces exigences, ils devaient s’attendre à en subir les conséquences. Ces conditions furent transmises à Qouraish qui, dans un accès d’arrogance, répliqua: «Oui, nous préférons œil pour œil.» Les musulmans furent donc déliés de leur engagement avec Qouraish et il leur incombait donc, maintenant, d’exiger justice pour le tort causé à leurs alliés.[3]

DES EFFORTS POUR RENOUVELER LE TRAITÉ

Lorsque l’on fit parvenir au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) la réponse de Qouraish, il dit: «Je vois Abou Soufyan venir vous voir pour consolider le traité et pour me demander un délai.» La suite des événements prit forme exactement comme l’avait prédit le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui): Qouraish, réalisant la gravité de la situation, regretta amèrement la réponse imprudente donnée par un étourdi de ses membres. Ses chefs demandèrent à Abou Soufyan d’aller faire ratifier et prolonger le traité.[4]

PRÉSÉANCE DU PROPHÈTE SUR LA FAMILLE

Lorsque Abou Soufyan vint voir le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) à Médine, il voulut d’abord consulter sa fille, Oumm Habibah, une des épouses du Prophète. Une fois chez elle, il voulut s’asseoir sur le lit du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), mais elle le lui interdit. Abou Soufyan en resta perplexe. Il dit à Oumm Habibah: «Ma fille, je ne sais si c’est le lit qui est trop bon pour moi ou si c’est moi qui suis trop bon pour le lit!» Oumm Habibah répondit: «Le fait est qu’il s’agit du lit du Messager d’Allah et que toi, tu es un polythéiste impur. Alors je ne veux pas que tu t’assoies sur le lit du Messager.» «Mon Dieu!», dit Abou Soufyan, «tu as été bien gâtée depuis que tu m’as quitté.».

ABOU SOUFYAN EST DÉCONCERTÉ

Abou Soufyan se rendit ensuite chez le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), mais ce dernier refusa de le recevoir. Alors il s’adressa à Abou Bakr et lui demanda de parler au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) en son nom, mais Abou Bakr refusa. Il tenta alors sa chance avec ‘Omar, ‘Ali et Fatimah, afin qu’ils interviennent en sa faveur, mais chacun s’excusa de ne pouvoir l’aider, affirmant que l’affaire était trop grave pour être réglée par eux. Chez Fatimah, Abou Soufyan perdit patience; pointant du doigt Hassan bin ‘Ali, qui se traînait devant elle, il dit: «Ô fille de Mohammed! Ne laisseras-tu pas cet enfant agir comme conciliateur entre nous afin qu’il soit reconnu pour toujours comme le seigneur de l’Arabie?» «Mon fils est bien trop jeune pour faire la paix entre les hommes», répondit Fatimah. «De plus», ajouta-t-elle, «personne ne peut forcer le Messager à faire la paix contre son gré.» ‘Ali vit à quel point Abou Soufyan était déconcerté et déprimé. Il lui dit, enfin: «Je ne crois pas que rien ni personne ne puisse t’aider en ce moment. Tu es le chef de Banou Kinana; alors lève-toi et essaies d’améliorer la situation en rétablissant l’harmonie. Ensuite, retourne chez toi.» Abou Soufyan sembla convaincu. Il demanda: «Crois-tu vraiment que cela changera les choses?» «Par Allah, je ne crois pas», répondit ‘Ali, «mais il n’y a rien d’autre que tu puisses faire pour l’instant.» Alors Abou Soufyan se rendit à la mosquée du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et déclara, tout haut: «Ô hommes! J’ai décidé de faire la paix avec vous!» Puis il enfourcha son dromadaire et repartit en direction de la Mecque.[5]

Lorsqu’il rapporta toute l’affaire aux membres de Qouraish, ils lui dirent: «Tu nous rapportes des nouvelles qui ne sont favorables ni à nous ni à toi.»

L’AFFAIRE HATIB BIN BALTA’A

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) demanda aux musulmans de commencer à faire des préparatifs en vue d’une expédition prochaine, mais leur ordonna de garder cette affaire secrète. Un peu plus tard, il leur dit de se tenir prêts à partir. Puis il pria Allah en disant: «Ô Allah! Confonds les espions et les informateurs de Qouraish afin que nous les prenions par surprise sur leur propre territoire.»[6]

La société islamique de Médine était composée de gens qui avaient, comme tous les êtres humains, des défauts et des qualités, qui éprouvaient des passions et des émotions et qui nourrissaient des espoirs et des craintes. Ses membres se comportaient de façon vertueuse, mais il leur arrivait également de commettre des erreurs. À l’occasion, ils considéraient qu’ils avaient raison lorsqu’ils faisaient certaines choses nouvelles ou peu conventionnelles. Certaines de leurs opinions personnelles étaient parfois raisonnables et parfois moins raisonnables, mais tel est le cas dans toute société libre et ouverte reposant non sur la contrainte mais sur la confiance mutuelle entre ses membres.

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ne tolérait jamais quelque injustice ou quelque action illégale de la part de ses compagnons, mais si cela se produisait, soit il trouvait des excuses pour justifier leurs actions, soit il décidait de leur pardonner leurs erreurs. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait un grand cœur et pardonnait facilement leurs erreurs aux autres. Il n’oubliait jamais la triste situation dans laquelle se trouvaient ses compagnons ni tous les sacrifices qu’ils avaient faits ni tous leurs services rendus pour la cause de l’islam. Le fait que certaines de ces erreurs ou manquements aient été préservés par les compilateurs de hadiths, les biographes du Prophète et les historiens de l’islam démontre leur intégrité et leur sincérité.

L’un de ces exemples est celui de Hatib bin Abi Balta’a, un Mouhajirine qui avait émigré de la Mecque à Médine et qui avait pris part à la bataille de Badr. On rapporte que lorsque le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) informa ses compagnons de son intention d’attaquer la Mecque, ils se mirent tranquillement à faire leurs préparatifs. Hatib bin Abi Balta’a, lui, écrivit une lettre à Qouraish les mettant en garde contre une attaque imminente et demanda à une femme de la leur remettre, en lui promettant de la payer pour ce service. La femme quitta Médine après avoir mis la lettre sur sa tête et l’avoir recouverte de ses cheveux. Une voix céleste informa le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) de l’action de Hatib. Il envoya immédiatement ‘Ali et Zoubayr à la poursuite de la femme, en leur disant: «Allez jusqu’à la prairie de Khaki,[7]où vous trouverez une femme voyageant à dos de chameau; elle possède une lettre que devez absolument récupérer.»

Ils enfourchèrent tous deux leur cheval et partirent à bride abattue en direction de la prairie dont leur avait parlé le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), et où ils trouvèrent la femme, qui avançait à dos de chameau. Ils lui ordonnèrent de descendre et fouillèrent à fond ses bagages, mais ne trouvèrent rien. Alors ‘Ali lui dit: «Par Allah, le Messager d’Allah n’est pas dans l’erreur, pas plus que nous ne le sommes. Soit tu nous donnes cette lettre, soit nous irons la chercher nous-mêmes.» Sentant qu’ils disaient vrai, elle leur demanda de se retourner. Elle retira la lettre de ses nattes et la leur donna. La lettre fut apportée au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), qui convoqua Hatib bin Balta’a. Ce dernier lui dit: «Ô Messager d’Allah, ne t’emporte pas contre moi. Je jure par Allah que j’ai foi en Lui et en Son Messager, et que je n’ai ni abandonné ni changé ma religion. J’étais un allié de Qouraish mais je n’étais pas des leurs.[8] D’autres émigrants, parmi nous, ont des relations avec des gens de Qouraish, qui prennent soin des membres de leur famille restés à la Mecque. J’ai pensé que comme je n’ai pas cette chance, je pourrais leur apporter mon aide afin qu’ils protègent les membres de ma famille.» ‘Omar demanda la permission au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) de couper la tête de Hatib, le traitant d’hypocrite et de traître envers Allah et Son Messager. Mais le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit: «Il était avec nous à la bataille de Badr. Sais-tu, ‘Omar, peut-être Allah considère-t-Il d’un œil favorable ceux qui étaient présents à Badr.» Et à Hatib, il dit: «Fais ce que tu veux; moi, je t’ai pardonné.» ‘Omar se mit à pleurer et dit: «Allah et Son Messager savent mieux.».[9]

L’AMNISTIE

Abou Soufyan bin al-Harith[10], un des cousins du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), rencontra ce dernier alors qu’il était en route, avec son armée, pour la Mecque. Il tenta de l’aborder, mais le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) se montra très froid à son égard. Par le passé, Abou Soufyan l’avait souvent insulté et persécuté à la Mecque. Chagriné et inconsolable devant l’indifférence du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), il alla voir ‘Ali pour épancher sa peine. Ce dernier lui dit de retourner voir le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et de lui dire ce que les frères de Youssef (le prophète Joseph) lui avaient dit: «Par Allah! Vraiment Allah t’a préféré à nous et nous avons été fautifs.»[11] «Car», continua ‘Ali, «le Prophète n’aime guère que les gens le surpassent en belles et réconfortantes paroles.» Abou Soufyan suivit le conseil de ‘Ali et le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui répondit: «Pas de récrimination contre vous aujourd’hui! Qu’Allah vous pardonne. C’est Lui le plus Miséricordieux des miséricordieux.»[12]Sur ce, Abou Soufyan embrassa l’islam et fut connu, par la suite, pour sa grande piété et pour la force de sa foi. Il conserva toujours, au fond de son cœur, une grande honte pour les mauvaises actions qu’il avait commises dans le passé. Il parlait toujours au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avec les yeux baissés et n’osait jamais le regarder en face.

ABOU SOUFYAN, CHEF DE QOURAISH, DEVANT LE PROPHÈTE

Alors qu’ils faisaient halte, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ordonna qu’on allume des feux de camp. Abou Soufyan, chef de Qouraish, fut frappé d’horreur en les apercevant. Il dit: «Je n’ai jamais vu de tels feux et une telle armée avant aujourd’hui.» Il s’avança furtivement pour explorer en secret le campement et les gens qui s’y trouvaient. ‘Abbas bin Abdoul Mouttalib avait déjà quitté la Mecque avec sa famille pour aller rejoindre le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Il reconnut la voix d’Abou Soufyan et l’appela: «Tu vois, le Messager est ici avec son armée. Quel matin terrible attend Qouraish!» Abbas pensa alors que si n’importe quel musulman apprenait la présence d’Abou Soufyan, il le tuerait certainement. Alors il dit à ce dernier de monter derrière son mulet et le conduisit au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).

Dès que ce dernier aperçut Abou Soufyan, il lui demanda: «Le temps n’est-il pas venu, ô Abou Soufyan, de reconnaître qu’il n’existe qu’un seul dieu?» «Que ma mère et mon père soient ta rançon!», répondit Abou Soufyan, «Comme tu es gentil, délicat et noble! Je crois que s’il y avait eu un autre dieu qu’Allah, il m’aurait été d’un grand secours aujourd’hui.» Le Messager continua: «Malheur à toi, Abou Soufyan. Le temps n’est pas venu de reconnaître que je suis le Messager d’Allah?» Il répondit: «Que ma mère et mon père soient ta rançon! Comme tu es gentil et clément…; mais j’entretiens toujours des doutes à ce sujet.» Abbas intervint: «Malheur à toi, Abou Soufyan! Soumets-toi et atteste qu’il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah et que Mohammed est Son Messager avant de perdre la tête!» Abou Soufyan prononça l’attestation de foi et devint musulman.[13]

AMNISTIE GÉNÉRALE

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), dans sa grande clémence, avait maintenant pardonné à tous leurs fautes. Il s’agissait de l’amnistie la plus importante jamais accordée par un conquérant. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) déclara: «Celui qui entre dans la maison d’Abou Soufyan sera en sécurité, celui qui décide de s’enfermer sera en sécurité et celui qui entre dans la mosquée sacrée sera en sécurité.»[14]

Avant que ses troupes n’entrent à la Mecque, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ordonna à ses hommes de ne lever la main que sur ceux qui tenteraient de leur barrer la route ou qui tenteraient de les attaquer. Il leur ordonna également de ne toucher à aucune propriété appartenant aux Mecquois, qu’elles fussent vivantes ou non, et de ne rien détruire sur leur passage.[15]

ABOU SOUFYAN OBSERVE L’ARMÉE

Avant qu’Abou Soufyan ne retourne à la Mecque, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) voulut lui donner une idée de la force de l’islam. Il demanda à ‘Abbas de le conduire à un endroit d’où il pourrait avoir une vue générale des bataillons.

L’armée en mouvement surgit comme une vague d’océan. Différentes tribus passèrent devant Abou Soufyan, affichant leurs couleurs tribales; au fur et à mesure de leur progression, il demandait à ‘Abbas leurs noms respectifs. Puis il marmonna, d’un air sombre: «Qu’est-ce que j’ai à voir avec eux?» Enfin, le détachement du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) apparut, les hommes revêtus de leur armure de la tête aux pieds, dans les couleurs de vert et de noir. C’était le régiment des Ansars et des Mouhajirines, dont on n’apercevait que les yeux à cause de leur armure.

Abou Soufyan soupira et demanda: «Mon Dieu, ‘Abbas, qui sont ces gens?». Lorsque ‘Abbas lui dit que c’étaient les Ansars et les Mouhajirines accompagnant le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), il dit: «Aucun d’entre eux n’a jamais joui de cette magnificence auparavant. Par Allah, ô Abdoul Fadl, l’empire de ton neveu a pris de fantastiques proportions ce matin!» ‘Abbas répondit: «Abou Soufyan: c’est le miracle de la prophétie.» «Oui», dit Abou Soufyan, «c’est exact.».[16]

Abou Soufyan se dépêcha de rentrer à la Mecque, où il rassembla les nobles de Qouraish et leur annonça: «Ô gens de Qouraish! Voici Mohammed qui arrive avec une armée à laquelle vous ne pourrez résister. Quiconque entrera chez Abou Soufyan sera en sécurité.» «Que Dieu te détruise!» crièrent certains d’entre eux, «comment pourras-tu nous faire entrer tous dans ta maison?» Abou Soufyan continua: «Et ceux qui s’enfermeront chez eux seront en sécurité. Et ceux qui iront à la mosquée sacrée seront en sécurité.» Sur ce, les gens se dispersèrent afin de trouver refuge qui dans leur maison, qui dans la mosquée sacrée.

ENTRÉE TRIOMPHANTE À LA MECQUE

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) entra à la Mecque la tête baissée, sa barbe touchant presque la selle de son chameau, en signe de soumission et de remerciement à Allah; il récitait la sourah al-Fatiha[17], pour annoncer l’honneur et la victoire qui lui étaient accordés.[18]

Ce jour-là, où il entra victorieusement à la Mecque en tant que leader religieux et politique et perçu, par les gens, comme le «cœur» de l’Arabie, il instilla au peuple les principes de justice et d’égalité, de même que l’humilité et la soumission à Allah, sans oublier toutes les autres vertus défendues par l’islam. Il fit asseoir avec lui, sur son chameau, Oussama bin Zayd, le fils de son ex-esclave, devant tous les nobles de Qouraish et de sa propre famille, Bani Hashim, qui étaient présents pour l’occasion.

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) entra à la Mecque un vendredi, 21ejour de Ramadan.

Le jour où la Mecque tomba aux mains du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), un homme, qui tremblait d’étonnement, vint lui parler. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) le rassura en lui disant: «Calme-toi et ne crains rien. Je ne suis pas un roi, mais seulement le fils d’une Qouraishite qui se nourrissait de viande séchée au soleil.»[19]

LE JOUR DE LA CLÉMENCE ET DU PARDON

Sa’ad bin ‘Oubada passa près d’Abou Soufyan avec un détachement de Ansars. Avançant d’un pas décidé, il se mit à crier: «Aujourd’hui est un jour de guerre! Il n’y a pas de sanctuaire, Allah a humilié Qouraish!» Peu après, ce fut au tour du régiment du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) de passer près d’Abou Soufyan. Il en profita pour se plaindre au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) de ce que Sa’ad venait de dire. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), mécontent des paroles Sa’ad, dit: «Non! Aujourd’hui est un jour de clémence et de pardon. Aujourd’hui, Allah honorera Qouraish et élèvera la gloire du Sanctuaire.»[20] Il envoya quelqu’un retirer à Sa’ad l’étendard des Ansars et le donna à son fils, Qays.[21]

Tout ce que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) faisait ou disait lui était divinement inspiré. Le transfert de l’étendard était purement symbolique, mais pas insignifiant. Car ce faisant, il apaisa la colère d’Abou Soufyan, dont les sentiments venaient d’être heurtés et évita de trop blesser Sa’ad bin ‘Oubada, dont les services rendus pour la cause de l’islam étaient considérables.

QUELQUES ÉCHAUFFOURÉES

Safwan bin Oumayya, Ikrima bin Abi Jahj et Souhaly bin ‘Amr affrontèrent Khalid bin Walid et tentèrent de freiner la progression de l’armée musulmane. L’échauffourée fit une douzaine de victimes avant qu’ils ne décident d’abandonner. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait déjà interdit à ses troupes d’utiliser leurs épées sauf contre ceux qui les attaqueraient.[22]

LA KA’BAH EST DÉBARRASSÉE DE SES IDOLES

Finalement, lorsque le retour à la normale se fit, à la Mecque, et que les gens se furent installés, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) se rendit à la Ka’bah. Il commença par faire sept fois le tour du sanctuaire. À cette époque, la Ka’bah contenait trois cent soixante idoles. Il frappa chacune avec la pointe de son arc, en disant:

«La vérité est venue et l’erreur a disparu. Car l’erreur est toujours destinée à disparaître.» (Coran, 17:81)

Et les idoles s’effondrèrent, les unes après les autres, tombant face contre terre.[23]

Il y avait également quelques images et gravures dans la Ka’bah. Elles furent détruites sous les ordres du Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).[24]

GÉNÉROSITÉ PRINCIÈRE

Après avoir terminé de faire le tour du sanctuaire, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) envoya chercher ‘Outhman bin Talha, qui détenait les clefs de la Ka’bah. Il prit les clefs des mains de ‘Outhman et ouvrit les portes de la Ka’bah. Une fois, avant sa migration à Médine, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait demandé à ‘Outhman de lui donner les clefs de la Ka’bah; non seulement ce dernier avait-il refusé, mais il s’était montré fort impertinent avec lui. Avec une patience exemplaire, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui avait alors dit: «‘Outhman, le jour viendra où tu verras ces clefs dans ma main. Et à ce moment, je les donnerai à qui je voudrai.» ‘Outhman lui avait rétorqué: «Si ce jour vient jamais, la tribu de Qouraish sera humiliée et détruite.» «Non», avait calmement répliqué le Prophète, «ce jour-là elle sera honorée et en sécurité.» On rapporte que cette prédiction hanta tant ‘Outhman qu’il avait fini par croire qu’elle se produirait exactement comme l’avait décrite le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).[25]

Lorsque le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) sortit du sanctuaire, il tenait dans ses mains les clefs de la Ka’bah. ‘Ali se leva et dit: «Qu’Allah t’apporte paix et miséricorde. Accorde-nous le droit de devenir gardiens de la Ka’bah, ainsi que du point d’eau des pèlerins.» Mais le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ignora sa requête et demanda: «Mais où est ‘Outhman bin Talha?». On fit à nouveau venir ‘Outhman et le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui dit: «‘Outhman, prends ces clefs car elles t’appartiennent. C’est le jour de bonne foi et de bienveillance. Ces clefs resteront toujours avec toi et nul ne te les prendra, à moins qu’il ne soit un tyran.».[26]

L’ISLAM, LA RELIGION DU MONOTHÉISME

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) se tenait à la porte de la Ka’bah, appuyé sur l’embrasure, tandis que le peuple de Qouraish se rassemblait devant lui, dans la cour.

Il s’adressa à eux, en disant:

«Il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah. Il n’a pas d’associés. Il a respecté Sa promesse et aidé Son serviteur. Il a renversé tous les confédérés. Sachez que toutes les demandes de privilèges, qu’elles se rapportent aux liens du sang ou aux propriétés, sont sous mon joug, sauf la garde de la Ka’bah et du point d’eau des pèlerins. Ô gens de Qouraish, Allah a aboli l’arrogance du paganisme et la fierté ancestrale. Tous les hommes descendent d’Adam et Adam a été créé à partir d’argile.»

Puis, il récita le verset coranique suivant:

«Ô hommes, Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entreconnaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Connaisseur.» (Coran, 49:13)[27]

LE PROPHÈTE DE MISÉRICORDE

Puis, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) demanda à Qouraish: «Ô Qouraish, que croyez-vous que je m’apprête à faire de vous?» «Nous n’espérons que le meilleur», répondirent-ils, «tu es un frère noble, fils d’un frère noble.» Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit: «Je vous dis ce que Youssouf [28] a dit à ses frères: «Pas de récrimination contre vous aujourd’hui.» Et il ajouta: «Allez… vous êtes tous libres.»[29]

Ensuite, il demanda à Bilal de grimper sur le toit de la Ka’bah et d’y prononcer le adhan (appel à la prière). Pour la toute première fois, les chefs et nobles de Qouraish entendaient l’appel à la prière résonner dans la vallée de la Mecque.

Par la suite, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) se rendit chez Oumm Hani bint Abi Talib, y prit un bain et pria huit unités de prière (rakates) afin de remercier Allah pour la victoire qu’Il venait de leur accorder.[30]

L’ÉGALITÉ DEVANT LA LOI

Une femme de Bani Makhzoum, nommée Fatimah, fut un jour appréhendée pour vol. Les hommes de sa tribu vinrent voir Oussama bin Zayd dans l’espoir de le voir intercéder auprès du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) en faveur de cette femme, étant donné les bonnes relations qu’il entretenait avec ce dernier. Lorsque Oussama parla de l’affaire au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), il vit l’expression faciale de ce dernier changer soudainement. Il lui dit: «Oussama, es-tu entrain de me parler des limites établies par Allah?» Oussama se sentit si honteux qu’il supplia le Prophète: «Ô Messager d’Allah, prie Allah de me pardonner!» Plus tard, dans la soirée, lorsque les gens se rassemblèrent, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit, après avoir glorifié Allah: «Des peuples avant vous ont été détruits parce qu’ils avaient l’habitude de fermer les yeux lorsqu’un noble parmi eux commettait un vol; mais lorsqu’un pauvre ou un indigent faisait la même chose, ils le châtiaient suivant la loi. Je jure par Celui qui tient mon âme entre Ses mains que si Fatimah bint Mohammed [sa fille] avait volé, je lui aurais coupé la main!»

Il ordonna ensuite qu’on ampute la main droite de l’accusée. On rapporte qu’elle se repentit sincèrement par la suite et qu’elle mena une vie normale après s’être mariée.[31]

GENTILLESSE ENVERS LES ENNEMIS

Maintenant que la victoire était entière, tous les citoyens de la Mecque eurent droit à l’amnistie. Seules neuf personnes furent condamnées à mort. Parmi elles, il y avait un homme qui s’était rendu coupable d’apostasie après avoir embrassé l’islam, un autre qui avait hypocritement tué un musulman, tandis que quelques autres avaient tout fait pour tenter de détruire l’islam et calomnier le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). ‘Abdallah bin Sa’ad bin Abi Sarah avait, quant à lui, abandonné l’islam.

Parmi les condamnés, il y avait également Wahshi, l’esclave de Joubayr bin Mou’tim, qui avait tué l’oncle du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), Hamza. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) l’avait condamné à mort, mais ce dernier décida d’embrasser l’islam et sa profession de foi fut acceptée. [32]

Il y avait également Habbar bin al-Aswad, qui avait attaqué Zaynab, la fille du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Durant l’attaque, elle était tombée de son palanquin et avait avorté l’enfant qu’elle portait. Suite à l’incident, Habbar s’était sauvé de la Mecque, mais lorsqu’il revint, il accepta l’islam et le Prophète, dans sa clémence, lui pardonna. Enfin, deux jeunes chanteuses, qui avaient l’habitude de chanter des vers satiriques dénigrant le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) se virent accorder l’impunité, suite à quoi elles acceptèrent l’islam.

Ikrima bin Abi Jahl, quant à lui, détestait tellement l’islam qu’il s’était enfui au Yémen. Sa femme devint musulmane et demanda au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) de lui accorder l’immunité. Ikrima était le fils d’Abou Jahl, le plus grand ennemi du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui); pourtant, ce dernier non seulement pardonna à Ikrima, mais le reçut chaleureusement lorsqu’il revint à la Mecque. Il se leva avec tant de hâte, pour le recevoir, que sa cape tomba de ses épaules. Il était très heureux d’accueillir Ikrima au sein de l’islam. Il lui accorda une position très honorable parmi les musulmans et il se distingua par de nombreux actes d’héroïsme au cours des batailles qu’il mena contre les apostats et les forces byzantines.

HIND EMBRASSE L’ISLAM

Peu de temps après, une foule importante, composée de citoyens de la Mecque, se rassembla à l’extérieur. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) grimpa sur le mont Safa où, l’un après l’autre, les Mecquois vinrent lui prêter serment d’allégeance.

Après que les hommes eurent terminé de défiler pour prononcer leur profession de foi, les femmes leur emboîtèrent le pas. Parmi elles se trouvait la furie de Ouhoud, Hind bin ‘Outba, épouse d’Abou Soufyan. Elle s’était recouvert le visage, ne voulant pas être reconnue à cause de ce qu’elle avait fait à Hamza.

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui dit (sans savoir qui elle était): «Fais le serment que tu n’associeras rien à Allah.» «Par Allah», répondit-elle, «tu nous as imposé une chose que tu n’as pas imposée aux hommes.» Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) poursuivit: «Et que tu ne voleras pas.». Hind dit: «J’avais pris l’habitude de prendre de petites sommes d’argent d’Abou Soufyan à son insu parce qu’il était avare; mais j’ignore si c’était licite ou pas.»

Abou Soufyan, qui l’accompagnait, intervint et dit: «Pour ce qui est du passé, il n’y a pas de blâme sur toi; c’était licite.» Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) reconnut Hind et dit: «Ah! Tu es Hind bint ‘Outba!» Hind répondit: «Oui, c’est moi. Je te prie de me pardonner mes actions passées.» Le Messager dit encore: «Et tu ne commettras pas l’adultère.» Elle répondit: «Est-ce qu’une femme de noble descendance commet l’adultère?»[33]

Ignorant sa question, il poursuivit: «Et tu ne tueras pas tes enfants.» Hind répondit: «Nous les avons élevés lorsqu’ils étaient petits et vous les avez tués lorsqu’ils étaient grands.» Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) continua: «Et tu ne feras circuler de calomnies sur personne.» «Par Allah», répondit-elle, «la calomnie est méprisable et honteuse. Il est parfois préférable de l’ignorer.» Finalement, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit: «Et tu ne me désobéiras pas.» «Oui», dit Hind; mais elle ajouta: «en ce qui concerne les choses vertueuses.»[34]

INSÉPARABLE DE SES COMPAGNONS

Allah avait ouvert les portes de la Mecque au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). C’était sa ville natale et le lieu où avaient habité tous ses ancêtres. Certains Ansars se disaient entre eux que puisque Allah avait donné au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) la victoire sur sa patrie et sur sa ville, il allait peut-être décider d’y demeurer plutôt que de retourner à Médine.

Peu de temps après, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) les interrogea sur le sujet de leur conversation, mais nul ne voulu le lui révéler. Ils finirent tout de même par avouer leurs appréhensions et le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) les rassura en disant: «Qu’Allah m’en garde! Je vivrai et mourrai parmi vous.»[35]

UN PÉCHEUR SE REPENT ET EMBRASSE L’ISLAM

Fadala bin ‘Oumayr s’était promis de tuer le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Il avait décidé de le tuer au moment où ce dernier tournerait autour de la Ka’bah. Donc un jour où le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) tournait autour de la Ka’bah, Fadala s’approcha de lui. L’ayant entendu venir, il l’appela: «Fadala!». Ce dernier dit: «Oui, ô Messager d’Allah.» Puis le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui demanda: «À quoi penses-tu?». «À rien», répondit Fadala, «je pense à Allah.» Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) sourit et, plaçant sa main sur la poitrine de Fadala, lui dit: «Cherche le pardon auprès d’Allah». Le cœur de ce dernier fut immédiatement apaisé. Plus tard, il racontait aux gens: «Le Messager n’avait pas encore retiré sa main de sur ma poitrine qu’il était devenu plus cher à mon cœur que toute autre créature d’Allah.»

Et il disait également: «Puis je retournai chez moi et croisai une femme avec qui j’avais l’habitude de converser. Elle me demanda de m’asseoir et de discuter avec elle, mais je lui répondit: «Non, Allah et l’islam ne me le permettent pas.»[36]

TOUTE TRACE DE PAGANISME EST ABOLIE

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) envoya quelques groupes détruire les idoles qui se trouvaient çà et là dans la ville de la Mecque, de même que celles qui se trouvaient en périphérie, dans la vallée. Elles furent toutes réduites en pièces, y compris al-Lat et al-Ouzza, de même que Manat-ous-Thalathatal Oukhra. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) envoya ensuite un messager dire aux gens que tout homme ayant foi en Allah et au Jour dernier devait détruire toutes les idoles se trouvant dans sa maison. Il délégua également certains de ses compagnons aux différentes tribus des environs de la Mecque pour leur transmettre le même message.

Jarir a rapporté qu’il y avait, en Arabie, un temple connu sous le nom de Dhoul Khalasa. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit à Jarir: «Pourquoi ne me tranquillises-tu pas en ce qui a trait à Dhoul Khalasa?» Jarir le lui promit et partit, accompagné de cent cinquante cavaliers résolus de Ahmas[37], en direction du temple, qu’ils détruisirent entièrement. Ils tuèrent, par la même occasion, tous ceux qui s’y trouvaient. Lorsque Jarir revint et rapporta leur action au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), ce dernier pria pour les Ahmas.[38]

Suite à ces événements, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) rassembla les musulmans et leur dit qu’Allah avait fait à jamais de la Mecque un territoire sacré. Il leur dit: «Il est interdit à quiconque croit en Allah et au Jour dernier de répandre le sang dans cette ville ou d’y couper un arbre. Cela n’était permis à personne avant moi et ce ne sera permis à personne après moi.» Puis, il retourna à Médine.[39]

LES RÉPERCUSSIONS DE LA CONQUÊTE DE LA MECQUE

La conquête de la Mecque eut de nombreuses répercussions sur les Arabes. Considérée comme une grande victoire, elle venait confirmer de façon claire que l’islam était une religion véridique, et elle servit, plus tard, à paver le chemin pour la propagation de l’islam dans l’Arabie tout entière. Des membres de tribus éloignées du désert commencèrent à venir en groupes à Médine ou à envoyer des délégations afin d’en savoir plus sur l’islam. Certaines tribus avaient signé, avant la conquête, des traités avec Qouraish, qui les obligeaient à garder leurs distances par rapport aux musulmans. Mais avec la nouvelle soumission de Qouraish à Allah et à Son Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), ces considérations disparurent.

Il y avait également quelques tribus qui, ayant encore à la mémoire la destruction d’Abraha, croyaient fermement qu’aucun tyran ne pouvait prendre possession de la Mecque; elles préférèrent donc attendre la conclusion de la dispute entre les musulmans et Qouraish. En fait, certaines avaient même résolu de laisser le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) tranquille et de l’accepter comme messager d’Allah si jamais il parvenait à l’emporter sur sa propre tribu.[40]

Lorsque Allah soutint Son Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et lui accorda la victoire sur la Mecque – ce qui eut pour effet d’inciter Qouraish à lui rendre obéissance, de façon volontaire ou non – la quasi-totalité de l’Arabie se soumit à l’islam. Et cela se fit avec une rapidité sans précédent dans un pays qui avait depuis toujours été connu pour ses désordres et son indiscipline. Les Bédouins de tous clans et de toutes tribus affluèrent à Médine pour présenter leurs respects au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et pour prononcer devant lui la profession de foi. C’est durant cette période qu’Allah révéla la sourah an-Nasr[41], dont sont tirés ces versets:

«Lorsque vient le secours d’Allah ainsi que la victoire, et que tu vois les gens entrer en foule dans la religion d’Allah…» (Coran, 110:1-2)

LE JEUNE ADMINISTRATEUR

Avant de quitter la ville, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) désigna ‘Attab bin Ousayd pour veiller au bien-être des pèlerins et pour s’occuper d’autres affaires de la Mecque.[42] À ce moment-là, ‘Attab n’avait que vingt ans. Il y avait plusieurs autres personnes, à la Mecque, qui étaient plus expérimentées et plus connues que ‘Attab, mais ce choix démontrait que le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ne confiait de responsabilités à une personne que sur la base de son mérite et de ses capacités. D’ailleurs, ‘Attab s’avéra être un excellent choix puisqu’il occupa les mêmes fonctions jusqu’à la fin du califat d’Abou Bakr.[43]


[1] Ibn Hisham, vol. II, p. 390.

[2] Zad al-Ma’ad, vol. I, p. 419 et Ibn Hisham , vol. II, p. 390.

[3] Zirqari rapporte, dans Sharh al-Ladounniyah (vol. II, p. 349), que Ibn ‘Ayidh a ditque l’homme envoyé par le Prophète était Damra, et que c’est Qartah bin ‘Amr qui lui a répondu au nom de Qouraish.

[4] Zad al-Ma’ad, vol. p. 420; Ibn Hisham, vol. II, pp. 395-6.

[5] Ibn Hisham, vol. pp. 396-7.

[6] Zad al-Ma’ad, vol. p. 421, Ibn Hisham, vol. II, p. 397.

[7] Un endroit situé entre la Mecque et Médine.

[8] Hatib bin Abi Balta’a appartenait à la tribu de Lakhm, installée dans la partie nord du Hijaz et en Syrie. On rapporte qu’il était un confédéré de Bani Asad bin Abdoul oul-‘Ouzza, à la Mecque. D’autres affirment qu’il était sous la protection de Zoubayr. Enfin, certains affirment qu’il était un ancien esclave libéré par Abdallah bin Hamid al-Assadi (Al-Isabah fi Tamiz is-Sahabah, vol. p. 300). On rapporte également à son sujet que c’est lui que le Prophète avait envoyé remettre sa lettre à Mouqauqis, gouverneur d’Égypte. Marzbani a ajouté son nom à la liste des poètes et cavaliers éminents de Qouraish dans M’oujam-ous-Shou’ara. Il mourut, selon Madani, en 30 de l’hégire, durant le califat de ‘Outhman.

[9] Zad al-Ma’ad, vol. I, p. 421.

[10] À ne pas confondre avec Abou Soufyan, le chef qouraishite, qui était le fils de Omayyah.

[11] Coran, 12 : 91

[12] Coran, 12 : 92

[13] Ibn Hisham, vol. II, p. 403: Zad al-Ma’ad, vol. p. 422.

[14] Ibn Hisham, vol. II, p. 409.

[15] Ibid

[16] Ibn Hisham, vol. I, p. 404; Zad al-Ma’ad, vol. I, p. 423.

[17] Cette victoire est rapportée dans la 48e sourah du Coran, intitulée «la victoire éclatante».

[18] Ibn Kathir, vol. III, p. 554. Boukhari a dit également que Mou’awiya bin Qarra a rapporté avoir vu le Prophète, au jour de la conquête de la Mecque, réciter la Fatiha à voix haute tandis qu’il était sur son chameau.

[19] Boukhari, Kitab-oul-Moughazi, chapitre intitulé «le pèlerinage d’adieu».

[20] Ibn Amwi a raconté cette histoire dans Mghazi (voir Fath-oul-Bari, vol. VIII, p. 7). Boukhari a aussi relaté l’incident, avec quelques variations dans le dialogue de Sa’ad et du Prophète. Le nom complet de Ibn Amwi est Yahya bin Sa’id bin Aban, qui est considéré comme un narrateur fiable et qui était connu sous le surnom de «véridique». Il mourut en 594 de l’hégire.

[21] Zad al-Ma’ad, vol. p. 423.

[22] Zad al-Ma’ad, vol. pp. 407-8.

[23] Zad al-Ma’ad, vol. I, p. 424; Ibn Hisham, vol. II, p. 424.

[24] Zad al-Ma’ad, vol. I, p. 424; Ibn Hisham, vol. II, p. 411.

[25] Zad al-Ma’ad, vol. I, p. 425, et aussi dans Boukhari.

[26] Zad al-Ma’ad, vol. I, p. 425, et aussi dans Boukhari et Ibn Sa’d.

[27] Zad al-Ma’ad, vol. I, p. 424.

[28] Le prophète Joseph.

[29] Zad al-Ma’ad, vol. I, p. 424

[30] Boukhari, chapitre intitulé «le jour de la victoire»; Zad al-a’ad, vol. p. 425.

[31] Boukhari et Mouslim.

[32] Zad al-Ma’ad, vol. p. 25.

[33] Ibn Kathir, vol. III, p. 603.

[34] Ibid., vol. III, pp. 602-3.

[35] Ibn Hisham, vol. II, p. 416.

[36] Ibn Hisham, vol. II, p. 417; Zad al-Ma’ad, vol. I, p. 426.

[37] On dit que Ahmas (qui signifie “braves”) était un nom utilisé pour désigner Qouraish, Kinana, Jadila et Qays à cause de leurs talents de cavaliers et de leur bravoure.

[38] Boukhari, Ghazwah Dhoul Khalasa.

[39] Zad Al-Ma’ad, vol. I, pp. 425-26.

[40] Boukhari (rapporté par ‘Amr bin Salama).

[41] Qui signifie «le secours».

[42] Ibn Hisham, vol. II, p. 440.

[43] Al Isabah et Ousad-al-Ghaba

Read Full Post »

LA RÉCOMPENSE DIVINE

Allah avait promis une récompense énorme à tous ceux qui, à Houdaybiya, avaient prêté serment d’allégeance au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).  Ce serment était connu sous le nom de Bey’at Rizwan, c’est-à-dire le « serment du Paradis ».  Comme ils s’étaient soumis à Allah et à Son Messager durant ce moment de crise, Allah leur avait annoncé une victoire prochaine, ainsi qu’un butin qu’ils allaient pouvoir se partager. 

« Allah a très certainement agréé les croyants quand ils t’ont prêté le serment d’allégeance sous l’arbre.  Il a su ce qu’il y avait dans leur cœur,  a fait descendre sur eux la quiétude et Il les a récompensés par une victoire proche ainsi qu’un abondant butin qu’ils ramasseront.  Allah est Puissant et Sage. (Coran, 48:18-19)

La conquête de Khaybar allait servir de prélude à plusieurs victoires subséquentes. Khaybar était une colonie juive[1] comprenant de nombreuses citadelles, dont certaines avaient été construites sur des sommets de montagnes, ce qui les rendait pratiquement imprenables.  Il s’agissait du dernier bastion juif en Arabie, mais il était redoutable.  Impatients de venger leurs frères de Médine après ce que leur avaient fait subir les musulmans, les juifs de Khaybar étaient prêts à dépenser toute leur fortune pour inciter les tribus arabes voisines à faire la guerre au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et à ses compagnons. Comme ils s’étaient ligués avec la tribu de Ghatfan et qu’ils avaient ensemble conçu un plan pour attaquer les musulmans, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait décidé d’agir contre eux.[2]  Il croyait le temps venu de mettre un terme à leurs complots une fois pour toutes, afin de pouvoir concentrer son attention sur des choses beaucoup plus importantes.  Khaybar était situé à environ 112 kilomètres au nord-est de Médine.

LE PROPHÈTE À LA TÊTE DE L’ARMÉE

Après son retour de Houdaybiya, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) demeura à Médine durant tout le mois de Dhoul-Hijja, ainsi que la moitié du mois de Mouharram, après quoi il partit, avec son armée, en direction de Khaybar.

‘Amr bin al-Akhw’a, l’un des compagnons qui accompagnaient le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lors de cette expédition, récita, en cours de route, les vers suivants :

Nous n’aurions jamais été guidés si ce n’était d’Allah

Ni donné en charité ni glorifié notre Seigneur.

Nous sommes ceux qui, lorsque attaqués ou traités injustement, résistent.

Donnes-nous la paix intérieure

Et devant l’ennemi, raffermis notre détermination.[3]

Le nombre de combattants qui participaient à l’expédition de Khaybar s’élevait à 1400, incluant 200 cavaliers.  Tous ceux qui étaient restés derrière à Houdaybiya, permission leur fut refusée de participer à cette expédition.  Vingt femmes accompagnaient également le groupe afin de soigner les blessés et préparer la nourriture pour les hommes.

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) fit une halte à Raj’i, un wadisitué entre Khaybar et Ghatfan, pour tenter de couper toute communication entre les deux alliés.  Les juifs avaient d’autres tribus confédérées, mais la halte du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) à Raj’i les força toutes à rester chez elles plutôt que de tenter de renforcer les juifs.  C’est ainsi que la route menant à Khaybar fut libérée et que les musulmans purent l’emprunter sans problème.

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) demanda à ce que l’on procure de la nourriture à l’armée, mais aucune nourriture n’était disponible à part du maïs grillé.[4]  Lorsqu’il fut tout près d’arriver à Khaybar, il leva les mains au ciel et invoqua et pria Allah de les aider à conquérir cette colonie et il chercha protection auprès de Lui contre le mal de ses habitants.  Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait l’habitude de ne jamais passer à l’offensive durant la nuit, et d’attendre le point du jour pour le faire; et s’il entendait l’appel à la prière, il accomplissait d’abord la prière.  C’est donc ce qu’il fit, en cette occasion : il attendit toute la nuit et ordonna l’offensive avant même l’appel à la prière.  Les musulmans arrivèrent face à face avec les travailleurs de Khaybar qui sortaient avec leurs pelles et leurs paniers.  Dès qu’ils aperçurent le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et son armée, ils prirent la fuite en criant : « Mohammed et son armée! ».  Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Allah est Grand!  Et Khaybar est détruite.  Quand nous leur tomberons dessus, ce sera alors un mauvais matin, pour ceux qui auront été avertis! ». [5]

LE COMMANDANT VICTORIEUX

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et son armée attaquèrent immédiatement les forteresses et les abattirent les unes après les autres.  Marhab, le fameux chef militaire juif, s’était réfugié dans l’une de ces citadelles. Elle était particulièrement inexpugnable et les premières attaques contre elle demeurèrent vaines.  À ce moment-là, ‘Ali souffrait d’un problème ophtalmique.  Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit alors : « Demain, je donnerai l’étendard à un homme qui aime Allah et Son Messager, et il conquerra la forteresse. »  Ces paroles plongèrent chaque compagnon dans une attente mêlée d’espoir, chacun souhaitant se voir remettre le drapeau.  Le lendemain, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) convoqua ‘Ali, souffla un peu de sa salive dans les yeux de ce dernier et pria pour son succès.  Les yeux de ‘Ali furent guéris spontanément, après quoi l’étendard lui fut remis[6] et il lui fut ordonné de combattre les juifs jusqu’à ce qu’ils soient anéantis.  Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit à ‘Ali : « Va et encercles-les.  Commence par les inviter à l’islam; explique-leur leurs obligations envers Allah.  Je jure par Allah que même si un seul homme est guidé à l’islam par ton intermédiaire, cela sera meilleur pour toi que les chameaux roux. » (qui étaient parmi les meilleurs chameaux de l’époque).[7] 

 ‘ALI AFFRONTE MARHAB, LE GRAND GUERRIER JUIF

Lorsque ‘Ali s’approcha de la citadelle, Marhab en sortit à cheval, protégé par son armure et son bouclier, et récitant un poème louant son courage.  ‘Ali se précipita dans sa direction et ils se jetèrent l’un sur l’autre, chacun fendant l’air avec son épée.  Puis ‘Ali plongea son arme dans la tête de Marhab; elle transperça son casque, puis sa tête, jusqu’à ce que son visage soit littéralement coupé en deux.[8]

Par ailleurs, Mohammed bin Maslama se battit très courageusement à Khaybar et tua plusieurs guerriers juifs bien connus.

UNE RÉCOMPENSE FACILEMENT ACQUISE

Peu avant l’offensive des musulmans sur Khaybar, un esclave, qui avait pour mission de surveiller les troupeaux de son maître juif, demanda aux juifs où ils allaient lorsqu’il les vit courir dans tous les sens, armés jusqu’aux dents.  Ils lui répondirent qu’ils allaient combattre cet homme qui prétendait être prophète.  Curieux, l’esclave alla voir le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et l’interrogea sur la religion qu’il prêchait.  Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « Je t’invite à embrasser l’islam, i.e. à attester qu’il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah et que je suis Son Messager.  Tu dois t’engager à ne servir nul autre qu’Allah. »  « Si j’accepte tout cela, comme tu dis » demanda l’esclave, « et que je mets toute ma foi en Allah, qu’est-ce que j’aurai en retour? ».  Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « Si tu meurs tout en étant croyant, tu entreras au Paradis. ». L’esclave embrassa l’islam et demanda au Messager : « Que dois-je faire avec ce troupeau?  On m’en a confié à responsabilité. »  Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui dit d’abandonner les chèvres dans le champ près de la citadelle et qu’Allah les guiderait vers leur maître.  L’esclave obéit au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et les chèvres retournèrent d’elles-mêmes à leur maître.  Par ailleurs, ce dernier finit par apprendre que son esclave s’était converti à l’islam et faisait maintenant partie des rangs musulmans.

Avant que les musulmans ne passent à l’offensive, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) exhorta ses hommes à se battre par amour pour Allah.  L’esclave accompagna les musulmans lorsqu’ils marchèrent sur Khaybar et fut tué au cours de la bataille qui suivit.  Lorsque les musulmans ramenèrent son corps, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui jeta un coup d’œil et, se tournant vers ses compagnons, leur dit : « Allah a béni cet homme et l’a fait venir à Khaybar.  J’ai vu deux houris se tenant à ses côtés [au Paradis], malgré le fait qu’il ne se soit jamais prosterné à Allah. ».[9]

 « JE NE SUIS PAS VENU À TOI POUR CELA »

Toujours avant l’offensive, un bédouin vint voir le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et, après avoir embrassé l’islam, exprima son souhait de l’accompagner dans son expédition.  Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) demanda à quelques-uns de ses compagnons de prendre soin de lui et de voir à ce qu’il ne manque de rien.  Plus tard, au moment où les musulmans abattaient l’une des forteresses et y trouvaient un important butin, le bédouin était entrain de faire paître un troupeau de bêtes.  Le butin fut distribué parmi les combattants et la part du bédouin fut mise de côté.  Lorsqu’elle lui fut remise, il l’apporta au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et lui demanda ce que c’était.  Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui expliqua qu’il s’agissait de sa part du butin de guerre, mais le bédouin lui répondit : « Je ne suis pas venu à toi pour cela. »  Et, pointant sa gorge avec son doigt, il poursuivit : « Je t’ai suivi dans l’espoir d’être atteint à la gorge par une flèche et d’aller ensuite au Paradis. »  Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui répondit : « Si c’est ce que tu désires, Allah fera en sorte que cela se produise. »

Puis, quelques jours plus tard, au cours d’une bataille, à Khaybar, on trouva le corps du bédouin parmi ceux qui avaient été tués.  Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) demanda : « Est-ce bien le même homme? »  Lorsque les gens autour de lui confirmèrent que c’était bien lui, il dit : « Il a été fidèle à Allah et Allah a réalisé son souhait. »  Puis il enveloppa le corps du bédouin dans son propre manteau et offrit la prière funéraire pour lui.  Par la suite, il dit : « Ô Allah!  Ton serviteur avait émigré dans Ton sentier et a été tué par amour pour Toi.  J’en suis témoin. ».[10]

Les gens de Khaybar étaient cernés dans leurs forteresses, qui se mirent à tomber les unes après les autres.  Les juifs, incapables de supporter le siège plus longtemps, demandèrent un traité de paix.  Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) voulait déplacer les juifs de Khaybar, mais ils l’implorèrent de les laisser demeurer sur place et cultiver leurs terres.  Ils invoquèrent le fait qu’ils étaient meilleurs fermiers et qu’ils connaissaient mieux la terre que quiconque.  Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ne voulait pas que ses compagnons travaillent la terre, car cela les aurait obligés à s’installer à cet endroit et à consacrer tout leur temps aux activités de la ferme.  Par conséquent, il permit aux juifs de conserver leurs fermes, mais à la condition que les musulmans reçoivent la moitié de leurs productions.  Une autre condition du traité stipulait également que cette entente pouvait être abrogée en tout temps et de façon unilatérale par le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).[11]

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) confia la tâche du partage de la production à ‘Abdoullah bin Rawaha, qui divisait les produits en deux parts égales et demandait ensuite aux juifs de choisir la part qu’ils voulaient.  Les juifs firent souvent remarquer, à propos de son équité : « C’est sur une équité de ce genre que reposent les cieux et la terre. »[12]

LA TOLÉRANCE RELIGIEUSE

Le butin emporté par les musulmans à l’issue de la bataille de Khaybar incluait quelques copies des écritures juives.  Les juifs exprimèrent au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) leur souhait de les récupérer; ce dernier accepta et ordonna qu’elles leur soient rendues.[13]

Un érudit juif, le Dr. Israel Welphenson, passant en revue la conquête de Khaybar, parle en ces termes de la façon magnanime dont le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) a traité les juifs :

Cet incident démontre à quel point le Prophète avait du respect pour leurs écritures.  Son attitude tolérante et pleine d’égards impressionna les juifs, qui jamais n’oublièrent que le Prophète n’avait pas traité leurs écritures à la légère.  Ils savaient comment les Romains, lorsqu’ils avaient envahi Jérusalem en 70 av. J.-C., avaient brûlé et piétiné leurs écritures.  Et les chrétiens fanatiques, qui avaient persécuté les juifs en Espagne, avaient également brûlé toutes leurs écritures.  C’est là la grande différence que l’on constate entre ces conquérants et  le Prophète de l’islam.[14] 

LE RETOUR DE JA’AFAR BIN ABI TALIB

Ja’afar bin Abi Talib, le cousin du Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), accompagné d’autres émigrants, revint d’Abyssinie au moment où le Messager se trouvait toujours à Khaybar.  Ce dernier fut si content de le voir qu’il l’embrassa sur le front et lui dit : « Par Allah, je ne sais ce qui m’apporte le plus grand bonheur : la conquête de Khaybar ou le retour de Ja’afar! »[15]

UNE AUTRE CONSPIRATION JUIVE

C’est durant l’expédition de Khaybar que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) fut victime d’une tentative d’empoisonnement.  Zaynab bint al-Harith, la femme de Salam bin Mishkam, offrit un morceau d’agneau rôti au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), après s’être enquise du morceau qu’il préférait. Ayant appris qu’il préférait l’épaule, elle en prit un morceau, l’enduit de poison et le lui présenta.  Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) en prit une bouchée, mais la recracha aussitôt, réalisant immédiatement que la viande avait été empoisonnée.

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) convoqua les juifs et leur demanda : « Direz-vous la vérité si je vous interroge sur quelque chose? ».  Ils dirent : « Oui. »  Il leur demanda : « Avez-vous empoisonné la viande? »  Lorsqu’ils répondirent par l’affirmative, il leur demanda ce qui les avait poussés à faire cela.  Ils répondirent : « Nous nous sommes dit que si tu étais un imposteur, nous serions débarrassés de toi; mais que si tu étais réellement un prophète, alors le poison n’aurait aucun effet sur toi. »  Zaynab bint al-Harith fut ensuite amenée devant le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).  Elle avoua sa culpabilité et dit : « Je voulais te tuer. »  Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui répondit : « Mais Allah n’a pas permis que tu aies un quelconque pouvoir sur moi. ». Certains des compagnons présents demandèrent la permission de punir cette femme pour son crime, mais le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) le leur interdit.  Zaynab fut libérée, mais quand Bishr bin al-Bara, qui avait mangé du même morceau de viande que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), décéda des suites de l’empoisonnement, elle fut tuée.[16]

LES CONSÉQUENCES DE LA CONQUÊTE DE KHAYBAR

La brillante victoire remportée par les musulmans à Khaybar eut une influence considérable sur les tribus qui n’avaient pas encore accepté l’islam.  Elles connaissaient la richesse et le courage des juifs de Khaybar, leurs forteresses réputées imprenables et la bravoure de leurs guerriers, tels Marhab et Harith Abi Zaynab.  Elles estimaient impossible la capture de Khaybar, mais durent concéder qu’elles avaient aussi sous-estimé le pouvoir naissant des musulmans de Médine.  Elles savaient maintenant que ces derniers étaient pratiquement  invincibles.

Analysant les effets de la victoire de Khaybar sur l’histoire ultérieure de l’islam, le Dr. Israel Welphenson écrit :

Il ne fait pas le moindre doute que la conquête de Khaybar occupe une place des plus importantes dans l’histoire des conquêtes ultérieures de l’islam.  Toutes les tribus arabes attendaient avec anxiété de connaître l’issue des affrontements entre les Ansars et les juifs.  Les ennemis du Prophète étaient dispersés dans plusieurs villes et ils avaient mis tous leurs espoirs dans cette bataille.[17]

LE BUTIN DE KHAYBAR

Après la conquête de Khaybar, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dirigea son attention vers Fadak[18], qui était la principale ville du nord du Hijaz; ses terres étaient fertiles, elle était très peuplée et possédait de nombreuses forteresses.[19]  Les juifs de Fadak envoyèrent une missive au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui demandant un traité de paix, à la condition qu’ils puissent conserver la moitié de leurs productions.  Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) accepta, avec l’intention de dépenser les revenus provenant de Fadak pour le bien-être des musulmans.[20]

Par la suite, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) se mit en route, avec ses compagnons, vers la région où se trouvait Wadi al-Qoura[21], une colonie fondée par les juifs durant l’ère pré-islamique.  Situé à mi-chemin entre Khaybar et Taima, cet endroit était devenu une ville très florissante, où habitaient également quelques tribus arabes. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) invita les Arabes de Wadi al-Qoura à embrasser l’islam.  Il leur dit que s’ils acceptaient, leur vie et leurs biens seraient en sécurité et qu’ils recevraient une énorme récompense de leur Seigneur.

Les juifs, de leur côté, décidèrent d’attaquer les musulmans, mais l’assaut héroïque, mené par Zoubayr bin al-‘Awwam, contre eux, les força à se rendre dès le lendemain.  Une grande quantité de biens tomba entre les mains des musulmans.  Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) distribua le butin parmi ses troupes, mais décida de laisser leurs palmeraies aux juifs.

Lorsque les juifs de Taima[22] apprirent que Khaybar, Fadak et Wadi al-Qoura étaient tombés et qu’ils eurent connaissance des termes des traités sur lesquels ils s’étaient entendus avec le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), ils s’empressèrent de lui envoyer une proposition similaire.  Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) accepta leur offre et leur permit de conserver leurs biens et leurs propriétés.  Puis, il retourna finalement à Médine.[23]

LE GRAND CŒUR DES MOUHAJIRINES

Les Ansars de Médine avaient partagé toutes leurs possessions avec les émigrants, lorsque ces derniers étaient arrivés de la Mecque. Maintenant, riches des butins qu’ils venaient de rapporter, les Mouhajirines rendirent leurs biens à leurs frères Ansars. Oumm Soulaym, la mère de Anas bin Malik, avait offert quelques dattiers au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), qui les avait à son tour offerts à une esclave qu’il avait libérée, Oumm Ayman.  Après qu’il fût entré en possession de certaines palmeraies des juifs, il rendit ses palmiers à Oumm Soulaym et compensa Oumm Ayman avec dix dattiers pour chacun qu’il venait de lui reprendre.[24]

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) organisa et envoya encore un certain nombre d’expéditions, sous le commandement d’éminents compagnons, contre des tribus rebelles du désert.  Certains de ces détachements eurent à se battre, tandis que d’autres n’eurent à rencontrer aucune résistance.[25]

LA ‘OUMRAH

L’année suivante, c’est-à-dire en l’an 7 de l’hégire, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et ses fidèles compagnons prirent le chemin de la Mecque afin d’accomplir le petit pèlerinage (‘Oumrah), qu’ils n’avaient pu accomplir précédemment.  Les gens de Qouraish crurent préférable de verrouiller leurs maisons et de se retirer dans les hauteurs de Jabl Qa’yqa’, surplombant la vallée.[26]Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) demeura trois jours dans la ville sainte et fit le circuit du pèlerinage.  Au sujet de cet heureux événement, le Coran dit :

« Allah a été véridique en la vision[27] par laquelle Il a annoncé à Son Messager, en toute vérité : vous entrerez dans la Mosquée Sacrée, si Allah veut, en toute sécurité, ayant rasé vos têtes ou coupé vos cheveux, sans aucune crainte.  Il savait donc ce que vous ne saviez pas.  Il vous a donné, juste avant cela (la trêve de Houdaybiya), une victoire proche. » (Coran, 48:27)

LE RÉTABLISSEMENT DES DROITS DES FEMMES

L’islam avait profondément modifié le cœur des Arabes et élevé leur esprit.  La cruelle coutume qui prévalait à l’époque pré-islamique et qui consistait à enterrer vivantes les filles à leur naissance afin de sauver l’honneur de la famille fut non seulement abandonnée, mais les filles devinrent si chères aux yeux des gens qu’ils se mirent à rivaliser les uns avec les autres dans l’affection qu’ils leur prodiguaient. Tous les musulmans, hommes et femmes, étaient égaux; nul ne jouissait de privilèges au préjudice des autres et les seuls qui étaient supérieurs étaient ceux dont la foi et la piété étaient les meilleures.  Lorsque le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) quitta la Mecque après avoir accompli la ‘Oumrah, la petite fille de Hamza, Oumama, le suivit en l’appelant « Mon oncle! mon oncle! ». ‘Ali la prit dans ses bras et demanda à Fatimah de prendre soin d’elle.  Zayd et Ja’afar réclamèrent le droit d’élever la fillette, mais ‘Ali s’obstina à la garder car cette dernière était la fille de son oncle.  Ja’afar avança qu’elle était également la fille de son oncle et que sa femme à lui était la tante maternelle de l’enfant.  Zayd, quant à lui, avança que tous les musulmans étaient frères et qu’il pouvait très bien s’occuper de la fille d’un frère décédé.  Ils allèrent tous consulter le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) à ce sujet.  Ce dernier décida que l’on devait donner priorité à la tante maternelle; c’est ainsi que la fillette fut confiée à Ja’afar.  Pour mettre ‘Ali à l’aise, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui dit : « Tu es mien et je suis tien. ».  Puis il rassura Ja’afar en lui disant : « Tu me ressembles physiquement, ainsi que dans ta façon de te comporter. ».  Enfin, à Zayd il dit : « Tu es mon frère et mon protégé. ».[28]


[1] Les forteresses de Na’im, Qamous et Ash-Shiqq étaient quelques-unes des plus connues de Khaybar.  Yaqoubi rapporte que Khaybar, à cette époque, comptait plus de 25 000 guerriers. (Moujib Oullah Nadwi, Sahabah was Tabi’yin, Azamgarh, vol.2, p.56)

[2] Comme les juifs fournissaient d’intenses efforts pour provoquer la chute des musulmans, comme le rapporte Montgomery Watt, dans son ouvrage intitulé Muhammad – Prophet and Statesman (p. 189), l’expédition contre Khaybar ne pouvait en aucun cas être remise à plus tard. 

[3] Ibn Kathir, vol. III, pp. 344-45, Mouslim, chap. Gazwah Khaybar.

[4] Ibn Kathir, vol. III, pp. 344-46, Mouslim, chap. Gazwah Khaybar.

[5] Ibn Hisham, vol. III, pp. 229-30.

[6] Boukhari et Mouslim, chap. Gawah Khaybar.

7 Boukhari , chap. Gawah Khaybar, Mouslim, Nasa’i.

[8] L’affrontement entre ‘Ali et Marhab a été rapporté par différentes personnes.  Certaines affirment qu’ils se battirent pour la forteresse de Na’im tandis que d’autres affirment qu’il s’agissait de la forteresse de Qamous.  Ibn Hisham rapporte que Marhab fut tué par Mohammed bin Maslama, mais le hadith dans Sahih Mouslim mentionne ‘Ali, tandis que certaines paroles de ‘Ali ne laissent aucun doute quant au fait qu’il a bel et bien lutté contre Marhab pour ensuite le tuer. (Mouslim, Kitab-oul-Jihad, hadith no. 1807)

[9] Zad al-Ma’ad, vol. I, p. 393.

[10] Zad al-Ma’ad, vol. I, p. 394.

[11] Zad al-Ma’ad, vol. I, pp. 394-95.  Pour plus de détails, voir Sinan Abou Daoud

[12] Baladhouri: Foutouh-oul-Bouldan, Leiden, 1886, p. 34.

[13] Tarikh al-Khamis, vol. II, p. 60.

[14] Al-Yahoud fi balad il’Arab, p. 170.

[15] Zad al-Ma’ad, vol. I, p. 397.

[16] Boukhari.

[17] Al-Yahoud fi Balad il-‘Arab, p. 162.

[18] La population de Fadak était constituée de juifs appartenant à Bani Mourrah et Bani S’ad bin Bakr.  (Nihayatoul ‘Arab, vol XVII, p. 209).  

[19] Ibn Hisham, vol. II, p. 368.

[20] Ibid

[21] Wadi al-Qoura était une vallée parsemée de nombreux villages et petites villes et habitée par des tribus arabes et juives.  Ses terres étaient très fertiles et comprenaient plusieurs puits et sources naturelles.

[22] Taima est situé un peu plus au nord de Waqi al-Qoura, près des frontières de la Syrie.  Sama’al bin ‘Adiya, un poète juif bien connu, y vivait, dans un château appelé al-Ablaq al-Fard.

[23] Zad al-Ma’ad, vol. I, p 405.

[24] Ibid

[25] Zad al-Ma’ad, vol. I, pp. 409-410.

[26] Boukhari, chap. ‘Oumratoul Qada.

[27] Le Prophète avait fait un rêve dans lequel il se voyait entrer dans le Sanctuaire de la Mecque en  toute sécurité.

[28] Boukhari, chap. Kitab-oul-Maghazi.

Read Full Post »

Abul hasan ‘Ali Nadwi

L’EXPÉDITION DE MOU’TA[1]

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait envoyé Harith bin ‘Oumayr al-Azdi porter une lettre à Sharhbil bin ‘Amr al-Ghassani, gouverneur de l’empereur byzantin à Bousra. Sous les ordres de ce dernier, Harith fut ligoté, puis décapité.[2]Indépendamment du contenu désagréable d’un message transmis par une ambassade, il n’avait jamais été d’usage, chez les rois, de condamner à mort l’envoyé d’un tel message. Le crime était scandaleux pour l’expéditeur de la lettre et laissait présager plein de dangers pour les futurs envoyés; il ne pouvait donc rester impuni. Cette effusion de sang appelait la vengeance, une vengeance assez terrible pour dissuader tous les tyrans de répéter ce genre de crime.

PREMIÈRE EXPÉDITION EN TERRITOIRE BYZANTIN

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) décida d’envoyer un détachement à Bousra en l’an 8 de l’hégire.

Une force composée de 3000 vigoureux guerriers fut détachée. C’était l’armée la plus forte jamais envoyée et plusieurs compagnons éminents s’étaient portés volontaires pour en grossir les rangs. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) la plaça sous le commandement de son esclave affranchi, Zayd bin Haritha, mais précisa que si ce dernier devait perdre la vie, alors ce serait Ja’afar bin Abou Talib qui prendrait le commandement, et que si ce dernier mourait à son tour, il serait alors transmis à Abdoullah bin Rawaha. Lorsque l’expédition fut prête à partir, le peuple vint lui faire ses adieux et salua les commandants choisis par le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).[3]Le groupe devait entreprendre un long et pénible voyage avant de faire face à un ennemi soutenu par le plus grand empire du monde.

L’armée se rendit jusqu’à Ma’an, en Syrie, où Zayd apprit que Héraclius se trouvait à Balqa’ et qu’il était accompagné de cent mille troupes romaines, auxquelles s’ajoutaient presque autant d’alliés provenant des tribus arabes de Lakhm, Joudham, Bal-Qayn, Bahra et Bali. Les musulmans campèrent deux jours à Ma’an. Réfléchissant à la situation dans laquelle ils se trouvaient, ils décidèrent finalement d’informer le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) de la force et du nombre des ennemis. S’il envoyait des renforts, tant mieux; sinon, ils feraient tout de même face à l’ennemi s’ils en recevaient l’ordre.[4]

DES GUERRIERS INTRÉPIDES

Abdoullah bin Rawaha fit un discours passionné à ses camarades, afin de leur insuffler du courage. Il dit : « Hommes! Par Allah, vous n’aimez pas cette chose pour laquelle vous êtes venus ici (le martyre). Nous ne combattons pas l’ennemi par la force de notre nombre ou de notre puissance; nous le combattons avec la religion par laquelle Allah nous a honorés. Alors allons-y et peu importe l’issue, nous serons couronnés de succès : soit nous gagnerons la bataille, soit nous mourrons en martyrs. » Sur ce, les hommes se levèrent et foncèrent en avant, prêts à rencontrer l’ennemi.

LA BATAILLE

Lorsque les musulmans arrivèrent près de Balqa’, ils trouvèrent l’armée byzantine installée dans un village appelé Mashrif. Réalisant que les musulmans avançaient sur eux, ils en firent de même. Les troupes musulmanes prirent position dans un village appelé Mou’ta, le lieu même de la bataille.[5]

Zayd bin Haritha, qui portait le drapeau du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), s’élança sur l’ennemi et mourut en se battant courageusement, atteint par d’innombrables flèches. Ja’afar s’empara de l’étendard et prit le commandement. Au plus fort de la bataille, il sauta de son cheval et lutta avec acharnement, jusqu’à ce qu’il perde sa main droite. Il saisit immédiatement l’étendard de la main gauche, mais il perdit bientôt cette dernière à son tour, ainsi qu’une partie de son bras. Nullement découragé, il attrapa le drapeau avec ses dents. Il mourut un peu plus tard, après avoir reçu pas moins de quatre-vingt-dix blessures d’épées sur sa poitrine et ses bras, mais pas une seule dans son dos.[6] Il était âgé de 33 ans.[7]C’est ainsi que combattit cet homme, avec un courage et une témérité exemplaires en dépit du fait qu’il luttait contre des forces de loin supérieures aux siennes, défiant la force de l’ennemi et son nombre, jusqu’à ce qu’Allah l’honore en le faisant mourir en martyr.

Comme il avait été convenu, Abdoullah bin Rawaha s’empara à son tour de l’étendard et prit le commandement de l’armée. Comme Zayd, il descendit de cheval et s’avança courageusement. Un de ses cousins s’approcha de lui et lui donna un morceau de viande en lui disant : « Prends-le, car tu n’as rien mangé depuis plusieurs jours. Cela te donnera des forces pour te battre. » Abdoullah le prit et en mangea un peu. Puis il le laissa et, s’emparant de son épée, se mêla bravement à la bataille jusqu’à ce qu’il soit tué à son tour.[8]

KHALID PREND LE COMMANDEMENT

Les troupes musulmanes se rassemblèrent autour de Khalid bin Walid, qui prit à son tour l’étendard. Avec son instinct stratégique, il se débrouilla pour se retrouver derrière l’ennemi, au sud, tandis que ce dernier faisait face au nord.[9]À ce moment-là, le soleil se couchait et les deux armées, épuisées par la bataille qu’elles menaient depuis le matin, décidèrent de cesser les combats.

Dans le silence de la nuit, Khalid positionna une partie de son armée à l’écart de son camp. À la première lueur de l’aube, ce détachement bondit en avant en hurlant des cris de guerre, ce qui fit croire à l’ennemi que des renforts venaient d’arriver de Médine. La veille, les Romains s’étaient battu contre une armée de 3000 musulmans. Mais maintenant, ne sachant combien de nouveaux guerriers venaient d’arriver, ils n’osaient plus avancer pour se battre. Ils se sentirent complètement découragés et désertèrent le champ de bataille, ce qui épargna aux musulmans une autre longue journée de lutte.[10]

UN APERÇU DU CHAMP DE BATAILLE

Tandis que les musulmans combattaient l’ennemi à Mou’ta, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), à Médine, donnait aux gens une description de ce qui se passait sur le champ de bataille. Anas bin Malik relate que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait annoncé la mort de Zayd, de Ja’afar et d’Abdoullah avant même que l’envoyé chargé de les en informer n’arrive à Médine. Anas rapporte que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Zayd a pris l’étendard et a été tué; puis Ja’afar l’a pris à son tour et a été tué aussi; enfin, Abdoullah ibn Rawaha s’en est emparé et il a également été tué. », tandis que des larmes coulaient le long de ses joues. Toujours selon Anas, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) poursuivit : « Finalement, une des épées d’Allah [i.e. Khalid bin Walid] a pris l’étendard jusqu’à ce qu’Allah leur accorde le succès. »[11]

JA’AFAR TAYYAR

On rapporte également que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit, au sujet de Ja’afar : « Allah a donné deux ailes à Ja’afar, à la place de ses bras. Et il vole comme bon lui semble dans le Paradis. »[12]Suite à cette déclaration, Ja’afar devint connu, parmi les gens, sous les noms de Ja’afar Tayyar et Dhil Jinahin, i.e. celui qui a deux ailes.

ANNONCE DE LA MORT DE JA’AFAR À SA FAMILLE

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) se rendit chez Ja’afar et demanda à sa femme de réunir ses enfants. Son visage reflétait son chagrin.[13]Lorsqu’ils furent devant lui, il les serra contre lui, tandis que des larmes coulaient sur ses joues. Puis il leur annonça la mort de leur père. Auparavant, il avait envoyé dire à sa famille : « Préparez de la nourriture pour la famille de Ja’afar; ils seront trop secoués pour cuisiner. »

PAS DES DÉSERTEURS, MAIS DES COMBATTANTS

Lorsque l’armée musulmane, de retour de Mou’tah, approcha de Médine, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et les musulmans se précipitèrent à leur rencontre. Les garçons couraient, tandis que le Messager avançait à dos de chameau. Il dit aux autres : « Prenez les garçons et donnez-moi le fils de Ja’afar. » Le fils de Ja’afar, Abdoullah, fut amené au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), qui le fit asseoir devant lui.

C’était la première fois qu’une armée musulmane rentrait à Médine sans avoir remporté une victoire décisive. Certaines personnes se mirent à lancer de la poussière aux hommes, en disant : « Déserteurs! Vous avez fui le sentier d’Allah! » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Non! Ce ne sont pas des déserteurs! Ce sont des combattants, si Allah en décide ainsi. »[14]

EXPÉDITIONS SUIVANTES

Entre les deux expéditions majeures de Mou’ta et de la Mecque, d’autres expéditions de moindre envergure furent entreprises. L’une d’elles fut le raid de Dhat as-Salasil, dans la région de Khuza’a, près de Wadi al-Qoura, en l’an 8 de l’hégire. La petite troupe de musulmans revint après avoir renversé l’ennemi. Une autre expédition punitive, composée de 300 Ansars et Mouhajirines, fut envoyée contre le clan de Jouhayna. Les membres du groupe, souffrant atrocement de la faim, durent se résigner, pendant quelques jours, à manger des feuilles d’arbres, jusqu’à ce qu’Allah leur fasse découvrir une baleine qui s’était échouée. Les hommes se nourrirent de sa chair pendant près de quinze jours et purent ainsi regagner des forces. Ils ramenèrent une portion de cette chair au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), qui leur dit : « C’est Allah qui vous l’a envoyée. »[15]Cette expédition est connue sous les deux noms de Sif-al-Bahr et Khabat.


[1] Mou’ta est situé à 12 kilomètres au sud de Kirk, en Transjordanie, donc à 1100 kilomètres de Médine. Les troupes envoyées pour cette expédition durent parcourir cette distance à dos de cheval et de chameau dans un pays ennemi, sans aucun espoir de voir les populations locales leur prêter assistance ou les nourrir.

[2] Zad al-Ma’ad, vol. p. 414.

[3] Ibn Hisham, vol . II, p. 373

[4] Zad al-Ma’ad vol. I, p. 415.

[5] Ibn Hisham, vol II, p. 377-78.

[6] Ibn Hisham, vol III, p. 474 et Zad al-Ma’ad, vol. p. 415.

[7] Zad al-Ma’ad, vol. p. 415.

[8] Zad al-Ma’ad, vol. p. 415, Ibn Hisham, vol III, p. 379.

[9] Ibid

[10] Al-Maghazi lil-Waqidi

[11] Boukhari, chap. Gazwah Mou’ta.

[12] Boukhari, chap. Ghazwa Mu’ta et Zad al-Ma’ad, vol. p. 415. Boukhari rapporte que ‘Omar avait l’habitude de saluer le fils de Ja’afar en lui disant : « Paix sur toi, ô fils de l’homme à deux ailes. ».

[13] Ibn Hisham, vol. II, pp. 380-81.

[14] Mousnad Ahmad b. Hanbal

[15] Zad al-Ma’ad, vol. p. 417; Boukhari, chap. Ghazwah Sif al-Bahr.

Read Full Post »

Older Posts »

%d blogueurs aiment cette page :